Marsactu.fr - 19/11/2013

Tour La Marseillaise : les 900 emplois n’engagent que ceux qui y croient


900. Un beau chiffre tout rond pour une tour de 135 mètres. Un petit effort et on était à 1000. A un petit mois du début des travaux, le monde économique et les pouvoirs publics étaient fiers d’annoncer que la tour la Marseillaise sur les quais d’Arenc allait générer 900 emplois. L’assemblée présente ce lundi pour signer une convention de papier était exceptionnelle : le promoteur de Constructa Marc Piétri, le préfet Michel Cadot, la ministre déléguée en charge des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion Marie-Arlette Carlotti, le maire Jean-Claude Gaudin, le président de l’UPE 13 Jean-Luc Chauvin, le président de la communauté urbaine Eugène Caselli et le directeur régional de Pôle Emploi Nicolas Garnier.

Tous se sont félicités du projet et de son impact économique. Il était fort tentant de prendre ces belles annonces, présentées comme un "vrai bol d’air pour l’emploi local" par Marie-Arlette Carlotti, pour argent comptant. Pour autant, nul ne se risque pas à parler de création nette, le business man qu’est Marc Piétri préférant l’expression "mobiliser des emplois". Petit retour à froid sur ces 900 postes.

1. 86% pour la construction

Malgré un recours en appel encore non tranché contre l’installation du principal locataire (la communauté urbaine de Marseille), les travaux devraient commencer le 15 décembre prochain. Dans le petit communiqué accompagnant la signature de la convention, les 900 emplois sont ventilés entre la phase de construction et celle de l’exploitation. Comme l’indique le schéma ci-dessous, sans surprise, les travaux de la tour concentrent la quasi totalité des emplois : 770. Selon Marc Piétri, la durée de ces emplois serait plus élevée que pour un chantier lambda : "C’est plus d’emplois et pour plus longtemps que pour un immeuble traditionnel, car les tours sont comme les éléphants, elles ont trois ans et demi de gestation", répond-il quand on l’interroge sur le sujet. Pour ce qui est des emplois pérennes annoncés, ils se répartissent ainsi : "50 pour la maintenance techniques et les services (crèche, restaurant inter-entreprises, salle de sport), 60 pour l’entretien, le nettoyage, la sûreté et la sécurité et 15 pour le pilotage de la boucle d’eau de mer". En somme, 125 emplois durables. On notera au passage qu’en additionnant les deux phases, on trouve 895. Mais on va pas chipoter pour 5 postes...

Voici plutôt la répartition des emplois (clic gauche pour affiner, clic droit pour revenir en arrière) :

2. 380 emplois sont indirects

Au sein des 770 emplois calculés pour la phase de construction, il faut distinguer les "290 emplois directs sur le chantier" des "380 induits par la construction". Rien de plus précis n’est dit pendant la conférence de presse. Ultérieurement le responsable coordination des entreprises de Constructa, Pierre-Alain Martin, détaille ce que l’entreprise entend par ces "emplois induits". Il s’agit en fait d’une activité générée en amont des travaux : "Quand un maçon travaille sur un chantier, d’autres travaillent indirectement comme les bétonniers, la fabrication des matières premières ou encore le transport, explique Pierre-Alain Martin. On a été très prudents sur le chiffre". On comprend ici qu’il a été calculé à partir d’un coefficient multiplicateur : environ 1,3 emploi induit pour 1 emploi direct.

3. La surprise de la boucle d’eau de mer

Ce qu’on apprend en revanche grâce à ces chiffres, c’est qu’une boucle d’eau de mer desservira la tour pour la climatisation et le chauffage. Les emplois qui y sont liés sont comptabilisés dans le paquet cadeau conventionné : 100 pour sa mise en oeuvre puis 15 pour son pilotage après sa mise en service. La plus connue dans le coin concerne le périmètre Euromediterranée II, un peu plus au nord. Elle n’en est qu’à la phase de l’étude de faisabilité. Ce n’est pas celle que Marc Piétri associe à sa tour et aux emplois qu’elle créera. "C’est un projet privé porté par GDF auquel s’allie Constructa, la tour permet d’avoir la masse critique de l’initier, confie Pierre-Alain Martin. Il y aura quelques subventions de partenaires publics. Nous signerons le protocole avec GDF Suez quand les travaux commenceront". A ce rythme, cette boucle d’eau de mer, qui desservira d’autres bâtiments que les leurs, sera prête avant celle d’Euromed II.

4. 29 "nouveaux emplois créés"

Un autre détail attire l’oeil dans la liste des professions : "10% seront de nouveaux emplois créés (coffreurs-bancheurs, maçons de finition, charpentiers-façadiers, plombiers, climatiseurs, menuisiers, peintres)". Là encore, une petite explication s’impose. À quoi correspondent ces 29 emplois qualifiés de "nouveaux" ? Pierre-Alain Martin précise : 

Ce sont des emplois qui n’existent pas pour l’instant. Nous avons fait le calcul par rapport à la situation de l’emploi à Marseille si la tour ne se faisait pas.

Il s’agit donc d’une création nette d’emplois avec, selon lui, "une dimension de formation". Un point qui rejoint la raison pour laquelle la secrétaire d’Etat déléguée à la lutte contre l’exclusion était de retour sur ses terres marseillaises. Car la convention signée mentionne que le recrutement sur ces nouveaux postes se fera "en privilégiant les emplois d’avenir, les emplois francs et les contrats en alternance en vue de parcours qualifiants". Tout ceci aidé par l’État. "Et 6% de travailleurs handicapés", glisse tout de même la ministre en charge du Handicap. Soit l’obligation légale.

Il reste qu’il y aura donc des emplois aidés parmi ces recrutements. "On s’impose nous-même la clause d’embauche locale", défend Pierre-Alain Martin, sans pour autant détailler dans quelle mesure ces recrutements seront subventionnés. Dans la convention, il est mentionné : "Les emplois d’insertion auront pour objectif de représenter 5% des heures travaillées du gros oeuvre". Un pourcentage qui correspond à la clause d’insertion que l’établissement public Euroméditerranée s’efforce de respecter : "Les marchés de travaux sous sa maîtrise d’ouvrage prévoient une clause de promotion pour l’emploi selon laquelle les entreprises contractantes s’engagent à consacrer une partie des heures travaillées sur les chantiers à des demandeurs d’emploi non-qualifiés, lesquels vont acquérir une qualification à cette occasion". Euroméditerranée "incite également les autres maîtres d’ouvrage publics et privés intervenants sur le périmètre à faire de même". Les acteurs de la tour respectent ainsi cette préconisation.

Dernier gravier glissé dans tout ce béton, ces heureux travailleurs seront-ils du cru ? À l’heure où la fédération du BTP dénonce l’utilisation abusive de travailleurs dits "détachés" venant de nombreux pays européens au prix d’un véritable "dumping social", la Marseillaise sera-t-elle épargnée par son nom cocardier ? Interrogé sur ce point, le promoteur Constructa renvoie vers le constructeur Vinci en charge de la future sous-traitance. Car c’est à ce niveau là que cela se jouera. On espère que l’Etat fort réjoui des annonces sera tout de même attentif à ce que Vinci permette aux entreprises locales d’accéder à ses commandes.

Par Clémentine Vaysse, le 19 novembre 2013

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