La Provence.com - 6/07/2015

Marseillais, tous un peu d’ailleurs


Une étude de l’Agam souligne l’extrême diversité des habitants de la ville, vrai "mille-feuille socio-démographique"

Son truc, à l’Agam, c’est l’urbanisme. L’analyse de l’offre de transport d’un territoire, de ses atouts industriels, de son foncier disponible... La "radioscopie des habitants", telle qu’elle fut présentée, cet hiver, dans l’amphithéâtre alors archi-comble du Musée d’histoire de Marseille, était donc une "première". Et pour certains, aussi, une claque contre les clichés, les fantasmes.

Car c’était à ce moment-là l’immédiat "après-Charlie", et le titre de l’étude présentée ("Qui sont les Marseillais ?") résonnait d’une manière particulière. "Comprendre qui est l’autre pour vivre ensemble", voilà selon Laure-Agnès Caradec, adjointe LR et présidente de l’Agam, l’objectif de l’étude menée par Jean Picon et présentée ce soir-là. Cette expérience de l’altérité avait en janvier comme un parfum de catharsis. Six mois plus tard, son intérêt reste vif. "Être Marseillais, c’est être d’ailleurs, disait l’historien des migrations Émile Temime", avait ainsi rappelé l’Agam. Ce ne sont pas que des mots, une jolie formule, mais bien une réalité, scrutée par l’Agam.

Le métissage marseillais ? "Davantage une cohabitation qu’un melting pot", soulignait Philippe Carrese, invité à commenter cette étude sur "la ville la plus fantastique et la plus catastrophique du monde". "Une succession d’identités plutôt qu’une identité commune", avait ajouté un intervenant dans la salle. "Dire que Marseille sait accueillir le monde est trop rose, précisait pour sa part l’historien Pierre Échinard. Mais dire qu’elle est fâchée avec le reste du monde est tout aussi faux."

Des provençaux minoritaires

Responsable du pôle Ressources et données urbaines de l’agence, Jean Picon a travaillé à partir d’une "masse de données non publiques" relevées par l’Insee, au cours de son dernier recensement de la population. "Nous avons d’abord déterminé quatre profils de Marseillais", présentait Jean Picon. Les Marseillais dits "de souche", qui sont "les personnes françaises nées à Marseille, qui intègrent également les descendants d’immigrés lointains" (Italiens, Espagnols, Arméniens), sont la première de ces "familles". Sur 850 000 habitants, ils sont 425 000. Soit un Marseillais sur deux environ. Dans la seconde catégorie (212 500 personnes, 25 %), viennent les Marseillais d’origine métropolitaine : parmi eux, les "Provençaux", venus de Paca, ne sont que 65 000, soit 7,5 % de la population ; les Marseillais nés hors Paca et vivant dans la cité phocéenne depuis plus de cinq ans sont 115 000 (13,4 % ). Enfin, les "néo-Marseillais", ici depuis moins de cinq ans, sont 35 000 (4 %). Dans la troisième catégorie, les Marseillais d’origine étrangère (127 500 personnes, 15 % de la population) et enfin, les Français nés à l’étranger (85 000 personnes, 10 %), notamment les rapatriés des anciens départements français d’Outre-Mer.

À chacun son quartier

Jean Picon a ensuite étudié l’installation géographique de ces différents Marseillais. Dans le "mille-feuille socio-démographique" de la ville, les communautés les plus représentées sont, dans cet ordre, les Français de naissance, les Algériens, les Tunisiens, les Comoriens, les Italiens et les Marocains, les Turcs, les Espagnols, les Arméniens. Les communautés comptant le plus de jeunes sont les Comoriens et les Turcs ; les plus âgées, les communautés issues de l’immigration ancienne (Italiens, Espagnols, Arméniens). "Nous notons que ceux dits "de longue date" sont davantage installés au Sud, les "Provençaux", à l’Est, les néo-Marseillais, dans les 5e et 6e arrondissements, constate l’étude. Enfin, les anciens expatriés sont davantage présents dans les 8e, 9e et 10e arrondissements, tandis que les Marseillais d’origine étrangère sont dans les 1er, 2e, 3e et 14e et 15e, où le parc social est le plus dense."

Faiblement diplômés

L’étude examine aussi le niveau d’instruction des différentes communautés, leur insertion professionnelle. On constate ce que l’Insee avait aussi mis en lumière en début d’année : si le niveau de diplômes des Marseillais est faible, il recouvre des réalités très contrastées. Ainsi, seuls 25 % des Marseillais ont un niveau supérieur au bac (27 % pour les Marseillais "français"), tandis que les habitants venus de la communauté européenne sont 37 % à l’avoir, ou 48 % pour les Américains de la cité phocéenne. Les Asiatiques (22 %) et les Africains (21 %) sont ensuite les plus diplômés. Les moins bien lotis sont les Turcs et les Comoriens (5 % seulement sont allés au-delà du bac).

Dans la répartition selon l’activité, 18 % des Marseillais sont cadres, 27 % en professions intermédiaires. On découvre que 51 % des emplois de la construction sont occupés par des Turcs (32 % les Portugais), que les commerces sont à 30 % l’affaire des Arméniens, le service aux entreprises, celle des Comoriens (33 %), l’industrie celle des Asiatiques (10 %), le transport celle des Marseillais "français" (7 %), l’hébergement et la restauration, les Comoriens encore (17 %).

Retrouvez l’étude de l’Agam sur son site, http://www.agam.org/


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