La Provence.com - 22/04/2009

Marseille : sale printemps pour les familles expulsées

 

Depuis la fin de la trêve hivernale, le 15 mars, cinquante ménages marseillais se sont retrouvés à la rue. En outre, des centaines de familles vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête : celle d’un huissier qui tape à la porte à 6 heures du matin, et d’une expulsion "manu militari"
 

Elles sont des centaines de familles à vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête : celle d’un huissier qui tape à la porte à 6 heures du matin, et d’une expulsion "manu militari". En un peu plus d’un mois, cinquante expulsions avec concours de la force publique ont ainsi été exécutées sur Marseille.

L’an dernier, le nombre de ces expulsions s’est élevé à 467. "C’est la situation la plus traumatisante lorsqu’un car de CRS vous attend en bas de chez vous, mais le nombre de familles à la rue est beaucoup plus élevé, s’inquiète Corinne Farrugia du Secours catholique. Beaucoup de gens n’attendent pas l’intervention de la police pour partir." La Provence a rencontré trois familles qui racontent leur parcours du combattant au quotidien, ballottées d’un hôtel meublé en hébergement d’urgence.

Mères isolées qui n’arrivent plus à "joindre les deux bouts" ou "nouveaux travailleurs pauvres", ils témoignent de l’engrenage du surendettement. L’une d’entre elles, Fathia Portelli, a obtenu un relogement en HLM par la Ville de Marseille qu’elle devrait intégrer fin avril. En revanche, aucun relogement pérenne n’a été effectué par la Préfecture à ce jour.

Le bilan de la prévention paraît donc maigre alors que la ministre du Logement, Christine Boutin, affirmait le 12 mars, qu’il n’y aurait plus "plus d’expulsion sans solution de relogement ou d’hébergement". Sur le terrain, la solution de l’État consiste à appeler le 115, qui trouve une place en centre d’hébergement d’urgence. Soit trois nuitées d’hôtel qui offrent un sursis aux familles. "On ne fait que reporter le problème", s’emporte Fathi Bouara de la Fondation Abbé Pierre.

La Fondation, le Secours Catholique et la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) ont donc décidé de mettre en place un comité de vigilance, pour tenter de trouver des solutions de relogement en amont et de jouer un rôle d’alerte auprès de la Préfecture et des médias si l’expulsion a lieu. Toutes trois réclament toujours un moratoire jusqu’à la fin de l’année pour faire cesser "le scandale de l’expulsion locative".

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"Ne pas craquer pour les enfants"

Salariée dans la grande distribution, Françoise fait partie des "travailleurs pauvres" qui se retrouvent dans la rue.Lui et sa famille ont été expulsés le 24 mars dernier.

Elle a fini par se laisser photographier avec ses enfants, de "dos uniquement" : "À mon travail, je n’ai pas dit que j’étais à la rue, j’ai peur de me faire virer", explique Françoise (*). Depuis un an, elle n’arrivait plus à boucler les fins de mois et ne payait plus son loyer. "Mon mari est au chômage, faire vivre une famille avec 1500 euros, c’est impossible. Même en achetant le minimum, ça a été l’engrenage. C’était faire les courses ou payer le loyer. "

À Château-Gombert, où la famille vit depuis 5 ans, l’expulsion a fait du bruit. "C’est un village, les ragots sont allés bon train. La plupart des gens ont dit qu’on était des fainéants, raconte Henri, son mari. Une minorité a été solidaire : le boucher, le boulanger nous ont donné de la nourriture, la maman d’un ami de mon fils a proposé de l’héberger pour qu’il termine sa 6e tranquillement. Des gestes qui font chaud au coeur."

L’expulsion a été vécue comme un traumatisme pour la famille. "On vous prend toutes vos affaires, on a l’impression qu’on va tout mettre à la poubelle. Elles sont dans un garde-meuble. Rien ne justifiait l’intervention d’un fourgon de CRS !" Les premiers jours, les deux plus jeunes enfants ne mangeaient plus, l’aîné ne voulait pas retourner au collège par peur des moqueries. Aujourd’hui, le couple a le sentiment d’avoir touché le fond. Ils ont été logés dans un hôtel meublé du centre-ville sur bon accordé par le 115 jusqu’au jeudi 2 avril.

"Je ne vis par au jour le jour, mais heure par heure. Mais je ne peux pas permettre de craquer pour les enfants", affirme Françoise. Depuis, la famille est hébergée pour deux mois renouvelables dans un foyer à la Croix Rouge. "Après, on ne sait pas". Au pire des cas, Françoise choisirait de rentrer chez ses parents qui vivent dans le nord de la France. En dernier recours. Pour le moment, ceux-ci ne savent pas non plus qu’elle a été expulsée.

(*) Les prénoms ont été changés

 
Par Marie-Eve Barbier ( mebarbier@laprovence-presse.fr )

Publié le mercredi 22 avril 2009 à 09H00

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