Marsactu.fr - 22/11/2011

Marseille : un Schéma de cohérence territoriale entre lourd héritage et incertitudes sur l’avenir


 


Quand les élus de Marseille Provence Métropole (MPM) dressent leur vision et leur ambition à horizon 2030 dans un Schéma de cohérence territoriale (Scot), le consensus semble a priori total. Les deux inséparables chefs de file de ce chantier, Patrick Magro (vice-président communiste de MPM délégué à l’Aménagement de l’espace communautaire) et son homologue UMP à la mairie de Marseille Claude Valette l’illustrent bien : « je suis un libéral quand lui est à l’autre bout de l’échiquier politique », glisse ce dernier.


Et comment ne pas être d’accord pour préserver les zones naturelles, arrêter le mitage des terres agricoles, penser l’urbanisme plus intelligemment en fonctionnant par projets, en fonction des transports en commun qu’il convient de développer, en étant attentif à la mixité sociale et des fonctions (logement, activités économiques, de loisir) sans oublier de créer des emplois…


PCF, UMP, mais aussi Verts et PS : lundi, lors de la réunion publique de concertation sur le projet de Scot, les représentants des mêmes partis qui s’opposent régulièrement en conseil communautaire ont donc semblé n’entretenir aucun clivage, partager la même vision politique du développement de la métropole dans les vingt ans à venir…


Géographie des espèces, géographie politique…


Sauf que, les échanges avec la salle l’ont montré, le Scot n’échappe pas au débat. On passe sur la concertation qui, tout le monde le reconnaît a encore du chemin à faire. Pour commencer sur des points précis, à l’image de celui soulevé par Gaëtan Giraud, de l’association Colineo-Assenemce regrettant qu’alors que le document affirme clairement la nécessité de préserver et restaurer les liaisons écologiques entre zones naturelles (la fameuse trame verte (et bleue) du Grenelle) les cartes du document soumis à la concertation ne dessinent « plus qu’une seule continuité entre massifs ».


Réponse de Jean-Marc Bonino, directeur de pôle Aménagement urbain et cadre de vie de MPM : « on ne peut pas prescrire en dehors de notre territoire, cela nous renvoie à la démarche inter-Scot ». Autrement dit à l’articulation du Scot de MPM avec ceux de ses voisins, et à une faiblesse identifiée de la démarche actuelle : alors que les espèces passent (ou voudraient bien passer) entre les chaînes de la Nerthe, de l’Etoile, du Garlaban, de la Sainte-Baume ou des Calanques, les élus eux ne peuvent pas suivre. On y reviendra.


Vouloir n’est pas pouvoir, ni faire


Autres interrogation : la faisabilité. La réhabilitation des logements dégradés (1000 par an quand on en recense 37 000) aurait « intérêt à être boostée » selon Marie Martin-Raget, directrice de l’Habitat à MPM. Pour les transports, domaine où l’on voit des lignes sur les cartes, « on chiffre les logements, les habitants, les emplois, pourquoi ne chiffre-t-on pas les objectifs de kilomètres de transports en commun ? », a interrogé Jean-Marie Gleizes, de l’Union régionale vie et nature (URVN).


Qu’est-ce qui nous dit que le cap sera tenu, que les moyens seront mis ? Réponse : ce sera respectivement aux Programmes locaux de l’habitat et aux plans de déplacements urbains de le faire jusqu’en 2030. Documents dits de « programmation » et « de rang inférieur », ils doivent mettre en musique le Scot, qui s’impose en théorie à eux. Mais cette fixation des priorités « relève du débat politique », a résumé Claude Valette pour qui « si vous listez tout ce qu’il faut faire dans la ville il y en a pour 200 ans ».


Entre les lignes


Le consensus peut aussi masquer pudiquement des divergences, comme sur le logement. Si l’objectif de mixité sociale est affiché, la formulation reste suffisamment vague pour ménager « la diversités des postures », reconnaît Patrick Magro. Les formules qui ont leur importance, a souligné Michel Fornairon du Collectif Vélos en Ville avec deux exemples « est-ce que la formulation « accompagner par (et non subordonner à) des réseaux et espaces publics la densification aurait permis la Capelette ou la Valentine ? » et « que veut dire fluidifier la circulation ? Des tuyaux plus gros comme on le fait jusqu’à présent ou essayer de diminuer le nombre de voitures ? »


La réponse de Jean-Marc Bonino a jeté un éclairage net sur ce qu’il fallait attendre ou non du Scot : « Il y a le monde idéal et la vraie vie. On ne peut que partager vos objectifs, mais la vraie vie ce n’est pas ça. Si on subordonne aux transports en commun on ne fait rien. » Une thématique voisine a parcouru tout le débat de la journée de lundi. « Tout cela est bel et bon mais on n’est pas au pays des Bisounours », a réagi Bernard Arrigo, président du CIQ Vallon de Toulouse-Régny, évoquant le lancement « d’une ZAC prévoyant des milliers de logements sans les équipements et les voiries nécessaires… » La présidente de la confédération Monique Cordier observant « une différence de temporalité : vous vivez ce document comme Marseille en 2030. Nous on vit un quotidien et on le traduit par rapport à celui-ci. »


Réponse de Jean-Marc Bonino lourde de sens là encore : « on n’est pas sourd à ces problèmes, mais pour pouvoir être cohérent, il faut d’abord construire le cadre. Et c’est justement le Scot. » Bien sûr, il faut tâcher d’« éviter de faire des erreurs stratégiques mais on ne peut pas arrêter le sablier » et les permis de construire continueront de défiler le temps que le document soit adopté et que le métro jusqu’à Saint-Loup arrive…


L’héritage d’un urbanisme bancal


« On est pleinement conscient qu’il faut faire les choses dans le bon ordre », a abondé Patrick Magro qui a cependant, comme d’ailleurs sur les transports, insisté sur « l’héritage ». A savoir que si elle n’a pas manqué de schémas et autres plans depuis un siècle, Marseille a toujours eu un rapport particulier avec la planification. Réalisé par l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise (Agam) en 1969, le Schéma d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) n’a jamais été avalisé par l’Etat. Les Plan d’occupation des sols de 1981 et 1993 étaient eux en décalage avec l’évolution de la ville de l’époque (déclin puis renouveau démographique).


Celui de 2000 ne tiendra lui pas compte de la loi SRU, tout juste votée mais pas encore appliquée, qui aurait obligé à réaliser un Plan local d’urbanisme. C’est encore le cas avec le Scot, qui sera réalisé selon les conditions de la loi SRU et non Grenelle II. « Notre calendrier était bâti avant cette loi et ce n’est pas la fin de l’histoire », plaide Patrick Magro, qui ajoute qu’« on a Grenellisé partiellement en fonction de ce que l’on avait ».


Vivement l’inter-Scot


Le Scot partage surtout avec ses prédécesseurs aux sigles divers une tare d’importance, on y revient : un espace d’application inadapté. Longtemps cantonné à Marseille, il est désormais étendu à 18 communes, mais « on n’envisagera pas sérieusement l’avenir en s’en tenant aux milites administratives de Marseille Provence Métropole. Les problèmes et les besoins se posent d’ores et déjà à une autre échelle », a reconnu le président de MPM Eugène Caselli. Revoilà le débat sur le fait métropolitain, dont l« ‘inter-Scot est probablement l’échelle réelle », a estimé Patrick Magro, voyant là aussi un héritage de la création tardive de la communauté urbaine quand celles de Lyon ou Bordeaux s’écrivent depuis plus de 40 ans.


C’est à ce niveau qu’il faudrait pour lui un « observatoire du foncier économique », un « schéma directeur des zones d’activités » et un « document d’aménagement commercial » (les clients de Plan de Campagne, La Pioline ou le mort-né village de marques de la Valentine se moquant bien des frontières administratives), ainsi qu’« une réflexion commune au niveau agricole ». Et bien sûr une autorité organisatrice des transports unique, qui permettrait d’apporter de la cohérence etde se lancer dans des projets comme un RER Marseille-Aéroport-Aix TGV avec les 55 millions d’euros par an supplémentaires que sa création ferait rentrer.


Claude Valette plaide pour la création rapide d’une métropole à l’échelle de MPM avec « immédiatement une main tendue tout autour pour faire un pôle métropolitain« , Eugène Caselli se félicite que l’Etat ait relancé la démarche inter-Scot. Une réunion est même prévue le 1er décembre. Mais côté institutionnel, rien n’est fait, surtout alors que la gauche a repris le Sénat et que le maire de Marseille ne manque pas une occasion de signifier son refus de travailler avec Aubagne, Martigues ou Aix. Et en attendant, le sablier continue de couler et les documents votés d’être datés et incomplets… 2030 : retour vers le futur ?


Par Julien VINZENT le 22 novembre 2011


Un lien Historique des plans d’urbanisme de Marseille, sur le « Wiki des autoroutes »


Un lien Plans décalés et trop restreints : l’analyse de deux chercheurs de l’Université de Provence


Un lien 1989 : Lyon fonde le « Renouveau de la planification urbaine » avec Lyon 2010, sur le site des 40 ans du Grand Lyon


Voir pour les informations complémentaires en cliquant

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