Marsactu.fr - 8/11/2013

"Les politiques refusent de regarder la réalité du centre-ville en face"


Vendredi 8 novembre, Jean-Marc Ayrault doit commencer sa visite ministérielle par une balade à pied sur le cours Belsunce. Une manière de signifier la priorité donnée à la rénovation du coeur de ville. En attendant de savoir si celle-ci sera l’objet d’une opération d’intérêt national sur le modèle d’Euroméditerranée, entretien avec l’urbaniste Philippe Méjean qui a participé à une étude sur 30 ans de politiques publiques à cet endroit.

BG

Cela ressemble un peu au calendrier de l’Avent : à la veille de la venue de Jean-Marc Ayrault à Marseille, chacun pose des hypothèses sur les présents que le premier ministre est censé apporter dans sa hotte. Sur la liste dressée lors du comité interministériel d’il y a un an, figurait la création d’une nouvelle opération d’intérêt national (OIN) en charge de la rénovation du centre de la ville. Si rien ne fuite sur la réalité d’une telle annonce, on sait d’ores et déjà que les pas du premier ministre devrait le conduire dans la matinée à visiter le quartier Belsunce, exemplaire des fragilités du coeur populaire de la métropole et de l’incapacité des politiques publiques à y remédier durablement. Le récent rapport de la chambre régionale des comptes sur Marseille Aménagement, le bras armé municipal de la rénovation, en est une parfaite illustration.

Une équipe de chercheurs de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional (IUAR) a planché durant deux ans sur cette question de la mise en valeur du centre-ville et rendu un rapport intitulé "Marseille : les fragilités comme moteur pour l’invention d’une centralité métropolitaine originale ?" Urbaniste, Philippe Méjean a participé à cette étude menée en partenariat avec le service habitat et cohésion sociale de la communauté urbaine et le ministère du développement durable. Il dresse un bilan sans concession sur 30 ans de politiques publiques dans le centre-ville de Marseille.

Marsactu : Depuis 30 ans, les politiques de rénovation urbaine se succèdent sur le centre-ville sans que l’on puisse constater de changement. Peut-on parler d’échec ?

Philippe Méjean : Effectivement, on peut parler d’échec. Cela s’explique d’abord parce qu’il s’agit d’un objet compliqué. Le centre-ville comprend un parc de logements anciens, en mauvais état, parfois insalubres, que les propriétaires ont cessé d’entretenir depuis longtemps, parfois sciemment. Depuis des décennies, c’est d’abord un lieu d’accueil qui a évolué au fil des vagues migratoires, avec des populations en transit et d’autres qui s’installent durablement. De par ce fait, y domine une grande diversité de populations. En plus de cela, le centre-ville est le coeur d’une agglomération et doit répondre à la fois à des questions d’ordre résidentiel et accueillir les grandes fonctions métropolitaines. En raison de cette complexité, les acteurs publics n’ont jamais été capables d’élaborer un projet pour ce territoire. Pourtant, depuis 30 ans, de nombreuses politiques ont été mises en oeuvre, beaucoup d’argent et d’énergie dépensés sans résultat probant.

Pourquoi un tel échec ?

La démarche de projet a été invoquée plusieurs fois sans jamais réussir à se construire en tant que telle : c’est-à-dire poser un diagnostic, hiérarchiser des enjeux, élaborer une stratégie d’intervention et définir des maîtres d’ouvrage. Or, que cela soit la gauche avec Gaston Defferre et Robert Vigouroux puis la droite avec Jean-Claude Gaudin à partir de 1995, le pouvoir politique n’a jamais accepté de regarder la réalité du centre-ville en face, ce qu’est réellement ce territoire avec ses atouts, ses problèmes et ses fonctions croisées. Il y a chez les politiques un déni de cette réalité complexe. Bien sûr, il y a des séquences où l’on retrouve cette démarche de projet, notamment au début des années 1980, sous l’impulsion de Philippe San Marco et Pierre Rastoin. En revanche, Robert Vigouroux s’est surtout mobilisé sur les grosses opérations. 

Pourtant c’est sous son mandat que démarre le premier périmètre de restauration immobilière (PRI), au Panier...

Certes, mais il ne faut pas confondre l’outil technique que peut-être ce dispositif né de la loi Malraux et la politique dont il permet la mise en oeuvre. A partir de 1995, Jean-Claude Gaudin élargit les périmètres d’intervention et met l’outil au service d’une politique résumée qu’il intitule le projet centre-ville. Les périmètres de restauration immobilière permettent à des investisseurs de réaliser de très larges défiscalisations. Ils sont mis en place dans l’objectif de faire muter socialement ce territoire. Il y a des textes, des discours. Il s’agit de rendre le centre-ville aux Marseillais. C’est le PRI de la transformation sociale du centre-ville. 

Avec quel résultat ?

Ils n’ont pas réussi à faire muter le centre-ville, je dirais dieu merci. En revanche, il y a bien eu éviction de populations présentes. Ce n’est pas le seul fait de la politique de la mairie mais aussi d’Euroméditerranée à travers la rue de la République. Certaines parties du centre-ville ont échappé au PRI. On a dépensé beaucoup d’argent pour des travaux mal faits et en offrant aux investisseurs des garanties sans contrepartie sur les loyers, la vacance locative ou le rachat en fin d’opération. Mais, ce qui frappe surtout, c’est l’absence de coordination entre la politique de requalification des espaces publics, des transports, de gestion de proximité. Or, le centre-ville a besoin d’un projet global, d’un projet gouverné. C’est pour cette raison que l’on parle aujourd’hui d’y installer une opération d’intérêt national (OIN) qui pourrait offrir une unité de commandement et des objectifs clairs. 

Cela veut dire agir en même temps sur tous les secteurs. Qui peut le faire ?

Le centre-ville de Marseille est inscrit dans les territoires de la politique de la ville depuis les années 1980 et le lancement des dispositifs de développement social des quartiers (DSQ). Cette politique avait été imaginée pour les grands ensembles. Déjà, Marseille était une exception avec un dispositif DSQ à Belsunce dès cette époque. Aujourd’hui, on a besoin de coordonner la politique de la ville avec celle de l’habitat. Au centre-ville, il y a un enjeu fort de cohésion sociale. Or, ces dernières années, la politique de la ville n’a pas cessé de courir derrière les opérations de rénovation urbaine. Il faut remédier à cette dichotomie. Un nouveau contrat de ville doit être négocié en 2014. Il faut saisir cette opportunité pour mettre en oeuvre une politique globale qui mêle le hard et le soft. La création d’une opération d’intérêt national devra d’abord fusionner rénovation urbaine et politique de la ville.

Aujourd’hui, un grand nombre d’acteurs publics interviennent sur le centre-ville. Ce sera à la métropole de les coordonner ?

La mise en place de la métropole à elle seule ne peut pas suffire. La métropole permet de mieux penser la place du centre-ville dans l’agglomération, notamment à travers l’installation des fonctions métropolitaines. Si on veut être plus intelligent, cela peut le permettre. Le grand nombre d’acteurs publics n’est pas un handicap majeur s’il y a une cohérence de l’ensemble avec un pilotage clairement installé. Il faut arrêter ce jeu de chat et de souris entre collectivités. Il y a un risque de grande confusion avec superposition des dispositifs. Tant qu’ils n’ont pas d’objectifs clairs sur ce qu’ils veulent faire de ce centre-ville, avec un vrai regard sur ses fonctionnalités, ils n’y arriveront pas. C’est un quartier populaire, avec une histoire, qu’il faut respecter. Pour cela, il faut lancer un grand débat public sur ce projet urbain. Même si à Marseille, les débats publics, on ne sait pas trop faire.

Ci-dessous, l’étude "Marseille : les fragilités comme moteur pour l’invention d’une centralité métropolitaine originale ?" dirigée par Frédérique Hernandez, avec Brigitte Bertoncello, Angelo Bertoni et Philippe Méjean du laboratoire L.I.E.U. de l’Institut d’urbanisme et d’aménagement régional d’Aix Marseille Université.

 

Rapport Final Fragilites Marseille by marsactu

> Rapport final sur les fragilités urbaines à Marseille en pdf

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