La Provence.com - 3/06/2012

Un hôtelier marseillais condamné pour un hébergement indigne

Il a écopé d’un an de prison avec sursis et 30 000 € d’amende.
Au 28 rue des Dominicaines, l’hôtel de Turin, en travaux. Son gérant évoque une prochaine réouverture.

Le président du tribunal Mohamed Mahouachi brandit des photos : "C’est terrible ! Ça, c’est un hôtel ?" À la barre des prévenus, Chaloum Boukhris, 52 ans, gérant de trois hôtels situés dans l’hypercentre ville de Marseille, comparaît pour deux délits distincts. Il a continué à loger des clients en dépit d’un arrêté de fermeture et il a soumis une personne vulnérable, un homme de 62 ans sous dialyse, à des conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine.

Le 13 mars, à l’audience des comparutions immédiates devant laquelle il avait été conduit à l’issue de sa garde à vue, le procureur avait alors requis son placement en détention. Le parquet voulait ainsi marquer le coup, en quête d’une sanction pouvant servir d’exemple aux marchands de sommeil qui fleurissent à Marseille en raison de la très grande pauvreté d’une frange de la population et d’une crise particulièrement aiguë du logement. Le tribunal avait choisi de le laisser libre sous contrôle judiciaire.

L’hôtel de Turin, rue des Dominicaines (1er arr.), avait fait l’objet d’une mise en demeure en mai 2011 pour un système de sécurité déficient. Les travaux étaient réalisés mais le 26 octobre, rien ne fonctionnait. Chaloum Boukhris évoque un vague problème de batterie. L’installation n’était en tout cas pas aux normes. Du coup, le 13 décembre, un arrêté de fermeture tombait avec une interdiction d’occupation. Non suivie d’effet.… "Les gens ne voulaient pas partir, ça vient pas de moi". Trois mois plus tard, c’est la police qui intervient. Les onze locataires qui paient un loyer mensuel de 200 à 400 euros sont enfin relogés dans un de ses deux autres établissements, rue d’Aix.

L’état du bâtiment est épouvantable. WC dégradés ou bouchés, douches servant de débarras, fils électriques en guirlandes, de l’eau qui suinte, des murs croûtés… À toutes ces constatations, Chaloum Boukhris oppose une réponse. Les douches ? "Y en a deux qui fonctionnaient !" Les gamattes au milieu des chambres ? "L’hôtel était en travaux à 85 % !" Les carreaux cassés ou les fenêtres laissant passer air et eau ? "Il ne pouvait pas connaître l’état des chambres, ça relève de l’intimité de ses locataires, assure son avocate Me Mireille Haddad. Quand on lui signale quelque chose qui ne va pas, il y remédie".

Le procureur Anne Lezer s’empare du cas d’un client malade. À 62 ans, victime d’insuffisance rénale nécessitant d’être dialysé, cet homme vivait avec son fils, dans une pièce de 10 m². Le fils dormait sur un matelas jeté au sol sous une fenêtre cassée laissant passer le froid et l’air. L’hôtelier se retranche vers la volonté de cet homme malade de ne pas être changé de chambre . Un argument qui fait bondir le président : "Les gens qui vivent chez vous font partie des moins aisés. Ils n’ont pas le choix et s’ils restent chez vous, c’est qu’ils n’ont nulle part où aller".

Condamnation aussi dans la bouche d’Anne Lezer. "On est dans l’irrespect total de la loi, on est dans l’insécurité totale, on est dans l’indignité. Peut-on seulement parler de logements ?" La magistrate évoque son expérience de ces hôtels sans sécurité où se déclarent parfois des incendies meurtriers. Les réquisitions sont à la hauteur de la condamnation morale des pratiques de cet hôtelier : deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d’amende.

Un peu lourd, négocie la défense rappelant que les travaux de mise aux normes seront achevés en juin et qu’ils coûteront 95 000 €. Le tribunal a finalement condamné l’hôtelier à un an de prison avec sursis et à une amende de 30 000 €.

Luc LEROUX

Publié le samedi 02 juin 2012 à 10H51

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