Les Echos.fr - 20/09/2016

A Marseille, un quart des immeubles sont en état d’urgence

Paul Molga

Le 19/09 à 06:00

Le préfet remettra son étude de préfiguration
d’ici à la fin de l’année.Les priorités seront dans la partie nord de la ville.

Marseille détient la triste palme de l’habitat indigne : 6.000 logements sont concernés. Pour préparer une éventuelle Orcod-in, une mission de préfiguration a été lancée. Elle est pilotée par le préfet, qui planche depuis plus d’un an sur le sujet.

La situation, plusieurs fois dénoncée par la Fondation Abbé Pierre, est critique. Dans un rapport intitulé « La requalification du parc immobilier privé à Marseille », remis l’an passé à la ministre du Logement, l’inspecteur général de l’administration du développement durable, Christian Nicol, décrivait « un habitat indigne et dégradé d’une rare ampleur ». Plus de 40.000 logements, soit 13 % des résidences principales, présenteraient un risque pour la santé ou la sécurité d’au moins 100.000 habitants, constatait-il. C’est 11 fois plus que dans les métropoles de Nantes et Nice, 7 fois plus que dans celles de Bordeaux et Lyon. Et surprise : les quartiers nord, qui concentrent les grandes copropriétés dégradées des années 1960, construites à la hâte pour accueillir les réfugiés d’Algérie, ne sont pas toujours les pires. Dans les arrondissements de l’hypercentre, la proportion de logements indignes dans de petites copropriétés de moins de 25 logements construites avant 1949 dépasse parfois 35 %.

Endettement

« Difficile de s’attaquer à cet émiettement sans risquer le saupoudrage », confie un proche du dossier. L’opération d’intérêt national visera donc en priorité les grandes copropriétés qui défigurent le nord de la ville. Plusieurs sont déjà visées par le programme de réhabilitation de l’Anru (Agence nationale de rénovation urbaine), qui a mobilisé à Marseille 1,2 milliard d’euros pour reconfigurer 14 des 25 quartiers en difficulté, avec chaque fois le même principe : « Réinventer un nouveau schéma d’urbanisme, connecter ces sites à la ville et les sortir de leur spécialisation sociale », selon Nicolas Binet, directeur du GIP Marseille Rénovation Urbaine. Mais seulement 40 % du programme sont achevés. Dans ces quartiers précaires, où le revenu médian des locataires du parc privé dépasse à peine 6.000 euros par an, « le processus de dégradation prend souvent la forme d’une spirale imparable d’endettement, de dégradation et de travaux non réalisés », résume dans une note aux collectivités l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise.

La cause ? Des charges trop élevées pour les revenus de leurs occupants. A Marseille, la majorité des 300 copropriétés de plus de 100 logements sont occupées par des locataires.

Paul Molga, Les Echos
Correspondant à Marseille

 

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