La Marseillaise - 15/10/2008

La galère pour quatre murs et un toit

 
Maria et Gérard ont tous deux trouvé du travail à Marseille. Reste à mettre la main sur un logement décent et accessible. Deux parcours, deux galères.

Difficile de trouver un logement à Marseille. Maria, âgée d’une quarantaine d’années, peut en témoigner. Originaire de Toulouse, elle habitait jusqu’au début de l’année à Bagatelle, à proximité du Mirail dans les quartiers populaires de la ville rose.
 Après trois ans de chômage, une opportunité professionnelle s’est offerte à elle au printemps à Marseille. « Je me suis retrouvée en fin de droit au bout de deux ans. J’ai ensuite perçu l’allocation spécifique de solidarité (ASS) qui représente environ 440 euros par mois, et là je ne percevais plus que le RMI », rappelle-t-elle. Aussi c’est sans la moindre hésitation qu’elle met le cap sur la cité phocéenne.

Deux loyers à payer

Mais la galère est pour elle loin d’être terminée. Embauchée en contrat de remplacement pour palier l’absence prolongée d’un salarié, elle est passée de la précarité à « un contrat précaire dans la durée », comme elle le résume aujourd’hui. Un statut qui l’oblige à conserver son appartement toulousain car elle ne sait pas ce qu’il adviendra d’elle au-delà de mars 2009. En attendant, avec 1 300 euros de salaire, difficile d’assumer financièrement la charge de deux loyers. « Je continue de payer un peu plus de 300 euros pour mon HLM à Toulouse, pour lequel je ne reçois plus d’APL depuis que j’ai retrouvé du travail. Et on me demande même de reverser 1 000 euros que j’aurais perçu à tort, ce qui m’est impossible car je ne les ai pas », explique-t-elle.
 A Marseille, elle déniche dans un premier temps un appartement qui lui plaît beaucoup à la Plaine, proposé à 650 euros. « Mais le propriétaire a exigé deux garants, trois mois de loyer d’avance, ainsi qu’un tas de paperasserie qui m’ont obligée à rentrer sur Toulouse. Une amie pouvait bien se porter garante, mais ma mère ne pouvait pas : c’est une modeste retraitée. »
 Maria s’oriente alors vers les appartements partagés. Son choix se porte sur une chambre à 350 euros. « Mais le garçon qui louait celle d’à côté devait passer dans ma chambre pour regagner la sienne. Et je ne pouvais pas utiliser la machine à laver. »
 Finalement, après moult recherches, elle parvient à trouver un appartement T2 en sous-location à 450 euros au rond-point du Prado, « un prix très rare dans ces quartiers-là ».
 Reste qu’aujourd’hui, assumer deux loyers avec ses maigres revenus demeure un souci permanent. « En fait, je puise sur mes économies de dix ans de travail. A ce rythme-là, je ne tiendrais pas plus de six mois. Derrière j’ai des parents de condition modeste qui ne peuvent pas m’aider, et je refuse l’assistance de mes amis », souligne-t-elle.

A la recherche d’un logement décent

 Après avoir passé de longues années à l’étranger, Gérard s’est lui aussi heurté à un véritable parcours du combattant à son arrivée à Marseille il y a quelques mois lorsqu’il a dû se réinsérer socialement. Rmiste depuis quatre mois, affilié à la CMU, il a assez rapidement surmonté ces deux premiers obstacles « grâce à un réseau d’assistances familiales compétentes et efficaces ».
 Restait un problème autrement plus délicat : trouver un logement « à peu près décent et situé de préférence dans un quartier pas trop excentré de Marseille ». « Cela est une autre paire de manches. Je me suis présenté en premier lieu à Marseille Habitat où l’on vous fait remplir un formulaire que vous déposez et qui est censé vous aider à accéder au logement de vos rêves… Cela fait déjà plus de trois mois que j’ai effectué cette demande sans aucun résultat jusqu’à présent. Et il est probable qu’il n’y en aura jamais », témoigne-t-il.
 Faute de réponse de la part de Marseille Habitat, Gérard choisit alors d’opter pour les petites annonces des journaux. Il a pu visité à ce jour deux appartements. « L’un est bien trop cher pour une bourse de rmiste et l’autre dans un tel état de délabrement que l’on se demande comment des marchands de sommeil qui s’affichent comme propriétaires peuvent encore sévir en toute impunité dans un pays comme la France », dénonce celui qui vivait il y a quelques mois encore à l’étranger.
 Si aujourd’hui Gérard est parvenu à retrouver du travail, sa situation ne s’est pas pour autant améliorée car il n’est toujours pas parvenu à dénicher un logement correspondant à ses besoins et en adéquation avec sa bourse. Et il ne doit qu’à sa famille installée sur Marseille de ne pas dormir dans la rue. « Heureusement que j’ai une famille qui peut me venir en aide. »

Reportage
Serge Payrau
 

  

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