La Provence.com - 28/09/2012

Marseille : un réquisitoire massue contre le marchand de sommeil

 Au 56 rue Sylvabelle, dix-huit occupants ont quitté les lieux depuis la mi-août. L’immeuble sera vide lundi.

Deux ans de prison dont un avec sursis ont été requis, hier, contre Bruno Guidi, 46 ans, un "hôtelier" jugé pour "soumission de personnes vulnérables à des conditions d’hébergement contraires à la dignité humaine", autrement dit un marchand de sommeil. Le procureur Damien Martinelli a souhaité que la condamnation "vise à récupérer le produit de l’infraction car il n’est pas possible qu’il conserve les fonds perçus". C’est pourquoi il a également réclamé une amende de 20 000 €, la confiscation des biens - immeubles et parts de SCI - à hauteur de 100 000 € et une interdiction d’exercer une profession liée à l’hébergement ou l’hôtellerie. "Oui, il est un profiteur de la misère", estime le procureur.

Bruno Guidi exploitait l’hôtel Hollande situé 56, rue Sylvabelle, au coeur du centre-ville bourgeois. Le loyer modique de 800 € mensuels, versé au propriétaire des murs, en dit long sur l’état de l’immeuble. Les dix-huit chambres étaient ensuite louées à des tarifs allant de 240 € pour 10 m² à 350 € pour 16 m², soit les prix pratiqués dans le 7e arrondissement de Paris, a observé le procureur. Le président du tribunal Mohamed Mahouachi s’est appesanti sur l’insalubrité des lieux : toilettes épouvantables sur les paliers, une seule douche au rez-de-chaussée, pas d’eau chaude et des robinets qui laissent couler de l’eau couleur de rouille, impropre à la consommation.

"Et les cafards ?" questionne le président. La faute aux locataires qui gardent leurs poubelles trois jours, selon le gérant. L’immeuble avait fait l’objet d’un arrêté de péril signé le 29 mai 2008. "J’ai fait un certain nombre de travaux mais la toiture, c’est au propriétaire de le faire et il n’a rien fait", s’est défendu Bruno Guidi qui confesse avoir fait "des erreurs" et être "prêt à les payer". "Je savais que c’était de pauvres gens, pas que je commettais une infraction." Ses locataires étaient des Roumains vivant de la mendicité et des personnes sans ressources à l’image d’une femme de 76 ans, atteinte de sénilité ou d’une jeune femme enceinte accompagnée d’un enfant en bas âge. "C’est comme le toxicomane avec son dealer, ces gens-là sont les prisonniers du marchand de sommeil. Il n’y a pas d’autre hébergement possible", a observé le procureur. Le taudis ou la rue...

Selon Me Ewrin Senocak, défenseure de l’hôtelier, celui-ci "n’a pas laissé l’établissement à l’abandon", prenant pour preuve la venue d’une société de maintenance des extincteurs. Sa mère, gérante de droit, a relogé les occupants dans des studios du cours Lieutaud ou les a indemnisés. Cinq ménages ont ainsi quitté hier l’hôtel après avoir reçu des mains d’un huissier une somme allant de 980 € jusqu’à 2 000 € pour la femme enceinte. Les trois derniers occupants seront partis lundi et l’hôtel fermé à la fin de l’année. Jugement le 4 octobre.

Luc LEROUX

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