La Marseillaise - 6/04/2012

Comprendre la fièvre acheteuse

A l’invitation de l’association Un centre ville pour tous, le géographe Guilhem Boulay décortique les raisons de l’inflation immobilière.

Un peu comme le temps qu’il fait, la hausse immobilière est un sujet de conversation inépuisable. Or Marseille et sa région sont au cœur d’une inflation immobilière, telle que la ville ne l’a jamais connue au cours de sa longue histoire.
Docteur en géographie, Guilhem Boulay a passé de longues années d’études à comprendre et analyser les raisons de cette hausse. A l’invitation de l’association Un centre ville pour tous, le chercheur exposait le résultat de ses recherches, mardi soir, à la cité des associations. « La hausse des années 2000 est exceptionnelle, explique le jeune chercheur. Depuis les années 60, l’évolution du pouvoir d’achat immobilier n’avait pas connu d’importantes fluctuations en dehors de Paris et de l’Île de France. Depuis les années 2000, cela monte partout en France. Et plus encore dans l’unité urbaine Aix-Marseille-Aubagne qui arrive en tête des grandes villes françaises quel que soit le type de logement mis en vente. »
Le chercheur a établi un certain nombre d’outils statistiques pour quantifier cette inflation. Il a pu ainsi établir une hausse par m2 sur une période de deux ans. « Si entre 1996 et 1998, le m2 augmentait de 110 euros. Entre 2004 et 2006, la hausse était de 700 euros. » Sur cette courte période, les prix ont presque triplé sur le territoire d’Aix-Marseille.

La « loco » des classes moyennes

Cette hausse « exponentielle » concerne en premier lieu les biens les plus dépréciés qui ont connu la plus spectaculaire hausse. Les biens les plus chers augmentant moins vite.
Sur la ville, cette hausse respecte le clivage traditionnel entre le nord et le sud. « Même si on observe plusieurs phénomènes : ainsi les riches ont tendance à remonter le Prado vers le centre tandis que les appartements les moins chers sont toujours plus au nord. »
En revanche, il tord le cou à l’idée reçue d’une « gentrification » due à l’arrivée d’estrangers descendus du TGV. « Les ouvriers et employés n’ont pas été remplacés par des cadres. La catégorie qui augmente est celle des professions intermédiaires. C’est-à-dire les petites classes moyennes qui prennent la place des retraités. Et ces derniers viennent principalement de l’aire urbaine. Cela tourne en vase clos. »
La hausse est donc générée par les métropolitains eux-mêmes, pris d’une fièvre acheteuse. « Cela part du modèle d’accession à la propriété partagée par toute la société. Ce phénomène ancien est corrélé à une peur du déclassement, une forme aigu d’insécurité sociale. » L’achat immobilier est vécu comme « naturel » quelle que soit la hauteur vertigineuse qu’atteignent les prix.
Pour y remédier, les pouvoirs publics devraient mettre le paquet sur le logement social locatif dans tous les secteurs de la ville. Ce qui n’est pas gagné…

B.G.

05-04-2012 

 

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