La Provence.com - 1er/02/2016

POLITIQUE DE LA VILLE Le grand désarroi des agents

 

"Vous savez ce que la Ville s’est hâtée de reverser à la Métropole, avant la fin 2015 ? Le ferry-boat, et puis nous..." Il a un petit rire amer, Bertrand (1). Agent du Groupement d’intérêt public (GIP) Politique de la Ville, il voit depuis des mois son service tanguer dangereusement.

Créé en 2000, celui-ci fonctionnait comme un "pot commun", auquel abondaient la mairie de Marseille, qui lui avait reversé des agents et contractuels, mais aussi l’État. Sa mission est de repérer dans les quartiers nord, le centre-ville, les projets à étayer : les fameux crédits Politique de la Ville, dont ont désespérément besoin les associations, sont ainsi attribués selon ses évaluations. Experts et médiateurs, les agents font le lien entre le terrain et les institutions.

2015 a été une année ardue pour l’équipe, qui a participé à l’installation des dix conseils citoyens voulus par l’État, écrit les Contrats de ville (signés, en juillet, par 50 partenaires, sous l’égide du préfet et de Guy Teissier, président de MPM)... Leurs collègues du second GIP de la Ville, Marseille rénovation urbaine (MRU), qui orchestre les épineuses opérations de réhabilitation de cités, disputait, lui, une course contre la montre pour ne pas perdre les crédits alloués aux projets Anru (La Provence du 26 janvier). "Notre présence sur le terrain doit être renforcée", a souligné hier Yves Rousset, le préfet délégué à l’Égalité des chances, lors de la cérémonie des voeux des GIP, au musée d’Histoire.

Burn-out

Dans les rangs du GIP Politique de la Ville, on en a dégluti. Car rester présente, c’est justement ce que l’équipe peine de plus en plus à faire : "On est en plein démantèlement, soupire Jeanne (1). Des agents sont déjà partis, pour ne pas être reversés à la Métropole. D’autres sont en burn-out, justement parce qu’on est en sous-effectifs." Dans le 14e arrondissement, actuellement, "il n’y a plus personne du GIP". Bertrand : "Nos équipes sont décimées." Jeanne, encore : "Au-delà de notre situation de souffrance personnelle, ce qui nous interroge, c’est l’avenir de la Politique de la Ville : où sont les moyens humains et financiers pour mettre en oeuvre le Contrat de ville ?" Ces agents ont créé un collectif de défense de la Politique de la Ville à Marseille, qui a saisi, par courrier, à la fois le maire, Jean-Claude Gaudin, mais aussi le préfet de région, Stéphane Bouillon. Mercredi, ils ont été reçus par Arlette Fructus, adjointe UDI et présidente des GIP. "Nous sommes dans une période de grand flou institutionnel, qui est la cause des difficultés actuelles, décrit l’élue. Nos deux GIP devaient disparaître fin 2015, mais MRU sera prolongé jusqu’en 2018, afin de poursuivre la coordination des projets Anru." Pour le GIP Politique de la Ville, en revanche, c’est bien la fin. "À la Métropole, les postes sont fléchés, rassure-t-elle toutefois. Mais là, nous n’avons personne pour remplacer les départs et l’équipe est obligée de se démultiplier... Cela ne durera pas : quand la Métropole se mettra en place, les agents auront une feuille de route..." En attendant, naviguer à vue reste leur seule option.

(1) Les prénoms des agents ont été changés.

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