20 minutes - 15/04/2008

« Belsunce a été russe, grec, noir... »


Interview de Gerry Meaudre Réalisateur de "Marseille Transit"

Votre documentaire sur Belsunce a été tourné durant l’été 2006. Il est diffusé pour la première fois ce soir. Pourquoi autant de temps ?

Initialement, ce film faisait partie d’une série sur l’histoire de l’immigration, commandée à l’occasion de l’inauguration de la Cité de l’immigration, à Paris, en octobre 2007. La diffusion a été retardée par la polémique autour de la Cité et par l’immensité du sujet traité. Rien que sur Belsunce, j’aurais pu faire trois heures de documentaire !

Pourquoi vous être concentré sur Belsunce ?

En Europe, aucune autre ville que Marseille n’a connu autant de vagues d’immigration, aucune n’a accueilli autant de monde. Belsunce, qui fait la jonction entre le port et la gare, a été le lieu de passage de tous ces migrants. Mais paradoxalement, il y a peu de traces de ces millions de gens : pas de photo ou de film, presque pas d’articles de journaux d’époque. Nous avons dû recourir à des dessins, des trucages.

Belsunce a-t-il toujours été un lieu d’accueil ?

On lie souvent ce quartier à l’immigration italienne, arménienne, puis maghrébine. Mais qui se souvient des Russes blancs [tsaristes], des Grecs, des Africains ? A une époque, Belsunce a été noir. Et aujourd’hui, ce sont les Chinois qui forment la nouvelle vague d’arrivants.

Le commerce avec l’étranger a longtemps fait la richesse de ce quartier. Est-il menacé aujourd’hui ?

Les Marseillais ont compris trop tard à quel point Belsunce a été florissant. Le pic de sa richesse semble se situer dans les années 1970. Ensuite, il y a eu un durcissement des gouvernements français et algérien, ce dernier ne voyant pas d’un très bon oeil le trabendo [l’économie informelle].

La France durcit encore sa politique d’immigration. Cela peut-il changer Belsunce ?

Je pense que le plus grand danger vient surtout de la hausse de l’immobilier, comme cela s’est passé rue de la République.

Belsunce a-t-il aussi été le théâtre des opérations de « reconquête du centre-ville » menées par les maires successifs ?

C’est une politique qui revient régulièrement depuis le XIXe siècle, relayée par la presse. En dehors de l’Alcazar et du cours Belsunce, qui avaient une réputation chic, le reste du quartier était présenté comme mal famé. Il y a des citations tellement violentes dans certains articles que je n’ai pas pu les utiliser.

Pourtant, aucune de ces « reconquêtes » n’a abouti...

Non. Marseille et Naples restent les deux seules grandes villes européennes avec un centre-ville populaire. Et c’est un atout : ça permet aux habitants de la périphérie de se sentir membres de cette ville, malgré tout.
 

Recueilli par Frédéric Legrand - ©2008 20 minutes

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