Marsactu.fr - 15/11/2014

À la Belle-de-Mai, "on n’a même pas les services publics du XXe siècle"


Pour dessiner l’avenir des quartiers Saint-Charles et Belle-de-Mai, la mairie de Marseille a lancé une démarche de concertation qu’elle veut exemplaire. Mais la défiance reste palpable sur la prise en compte des échanges, d’autant plus qu’ils expriment une urgence qui n’attendra pas l’arrivée de la gare souterraine.


Quel avenir pour les sept hectares d’anciennes casernes de la Belle-de-Mai ? Pour en discuter, la mairie de Marseille n’a pas installé les habitants en rang mais en rond. Non pas face à une estrade mais autour d’une table. En septembre et octobre, plusieurs ateliers ont eu lieu sous la houlette du cabinet Res Publica, prolongés par un site Internet. Lors de cette concertation "Quartiers libres" dont elle tirait le bilan à la Friche ce jeudi soir, la collectivité a ainsi tenté de rompre le classique face à face entre aménageur et "aménagés".

Même les représentants des vingt institutions intéressées par la transformation du site - et des 140 hectares alentours du "périmètre de réflexion" - se sont essayés à l’exercice des petits groupes de discussion. "On était installés par hasard autour de tables, dans l’ordre d’arrivée. On devait réfléchir sur deux questions avec 20 minutes pour chacune. Puis chaque table désignait un porteur qui avait cinq minutes pour présenter nos échanges aux autres tables, raconte Valérie Decot, présidente du syndicat des architectes, plutôt convaincue par la méthode. C’était surprenant. Même en 20 minutes, il ressortait énormément de choses."

Tirage au sort

C’est ce que Gilles-Laurent Rayssac, directeur de Res Publica, appelle "brancher les cerveaux en série". Pour lui, l’objectif était de "permettre au maximum de gens de se mettre intellectuellement en mouvement", de créer une dynamique dans les quartiers concernés. Pour élargir le cercle au-delà des habitués des concertations, 10 000 citoyens ont été invités sur la base d’un tirage au sort sur les listes électorales - 7500 dans le périmètre, les autres hors de celui-ci. Ils sont loin d’avoir tous répondu à l’appel. Mais sur un nombre total de 230 participants aux ateliers, ces invités aléatoires en ont représenté environ un tiers. Les tracts distribués dans l’espace public ont aussi bien fonctionné.

Lors de la "réunion de restitution", jeudi soir, l’adjointe à l’urbanisme Laure-Agnès Caradec a assuré que ce sont ces ateliers qui servent de base à l’élaboration d’un cahier des charges. Celui-ci orientera l’appel à candidature qui sera lancé d’ici la fin du mois à destination d’équipes d’architectes et urbanistes. En mai, l’élue UMP qualifiait cette démarche de "management des parties prenantes". Sur le grand plateau de la Friche, elle a explicité le concept : "En général, l’institution fait un cahier des charges, une équipe travaille, puis on concerte. On a voulu vous voir bien en amont pour déterminer les enjeux et surtout les attentes sur ce territoire pour pouvoir monter le cahier des charges. C’est là la différence."

"Ils pensent que c’est déjà bouclé"

Avec cette assurance : "Nous, ville de Marseille et institutions, on n’a pas d’idée préconçue." Ce discours rencontre toutefois une certaine défiance. "Je parlais tout à l’heure avec des habitants de la Belle-de-Mai. Ils pensent que les projets sont déjà bouclés", confie Sonia, militante associative à Saint-Mauront. Mais il y a forcément du mieux pour celle qui estime que dans le cadre du projet de rénovation urbaine de Saint-Mauront, "on n’a jamais vraiment été concertés à part quelques réunions".

"C’est incroyable à Marseille, c’est une première. Concernant la manière dont ça s’est déroulé, ils sont allés au bout de la démarche", s’enthousiasme Valérie Decot. Elle reconnaît que cela n’offre "pas de garantie pour la suite, mais c’est un gage de bonne volonté". La suite, c’est ce qui était sur toutes les lèvres jeudi. "La démarche est certes intéressante mais il faut voir ce qu’on va en faire. On veut être parties prenantes des projets qui vont être présentés par la suite", commente Georgette, 69 ans, qui habite juste derrière la caserne du Muy. "Je suis favorablement surprise que ce soit lancé sans être une obligation. Mais je suis toujours un peu sceptique sur la manière dont ça va être pris en compte", abonde Marta, 38 ans, qui habite à l’extérieur du quartier mais y vient souvent dans le cadre du travail comme en dehors.

Pour l’heure, l’empreinte laissée par les ateliers dans le cahier des charges n’est pas bien palpable. La présentation d’Agnès Ankri, responsable de la mission grands projets à la ville de Marseille, s’est bornée à tracer cinq axes très généraux : l’appartenance du quartier à "un centre ville élargi", ce qui suppose une accessibilité améliorée ; la notion de "laboratoire de la ville du XXIe siècle" ; la "mise en valeur de la diversité du territoire" ; "le développement de l’activité économique à la fois pour la métropole mais aussi pour des enjeux locaux" et enfin "des services publics du XXIe siècle".

Pour Sonia "le résumé a bien reflété les interrogations et les inquiétudes" des ateliers. Mais on est loin de la dureté, de la précision et de l’ampleur des attentes qu’on peut lire dans les comptes-rendus. En particulier en matière d’équipement, que ce soient des écoles "dignes de ce nom" à la place des préfabriqués actuels, une bibliothèque, une piscine, voire une "cuisine collective inter-générationnelle". Et cette attente ne s’exprime pas "à horizon 30 ans" ou même en vue de l’arrivée d’ici 15 ans de la gare souterraine de Saint-Charles. C’est "ici et maintenant", a résumé une participante. "On nous parle pour l’avenir de services publics du XXIe siècle, mais nous n’avons même pas aujourd’hui les services publics du XXe !" Prenant la relève de Laure-Agnès Caradec, le vice-président de la communauté urbaine Robert Assante n’a pas fui la critique. "Si on s’occupe de vous avec cette priorité, c’est qu’on en est conscients. Ça fait cinquante ans qu’on a raté le 3e arrondissement."

En 2015, un dispositif plus léger

Or, la prochaine phase inquiète les participants, qui craignent que le couvercle se referme sur le projet. Après avoir sélectionné trois équipes candidates en février prochain, la ville de Marseille rentrera avec elles dans une procédure de dialogue compétitif. "Ce n’est ni plus ni moins qu’un appel d’offres" qui nécessite une confidentialité pour être valable, a précidé Gilles-Laurent Rayssac au micro. En 2015, le dispositif Quartiers libres sera donc "plus léger", tout au plus quelques magazines édités et quelques réunions sur des thématiques d’aménagement. Au mot de "confidentialité", ils sont nombreux à avoir bondi.

"Mais une fois que le lauréat aura été choisi, la Ville s’est engagée à continuer la concertation", reprend le responsable de Res Publica, dont la mission s’arrêtera à définir les modalités de cette seconde phase de consultation du public, plus officielle. Une chose est sûre, comme il le pressentait en mai dans nos colonnes, "quand on commence à concerter, il est difficile de s’arrêter".

Par Julien Vinzent, le 14 novembre 2014

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