Le Monde.fr - 27/10/2015

Les Pennes-Mirabeau, bonnet d’âne pour la création de logements sociaux

Le Monde.fr | 26.10.2015 à 16h58 • Mis à jour le 26.10.2015 à 17h04 | Par Luc Leroux (Marseille, correspondant)
 
L’appartement est spacieux, lumineux, à deux pas des collines de calcaire de Val Sec qui enserrent le nord de Marseille. Pour Nadia, ce 5-pièces dans une résidence de La Gavotte, un quartier des Pennes-Mirabeau, c’est le jour et la nuit avec le 3-pièces que, trois ans durant, elle a loué contre 900 euros par mois. Divorcée en 2010, cette femme de ménage de 43 ans a emménagé en avril dans le parc social, avec ses trois filles, « après des années de galère et de découragements ». « J’avais honte d’aller toquer à toutes les portes, celle du maire, du préfet, à la Logirem [le bailleur] simplement pour réclamer mes droits. »

Avec seulement 6,21 % de logements sociaux, les Pennes-Mirabeau, commune de 20 000 habitants qui s’étire entre les quartiers Nord de Marseille et les zones d’activités tertiaires d’Aix-en-Provence, est le bonnet d’âne des Bouches-du-Rhône. Le département est une classe de mauvais élèves, puisque 42 communes sur 119 sont frappées d’un arrêté préfectoral de constat de carence au titre du bilan de la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) 2011-2013. Les résultats sont négatifs : 10 logements sociaux en moins sur cette période sur un objectif de 172 nouveaux, soit un taux de réalisation de – 6 %.

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42 % de voix au FN aux européennes

Aux Pennes-Mirabeau, on aime valoriser le côté provençal de la commune, avec son moulin à la Daudet et ses pinèdes. Une image doublée d’une prospérité due à la présence sur son territoire de Plan de Campagne, l’un plus grands centres commerciaux de France, ou encore de l’usine d’embouteillage Coca-Cola. Cette banlieue de Marseille a toujours joué la carte de la résidence individuelle pour loger les cadres du port de Marseille et les fonctionnaires des administrations de la capitale régionale. « Les Pennes, c’est un environnement pavillonnaire, explique Roger Lambert, cadre local du PS, avec une population qui refuse tout logement social. »
« Au conseil municipal, à chaque fois que je parlais de logement social, je ne pouvais pas finir mes phrases »

La commune est mitoyenne avec les 15e et 16e arrondissements de Marseille et leurs grandes cités (La Castellane, La Bricarde, le Plan d’Aou). Selon M. Lambert, « le slogan ici c’est : on ne veut pas être le 17e arrondissement de Marseille ». Lourds sous-entendus qu’on retrouve dans les 42 % de voix accordées au FN aux élections européennes de 2014, même si la commune est historiquement à gauche (Victor Mellan, maire de 1977 à 2001, était un proche collaborateur de Gaston Defferre, maire PS de Marseille pendant trente ans).
350 000 à 400 000 euros de pénalités annuelles

Le sujet des logements sociaux a longtemps été tabou, comme en témoigne Serge Baroni, conseiller municipal PCF et l’un des rares défenseurs d’un rattrapage rapide. « Au conseil municipal, à chaque fois que je parlais de logement social, je ne pouvais pas finir mes phrases alors que 50 % de la population y est éligible. » Pour ne pas respecter les engagements triennaux devant conduire à 25 % de logement social d’ici 2025, la commune débourse bon an mal 350 000 à 400 000 euros de pénalités.

« C’est énorme, reconnaît Michel Amiel, maire des Pennes-Mirabeau depuis 1995. Certaines communes disent : on veut rester résidentielle et on paiera les amendes quoi qu’il arrive. Ce n’est pas notre cas et pas de mal de projets sont dans les tiroirs mais sont longs à sortir. » Ce médecin a rendu sa carte du PS pour protester contre la création de la métropole Aix-Marseille-Provence et c’est sur les listes de Jean-Nöel Guérini, l’ancien président (ex-PS) du conseil général, qu’il a été élu sénateur en 2014.
« Il faut une mixité sociale de quartier, pas une mixité de palier »

Frappée d’un arrêté de carence pour la quatrième période triennale successive, Les Pennes-Mirabeau pourraient bien connaître un scénario catastrophe : la multiplication jusqu’à 5 des « amendes de carence », qui ne sont jusqu’alors que doublées. Afin d’éviter cela, le préfet a proposé aux 42 communes carencées des Bouches-du-Rhône de signer avant le 31 mars 2016 un contrat de mixité sociale.

Les Pennes-Mirabeau le signeront même si, précise Michel Amiel, « malgré nos efforts, on ne sera jamais dans les clous, on ne rattrapera pas le temps perdu. Sauf à changer la sociologie de la commune – et ça, je ne le veux pas car mon rôle est de défendre le cadre et la qualité de vie. » Le projet immobilier phare, c’est Pallières 2 avec 900 logements dont 30 % de logements sociaux – un minimum imposé aux communes carencées. « Si, à Pallières 2, je faisais 900 logements sociaux, cela donnerait un quartier comme ceux des années 1970, et l’on connaît la suite. Oui, il faut une mixité sociale. Mais une mixité de quartier, pas une mixité de palier. »

Et Michel Amiel de pointer les contradictions de ses administrés : « Lors d’une réunion publique sur un projet de logements sociaux, j’ai affronté un fort mécontentement des riverains. A la fin de la réunion, la personne la plus virulente est venue me demander si son fils pourrait avoir un logement dans le projet contesté. »

 Luc Leroux (Marseille, correspondant)
 Journaliste au Monde

 

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