La Provence.com - 5/02/2017

Contenu payant Logement : constructeurs et maires au pied du mur

 
 

Il manque 11 000 constructions nouvelles chaque année en Paca

Des communes qui s’étalent et éloignent d’autant leurs habitants des services publics, des transports en commun. Des centres-villes qui se vident et se dégradent. Un prix du foncier qui flambe (+33 % entre 2000 et 2012). Des produits qui ne correspondent ni en taille, ni en prix (SRU, kézako ?) aux besoins des ménages : Stéphane Bouillon le dit avec son langage précautionneux de préfet de région, mais il le dit quand même. Pour le marché du logement privé, "en Paca, nous ne sommes pas très bons..."

Le bel euphémisme que voilà. Avec des besoins estimés à 36 000 constructions nouvelles par an, la région stagne désormais à 25 000 logements. C’est même carrément le crash pour les maisons individuelles : -40 % de mises en chantier entre 2010 et 2015 ! Quant aux promoteurs, alors qu’à l’échelle nationale leur activité a connu ces derniers mois une embellie de + 17 %, en Paca, la courbe suit l’exact sens inverse : ici, les mises en vente s’effondrent d’autant. Pour la Dréal Paca, alertée par la filière depuis deux ans, le marché connaît bien une réelle "situation d’urgence". "Des investisseurs internationaux veulent s’installer chez nous, reprend Stéphane Bouillon, mais quand ils comprennent que leurs salariés vont devoir faire des dizaines de kilomètres pour se loger, ils renoncent." Dans la fonction publique, idem : "En permanence, nous avons des postes ouverts qui ne trouvent pas preneur pour cette raison." On ne peut guère donner tort à ces "déserteurs" : quand un Marseille-La Ciotat (23 km) peut, un vendredi tout bête, vous coincer derrière le volant... 1 h 15, il y a de quoi repenser son projet de mutation.

Irrémédiable ? L’État soutient que non. Pour cette raison, avec l’ensemble des opérateurs de la construction des Bouches-du-Rhône, il s’est engagé hier à La Ciotat à enclencher enfin un "cercle vertueux" en matière de production de logements.

Les pros promettent, eux, des logements adaptés aux besoins et aux impératifs de développement (maisons en bande, superposées), de participer à la production de HLM... De son côté, l’État s’engage à sensibiliser les élus à l’urbanisation "intelligente" (en Paca, 16 % des logements individuels, contre 32 % en France, sont bâtis dans le cadre d’opérations d’aménagement).

Premiers concernés, donc : les maires, qui signent les permis de construire. "Comment aménager le territoire sans se faire traiter de bétonneurs ?" rétorque Patrick Boré, maire LR de La Ciotat. En dépassant l’échelle de la commune et de ses électeurs : la "tentation de l’entre-soi", comme le glisse en coulisses un fonctionnaire, demeure un frein majeur au développement. "Ici, il y a une certaine forme de réticence des élus à développer du logement", accorde, prudent, Gilles Servanton, directeur de la DDTM 13 (1). Et pas seulement en raison des toujours plus lourdes contraintes techniques et administratives. La Fondation Abbé Pierre rappelle ainsi qu’en Paca, les deux tiers des communes soumises à la loi SRU (25 % de logements sociaux dans tout nouveau programme) restent hors des clous. Un choix économiquement lourd : dans la région, entre 2007 et 2015, 18 000 emplois ont été perdus dans le secteur de la construction.

(1) Direction départementale des territoires et de la mer.

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