Le Monde.fr - 28/09/2016

Emmanuelle Cosse : « Il faut produire davantage de logements, et moins chers »


LE MONDE ARGENT |

27.09.2016 à 10h31Mis à jour le 27.09.2016 à 14h46

| Propos recueillis par

Alors que les signes d’amélioration se multiplient depuis dix-huit mois sur le marché ­immobilier, Emmanuelle Cosse défend son action à la tête du ­ministère du logement et de l’habitat durable, depuis le 11 février. L’ancienne secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), qui a annoncé fin juin l’élargissement de l’encadrement des loyers à la proche banlieue parisienne, milite en faveur de la densification et appelle les promoteurs à produire des logements plus abordables.

Il reste neuf mois avant l’élection ­présidentielle. Que peut faire ­un ministre du logement dans ­un délai aussi court ?

La lutte contre le logement ­insalubre est notre priorité. Dès mon entrée en fonctions, j’ai ­obtenu une hausse de 40 % du budget de l’Agence nationale de l’habitat, qui rénovera, en 2017, 100 000 logements dégradés, contre 70 000 en 2016. Nous avons également sécurisé la production de logements sociaux en mettant sur pied une gestion inédite avec les bailleurs et les collectivités dans le cadre du Fonds national des aides à la pierre. Notre action va permettre la rénovation de 150 000 logements et la construction de 20 000 logements sociaux.

Si la reprise du marché immobilier est solide, c’est parce que la production augmente à la fois dans le parc social et dans le privé. Les deux secteurs sont étroitement liés. L’un des problèmes de fond auxquels nous sommes confrontés est le manque d’offre abordable pour les ménages des classes moyennes. Il y a sur ce sujet une prise de conscience chez les promoteurs.

Ils doivent produire davantage de logements, et des logements moins chers. Cela passe par une révolution des méthodes de construction, qui doivent être industrialisées, comme c’est le cas en Allemagne. La rétention du foncier pose aussi problème : une remise à plat de la fiscalité des terrains à bâtir s’impose. Avec la création de la Foncière solidaire que vient d’annoncer le président de la ­République, nous renforçons ­notre arsenal pour mobiliser du foncier public.

Vous avez annoncé, le 30 juin, ­l’élargissement de l’encadrement des loyers à la proche banlieue ­parisienne en 2018. Mais la plupart des candidats à l’élection présidentielle ont déjà déclaré qu’ils reviendraient sur ce dispositif s’ils étaient élus. Votre mesure a donc peu de chances d’entrer en vigueur…

L’encadrement des loyers est une réponse à une situation d’urgence : à Paris, les loyers ont flambé de 35 % en dix ans. L’Etat devait agir pour empêcher la disparition des classes moyennes de la capitale. La principale critique qu’on peut faire à ce dispositif, c’est de ne pas avoir été mis en place assez tôt ! Et je mets au défi les candidats à l’élection présidentielle de supprimer une mesure à laquelle plus d’un Français sur deux est favorable.

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Nous avons fait de gros efforts pour mieux expliquer le dispositif aux locataires et aux bailleurs : le site que nous avons mis en place cet été pour permettre à chacun de vérifier la conformité d’un loyer à Paris a déjà reçu plus de 200 000 connexions. Beaucoup d’élus locaux attendent cette ­mesure. Je me suis donc attelée à la tâche pour passer la vitesse ­supérieure : dans les deux prochaines années, l’Observatoire des loyers de l’agglomération ­parisienne va réaliser un travail de fond en collectant un maximum de données sur les niveaux de loyer en première couronne.

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L’encadrement sera également une réalité à la fin de l’année à Lille. Mon objectif est que la ­mesure soit mise en place partout où cela est nécessaire. Cet ­effort est indispensable, car c’est en améliorant la transparence qu’on fera baisser les loyers.

L’Ile-de-France concentre les ­problèmes de logement. Environ 600 000 ménages sont en ­attente d’un logement social. Faut-il un plan spécifique ?

L’Ile-de-France fait face à de nombreuses difficultés, mais la situation est également tendue en Provence-Alpes-Côte d’Azur ou en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce n’est pas seulement une question de moyens ; nous manquons de maires bâtisseurs.

Pour débloquer la situation, nous sommes prêts à apporter une aide technique et financière aux élus qui jouent le jeu dans leur commune. Mais le problème ne se résoudra pas uniquement au niveau des mairies, il faut que la région et la métropole travaillent main dans la main avec l’Etat. Or Valérie ­Pécresse [présidente de la région Ile-de-France] se désengage du ­logement social. Je le regrette profondément.

A travers Grand Paris Aménagement, l’Etat fait du portage foncier pour permettre aux maires de se procurer des terrains à des prix abordables. Il y a beaucoup de friches industrielles en Ile-de-France qui pourraient être exploitées. Construire autour des 68 futures gares du Grand Paris Express, le métro ­rapide qui sera la colonne vertébrale du futur Grand Paris, fait partie de la solution.

J’observe que là où une politique intercommunale de long terme a été mise en place, comme à Rennes, Lille, Nancy, Lyon ou Strasbourg, la construction a été relancée durablement. Sur le plan de l’urbanisme, il faut mettre fin à l’étalement urbain, on ne peut pas continuer à reléguer les classes moyennes toujours plus loin des centres-villes. Il faut densifier, notamment dans les quartiers où sont situés les grands ensembles, construire en hauteur là où c’est accepté. Même en zone pavillonnaire, il est possible de densifier.

Barcelone et Berlin ont pris des ­mesures énergiques contre Airbnb. N’est-il pas temps de sévir contre des entreprises qui ne paient ­quasiment pas d’impôt en France ?

Je ne vise pas ceux qui louent leur logement jusqu’à quatre mois par an comme la loi l’autorise, mais ceux qui retirent ­durablement leur bien du marché, ce qui réduit l’offre locative et fait monter les loyers. Il faut réguler davantage l’activité de ces plates-formes, car les règles actuelles ne sont pas appliquées. Nous sommes au début d’un long processus. Airbnb a été sanctionnée dans ces villes, car l’entreprise a refusé de négocier avec les mairies. En France, le problème ne concerne pas uniquement Paris.

L’essor d’Internet déstabilise l’activité hôtelière classique dans beaucoup d’endroits, notamment en Corse ou au Pays basque. Il faut agir, d’autant que le développement des plates-formes provoque des dérives insupportables au sein des copropriétés. Un immeuble n’est pas un hôtel et la loi doit s’appliquer. Le texte sur le numérique qui sera adopté à la fin du mois sera une première avancée : il rendra obligatoire la déclaration en mairie du nombre de nuitées, sous peine de sanctions.

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Jérôme Porier
Journaliste au Monde

 

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