L’Humanité - 15/03/2010

Le Dalo en flagrant délit d’impuissance

 
Alors que la trêve hivernale des expulsions prend fin aujourd’hui, la loi sur le droit au logement opposable n’est toujours pas respectée. Tollé des associations, des élus et des mal-logés.
 
Certains scandent leurs slogans, d’autres marchent graves et silencieux avec leurs enfants. Ils étaient près de 12 000 samedi à manifester dans toute la France contre les expulsions locatives. L’appel à la mobilisation avait été lancé jeudi dernier par le Réseau Stop aux expulsions (Résel), un front inédit d’une soixantaine d’associations et syndicats. Un moratoire anti-expulsions a été présenté au gouvernement.
 
« Pas de moratoire mais plus de prévention », leur a répondu Benoist Apparu, secrétaire d’État au Logement, soutenant qu’un moratoire « serait un très mauvais signal » envoyé aux propriétaires qui, selon lui, auraient plus de réticences à loger des personnes en difficulté. Cela « restreindrait l’offre de logement », a détaillé le ministre, qui met en concurrence droit à la propriété et droit au logement… Et se déclare « insatisfait » de l’application de l’obligation du droit au logement opposable (Dalo). Il n’est pas le seul.
 
Directement concerné, Didier Kuhana occupe un local de 10 m2 avec sa femme et ses deux filles dans le 3e arrondissement de Paris. Ce trentenaire dénonce la lenteur de la procédure du Dalo  : « Un an après avoir déposé le dossier nous ne sommes toujours pas passés en commission, on nous a même demandé de refaire un dossier alors que nous sommes expulsables dès aujourd’hui », enrage-t-il.
 
La crise du logement va s’accentuer
 
Autre mal-logée, Ecatérina Szucs est fatiguée des expulsions en chaîne. Elle sera pourtant, avec ses six enfants et pour la sixième fois, sous le coup d’une expulsion de son squat en Seine-Saint-Denis dans les jours à venir. Cette veuve de trente-six ans est en attente de logement depuis le décès de son mari il y a plus de dix ans. Toutes les démarches pour obtenir un logement ont pourtant été faites, relayées par une assistante sociale, sans jamais aboutir, et ceci sans motif apparent. « Je squatte car je ne voulais plus dormir dans la voiture avec les petits », déplore-t-elle.
 
Chaque année, 100 000 décisions de justice d’expulsion sont prononcées, encouragées par la diminution du fonds d’indemnisation des propriétaires qui « était de 78 millions d’euros en 2005, et qui ne représente plus que 31 millions en 2008 », selon le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, Christophe Robert. Et la crise du logement promet de s’accentuer « avec le million de chômeurs en fin de droits », prévient Jean-Baptiste Eyraud, président de Droit au logement (DAL). Pour le comité de suivi du Dalo, ces expulsions sont autant de « dysfonctionnements de l’État ». Ce dernier est le garant depuis 2007 du droit au logement. Or, il « déloge » au lieu de « reloger ». Le comité a adopté vendredi une motion demandant de mettre fin aux expulsions locatives de personnes prioritaires, pour « pleinement appliquer la loi ». Benoist Apparu a beau jeu de préciser qu’il ne s’agit pas de « mettre des gens à la rue sans proposer une solution d’hébergement » . « Mais où  ? », interrogent les associations qui rappellent l’engorgement des centres d’hébergement.
 
Thibault Ducloux
 

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