Le Monde du 6 juillet 2011 - 8/07/2011

Le luxe ne s’est jamais si bien porté, tandis que les locataires souffrent


 


Les agences spécialisées dans les biens immobiliers haut de gamme affichent, en


cette année 2011, une mirobolante progression de leur chiffre d’affaires.


Ainsi, Charles-Marie Jottras, président du réseau des agences Daniel Féau, jugeait, en


conférence de presse le 21 juin, ce premier semestre " exceptionnel ", avec un volume des ventes en hausse de 52 % sur les cinq premiers mois de l’année et un nombre de transactions de 15 % supérieur à ce qu’il était un an plus tôt.


 


Le nombre de ventes de plus d’un million d’euros est, lui, passé de 754, en 2008, à 1 140


entre juin 2010 et juin 2011 : " Au-delà de 4 millions d’euros, le secteur est très


international, avec la moitié d’acheteurs étrangers et ce sont les non-résidents qui dictent le marché ", précisait M. Jottras.


Même écho du côté des agences Barnes, dont le président, Thibault de Saint-Vincent,


observe un premier semestre " très actif ". " Le marché des biens de luxe est international, Paris étant l’une des trois villes, avec New York et Londres, où les personnes fortunées veulent devenir propriétaires ", analyse-t-il.


 


Cette santé éclatante du marché de l’immobilier de luxe s’explique par la forte augmentation du nombre de riches dans le monde et en France. L’Insee dénombrait ainsi, en 2008, plus de 440 000 foyers ayant déclaré au moins 100 000 euros de revenus par personne (unité de consommation), soit 33 % de plus qu’en 2004. Et le nombre de ceux qui gagnent plus de 500.000 euros a, dans la même période, augmenté de 84 % !


Contraste


La concurrence devient rude autour des rares et chers appartements que tous veulent s’offrir.


" D’autant que, à Paris, construire un programme de standing est impossible avec


l’exigence de la loi Solidarité et renouvellement urbains d’y prévoir 25 % de logements


sociaux ", déplore M. Jottras.


 


Ce tableau d’acquéreurs opulents contraste durement avec la situation des locataires, qui, elle, se dégrade, si l’on en croit le portrait assez saisissant qu’en dressent les agents


immobiliers du réseau Century 21, dans une étude rendue publique mardi 5 juillet.


La moitié des nouveaux locataires, au premier semestre, ont moins de 30 ans et 46 % d’entre eux sont ouvriers ou employés. Ils disposent d’un revenu mensuel, par foyer, de 2 312 euros (mais moins de 2 000 euros pour les moins de 30 ans), qui a, en dix ans, progressé de 14,8% seulement, soit, en euros constants, reculé de 2,1 %...


 


Dans le même temps, le revenu net moyen des Français évoluait, toujours en euros


constants, de 14,6 % et les loyers de 25 % ! L’écart entre l’ensemble de la population et les seuls locataires se creuse donc : " Être locataire d’un logement privé est un statut non désiré, précise l’étude ; dès que leurs revenus augmentent, les locataires choisissent de devenir propriétaires. "


Une autre tendance surprend : la base des propriétaires bailleurs s’élargit : les ouvriers et employés représentent désormais 17 % d’entre eux, soit plus que les cadres supérieurs et les professions libérales (11,8 %).


La stagnation des revenus des locataires explique la modération de l’augmentation des loyers de 1,71 % en un an, au premier semestre, soit, avec une inflation à 2 % dans la même période, un léger recul d’en moyenne 0,3 %, mais de 0,63 % pour les quatre-pièces.


Isabelle Rey-Lefebvre


© Le Monde


 

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