La Marseillaise - 10/02/2011

La culture, cheval de Troie de la bourgeoisie

Intellectuels, militants et acteurs culturels se sont réunis en collectif pour interroger les effets des grands projets sur la ville. Ils pointent le risque de gentrification du centre-ville.
 
Depuis deux ans, toutes les grues de Marseille sont pointées vers un seul et même horizon résumé en quatre chiffres : 2013. Or, certains voient dans cet horizon culturel, un faux-nez de la relégation urbaine. En clair, la culture ne serait que le bras armé de la gentrification accélérée du centre-ville de Marseille. La culture ne servirait qu’à virer les plus pauvres du centre-ville.
Inquiets de cette perspective, les militants d’Un centre ville pour tous ont réuni un certain nombre d’acteurs culturels, de chercheurs et de citoyens et fondé un groupe de réflexion sur les liens « entre culture, gentrification et les multiples formes de ségrégation urbaine ».
 
Artistes, putes et gangsters
 
D’abord informel, ce groupe a décidé de porter plus haut et plus fort cette réflexion sur la gentrification (lire ci-dessous). « Nous avons décidé de nous intéresser à cette forme de transformation sociologique de quartier appauvri, explique Philippe Foulquié ancien directeur de la Friche. Très souvent, quand un quartier est abandonné, l’artiste, la prostituée et le gangster sont les premiers à l’investir. Et, après l’artiste, viennent les bistrots, les restos et les projets immobiliers. »
Or, le centre-ville de Marseille a déjà vécu plusieurs processus de relégation liés à la rénovation urbaine de Belsunce, du Panier ou de la rue de la République. « Nous craignons que les travaux entrepris dans le cadre de la capitale culturelle débouchent sur une troisième vague de relégation des couches les plus populaires », regrette Patrick Lacoste, militant de l’association Un centre ville pour tous.
 
L’inertie sauve la ville
 
Certes, le processus engagé à Marseille n’a pas la même portée que dans d’autres métropoles européennes. « A Berlin, le quartier Prins Lauerberg a vu changer la moitié de sa population en cinq ans à peine, analyse le géographe Boris Grésillon, membre du collectif. La gentrification est un phénomène mondial. En Europe, elle est sensible à Berlin ou à Bruxelles. A Marseille, c’est plus compliqué car le ressort économique n’existe pas. On pourrait penser qu’avec une implantation du type du pôle média de la Belle de Mai, tout le quartier aurait pu basculer. Ce n’est pas le cas. » Pourtant le risque est là. La rénovation du Panier, puis celle de la rue de la République, ont donné lieu à un déplacement des plus fragiles, des habitants les plus paupérisés. Et souvent les ateliers d’artistes accompagnent ou précèdent cette relégation des plus pauvres ver la périphérie.
Pour l’heure, Marseille a encore une force d’inertie qui ralentit sa transformation urbaine. Mais jusqu’à quand ?
 
BENOIT GILLES
Dernière mise à jour : ( 10-02-2011 )
 
 
Focus :
  • " Pour la ville, pensons le matin", cercle de réflexion citoyen
  • A savoir :
    • qui sont-ils ?
    • 24 février date de présentation à la presse du scénario de l’année de capitale européenne de la culture
Voir la Marseillaise du 10 février 2011
 
 
 

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