La Marseillaise - 12/11/2009

Marseille, précurseur en réseaux sociaux

 
Référent unique, coordination des aides sociales, mutualisation, accompagnement vers le logement : « mais tout ça on l’a déjà démarré depuis des années à Marseille ! » répondent en chœur les acteurs de terrain.
La force de son tissu associatif avait déjà porté Marseille au rang d’exception, quand en France les cités s’enflammaient. Cette fois encore, c’est sa capacité à tricoter des réseaux sociaux qui distingue la ville. Mais il n’est pas de bonne volonté qui tienne, sans moyens pour la défendre.

« Le 27 novembre prochain, nous organisons la nuit de la solidarité devant la préfecture à Marseille. Nous représenterons les 100 propositions pour lutter contre le mal logement dont une partie est consacrée à l’hébergement, réalisées par les associations » indique Fathi Bouaroua, directeur régional PACA de la Fondation Abbé Pierre. Et d’ajouter en souriant, « c’est la preuve que le gouvernement ne répond pas aux attentes des associations ».
Ce travailleur social de longue date dans le domaine du logement reconnaît quelques avancées, parmi lesquelles le fait que « les propos des associations sur le besoin de coordination ou de suivi social ont été entendus ». Mais très vite, le ton se fait plus acerbe, « sur les questions de fond, celle des moyens, celle de la diversité des réponses… On ne s’y retrouve pas. Et sur le reste, on a surtout affaire à une nouvelle mise en forme de mesures existantes ».
Doter les SDF d’un référent unique ? Loin d’être une idée neuve pour Paul Soghomonian, la directrice de l’ADJ* , « c’est notre travail depuis toujours que d’offrir aux SDF un suivi adapté, tant est qu’ils le veuillent ». On y vient pour l’accès aux droits, aux ressources, à la CMU comme à l’hygiène. « Tout n’est peut-être pas écrit et conventionné à Marseille, mais dans la réalité quotidienne un travail s’est étoffé au fil des années, on est arrivé à un bon maillage du territoire, analyse Paule Soghomonian. Une plateforme est même mise sur rails »

Coordonner et mutualiser ? « On n’a pas attendu les Parisiens pour travailler en relais ! » Michel Bourgat, adjoint au maire à la solidarité, étouffe un rire stupéfait. « On est en lien direct avec la Croix Rouge. Avec les associations, on est très synchro. Et avec la justice ou la police, on travaille dans de bons rapports. Du préfet au travailleur social, le plan hivernal réunit régulièrement tous les acteurs ». Tisser des liens ou s’attacher au suivi, c’est le système D développé par le réseau associatif social marseillais. Une méthode d’économie (être le plus efficace possible avec le peu qu’on a) -packagée par Benoist Apparu l’idée a certes plus d’allure-. Conjuguée aux efforts du Samu Social-UHU, le seul en France à être cofinancé par l’Etat et la Ville, elle donne des résultats, mais le hic semble ailleurs.
« Car ce qu’il faut bien prendre en compte, prévient Paule Soghomonian, c’est la diversité des situations, des parcours, des besoins. Il faut distinguer ceux qui sont en capacité d’autonomie mais arrivent là suite à un accident de la vie et ceux qui ne seront pas en capacité d’intégrer un logement en autonomie avant longtemps et parfois même jamais ». Outre les grands marginaux, la directrice de l’ADJ interroge :« comment accéder à un logement avec des minima sociaux ? La difficulté à gérer un budget quand on est au RSA est un écueil dans le parcours vers le logement ». Il conduit souvent aux hôtels meublés insalubres « où une fois qu’ils ont passé leur argent, les locataires vont manger chez les bonnes soeurs et viennent prendre une douche ici, parce qu’à l’hôtel c’est 5 euros ».

Même « l’inconditionnalité de l’accueil » qui figure clairement dans le texte a du mal à soulever l’enthousiasme chez Fathi Bouaroua. « Qu’elle figure sur un texte est une bonne chose, sauf qu’elle n’est considérée que pour l’urgence et en hiver. Dès lors, elle existe déjà et était en germe dans notre droit car ne pas accueillir une personne en plein hiver reviendrait à de la non-assistance en personne en danger. Or, la question que nous posions sur l’inconditionnalité de l’accueil concerne le travail sur toute l’année. Que fait-on d’une famille par exemple sans papier ? On la remet dehors une fois l’urgence passée ? Notre conception est que, à partir du moment où une personne est sur le territoire français, elle a droit à la sécurité et à l’hygiène et qu’il faut donc trouver les moyens et les dispositifs pour honorer ses droits ». Si la réorganisation de l’aide aux sans abri annoncée par le gouvernement ne mange pas de pain, il y en a en revanche sur la planche du côté de l’accès aux droits.
*Accueil de jour pour les personnes SDF composé de trois unités (Place Marceau, rue Consolat ainsi qu’une équipe mobile) et complété de l’Accueil de nuit Saint Jean de Dieu.
Réactions
Myriam Guillaume avec A.S.
Photo Robert Terzian
 

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