La Provence.com - 21/02/2012

Crise du logement, les raisons du casse-tête marseillais

 Faute de vision cohérente, la ville et son agglomération pratiquent le bricolage urbanistique. Qui laisse le champ libre à la spéculation et aux égoïsmes...

Rarement une campagne présidentielle aura autant été marquée par la question du logement. Après la vraie-fausse candidature de Cantona sous les couleurs de la Fondation Abbé Pierre début janvier, les postulants à l’Élysée, déclarés ou non, multiplient les propositions depuis une dizaine de jours. Une prise de conscience qui trouve un écho particulier à Marseille, où la crise du logement est aiguë : les appartements proposés répondent de moins en moins aux attentes de la population. Qui plus est, depuis 1995, les prix ont été multipliés par 2,5 contre 1,6 pour le revenu des ménages... Conséquence, "la tension du marché de l’immobilier" dans le département est une des plus élevées de France selon une étude de l’Agence nationale du parc privé. "Le logement, avant même l’emploi, est devenu la préoccupation première des habitants de Marseille Provence Métropole", confirme Eugène Caselli, le président PS de la communauté urbaine. Explication en cinq points.

1/ L’absence de politique foncière

Douze ans après le vote de la loi SRU, ce n’est que cette année que la communauté urbaine MPM disposera d’un "Schéma de cohérence territoriale". En clair, d’un outil qui lui permette d’anticiper les décennies à venir. Conséquence, faute de vision cohérente et exprimée, la mairie comme MPM n’ont pas de véritable politique foncière. Pas plus que les propriétaires institutionnels comme l’armée, la SNCF, le Département ou l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille. D’où une absence de régulation du marché et de mise en réserve des terrains, qui laisse la part belle aux promoteurs...

2/ Le manque de logements sociaux

Malgré plus de 72 000 logements sociaux, Marseille manque de HLM, comme le prouvent les 37 000 demandes recensées par les bailleurs. Qui plus est, ils sont très inégalement répartis selon les arrondissements, un déséquilibre peu corrigé depuis 15 ans par l’équipe Gaudin qui a tout fait pour sanctuariser les secteurs de la ville qui lui sont politiquement favorables. Poussée par l’État, l’agglomération marseillaise a toutefois tenté de rattraper son retard et 30% des logements construits chaque année sur le territoire de MPM relèvent désormais du social. Chargée du Logement à la Ville, Arlette Fructus (Parti radical) ne peut toutefois que constater que "12 des 18 communes de MPM n’ont pas respecté leurs objectifs" . Ainsi, Allauch, Plan-de-Cuques, Gémenos, Le Rove ou Carry possèdent toujours moins de 10% de HLM. Des villes dont les maires préfèrent parfois payer des pénalités plutôt que de respecter la loi... d’autant plus volontiers que MPM leur en rembourse une partie. Marseille n’est pas plus exemplaire, des projets étant toujours bloqués par la mairie dans les quartiers sud. Si l’on ajoute des bailleurs sociaux qui ne jouent pas toujours leur rôle de constructeur, comme la Chambre régionale des comptes l’a dénoncé à propos de Treize Habitat, on se retrouve avec un déficit colossal. Dont un des effets pervers est de ralentir les opérations de démolition-reconstruction de l’Anru : faute d’offres relais disponibles, il est souvent impossible de reloger les familles le temps des chantiers de réhabilitation...

3/ Des projets en mal de coordination

À Marseille, les opérations d’aménagement sont multiples : Euroméditerranée, des Zac comme Ste-Marthe, le Vallon Régny, le Rouet, les dossiers Anru, le Grand Projet de Ville... Autant d’îlots qui peinent à se coordonner, faute d’armature, ce qui favorise ce que les professionnels appellent "un urbanisme d’opportunités", idéal pour les promoteurs et les architectes bien en cour qui savent faire jouer leurs réseaux. La coopération entre les intercommunalités étant encore embryonnaire, le même défaut frappe les "projets à rayonnement métropolitain". Initialement, il était prévu de corriger ce travers avec un "Schéma de cohérence territoriale" qui englobe plusieurs structures intercommunales. Sauf que tout le monde a préféré élaborer le sien, pour rester maître chez soi... D’où l’appel lancé l’automne dernier par l’association "Un centre-ville pour tous", qui juge "essentiel de construire un projet de ville intégré dans un projet d’agglomération, et que ce projet d’ensemble prenne en compte les différents quartiers".

4/ L’État alimente la spéculation

Avec 14 conventions Anru de rénovation urbaine et un durcissement des pénalités pour les communes de l’agglomération marseillaise qui ne construisent pas assez de HLM, le préfet Hugues Parant ne manque pas de souligner "le rôle majeur de l’État" dans la bataille du logement. Reste que ces dernières années, à la suite de la réorganisation de ses services, l’État a libéré des locaux souvent très bien situés comme le siège de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt dans les quartiers sud. La plupart du temps, ces biens sont vendus au prix du marché... ce qui ne peut qu’alimenter la spéculation. "En conservant ses réserves foncières, l’État met lui-même en péril le processus Anru qu’il a initié", tempête Samia Ghali, la maire PS des 15e et 16e arrondissements.

5/ Profit des uns ... et intérêts des autres

Depuis son élection à la mairie en 1995, Jean-Claude Gaudin n’a qu’un mot à la bouche : "Je veux qu’on construise". Ce qui, pour lui, a l’avantage de "faire venir des gens un peu plus riches" et de donner du travail "aux bureaux d’études et aux entreprises"... Un message entendu cinq sur cinq par les promoteurs, qui se sont concentrés sur les projets les plus rentables et les plus luxueux, appuyés sur des mécanismes de défiscalisation, et ont souvent laissé de côté une partie de la population. Cette logique a par exemple longtemps été mise en oeuvre rue de la République. À force de multiplier les programmes inadaptés, les promoteurs ont toutefois fini par se heurter aux riverains. Qui dégainent désormais un recours dès qu’apparaît un permis de construire. Une résistance parfois excessive qui fait que des groupes nationaux se méfient désormais de Marseille, préférant engager leurs forces ailleurs en France...

Fred GUILLEDOUX

Publié le lundi 20 février 2012 à 20H56

Voir la Provence et l’infogramme du 20 février 2012

Lettre d'information

Vous pouvez vous abonner gratuitement ici à la liste de diffusion de Centre Ville Pour Tous.


Association "Centre ville pour tous"
Cité des Associations
BP n° 241
93, la Canebière
13001 Marseille

Contact

Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0