La Provence.com - 18/11/2014

À Malpassé, l’Anru veut passer à la vitesse supérieure


 

Sur la corde à linge, des vêtements d’enfants sèchent entre deux averses. Au milieu de la façade aux fenêtres murées, l’image, saisissante, raconte une histoire : celle des derniers habitants de la cité des Cèdres-Nord (13e). Depuis quatre ans, le bailleur, Habitat Marseille Provence (HMP) en reloge ailleurs les locataires, afin de pouvoir raser ces immeubles de piètre facture. En tout, dans ce vallon de Malpassé planté de cités, treize bâtiments vont disparaître dans le cadre du projet dit de "renouvellement urbain" orchestré par l’Anru.

Mais une poignée de familles résiste encore à cette révolution en cours : sur les plans de Jean-Luc Flavigny, chef de projet à Marseille rénovation urbaine (MRU), ces têtus sont des chiffres, des flèches. Un ici, sept là... Autant de cailloux dans la chaussure des aménageurs. "Soixante-dix personnes encore sont à reloger", admet Jean-Luc Flavigny. Les chiffres ne disent pas tout : "Il y a une dame qui a un cancer et qu’ils veulent mettre dehors, des gens qui sont là depuis 50 ans et qui n’ont rien demandé. Partir, ça n’est pas leur choix", proteste Fathia Ziani, dont l’association, Consommation logement cadre de vie (CLCV), s’est fait la voix.

"Créer des lieux de vie"

Hier, lors de la visite de chantier par MRU et HMP, elle s’est invitée pour rappeler l’existence de "familles en souffrance" dans des immeubles ouverts aux quatre vents, envahis par les pigeons, l’humidité. Ces habitants n’ont pas voulu des propositions de relogement de HMP. Leurs récriminations figent un peu les sourires des élus (Arlette Fructus, Patrick Padovani), architectes et techniciens présents. Arlette Fructus, adjointe UDI au logement : "Chacun a sa vérité. Moi je vois que six familles, dans le bâtiment J2, auront la responsabilité du blocage du chantier. On ne peut pas tout nous reprocher."Ailleurs, on croise d’autres voisins, heureux des travaux menés, mais amers : "Les temps sont durs et là, on veut nous augmenter le loyer." Là comme ailleurs, l’Anru inspire beaucoup de méfiance. Entamé en 2010, le projet de Malpassé, il est vrai lourd et complexe, pèse ainsi la bagatelle de 160 M€ (10 % assumés par la Ville, 45,6 % par HMP, 26,9 % par l’Etat). Création de voirie, réhabilitation de logements, démolitions (Cyprès B, Cèdres Nord, et finalement Sud, en raison de la découverte d’amiante rendant trop coûteuse leur rénovation) : il y a encore beaucoup à faire. Mais enfin, les choses avancent, visiblement.

Dans le dos de l’immense barre des Lauriers, un programme de 136 premiers logements sociaux neufs, qui doivent contribuer à changer l’image du vallon, en accentuer la "résidentialisation", est lancé. "On attend beaucoup de ce programme", confie Patrick Rizzitelli, à la fédération des CIQ du 13e arrondissement. "La revitalisation du vallon est nécessaire, avec des commerces, des activités", estime Jean-Luc Flavigny. Sentiment partagé par Diessy Contaret, de l’association Heart Color Music : "Il faudra des lieux de vie". Son association s’est battue pour disposer d’un nouveau local ; la Ville va aussi engager 4M€ dans la réfection du stade du quartier. Restent le chômage, le trafic de drogue, la misère : à ces plaies de Malpassé, l’Anru n’a pas encore de remède à proposer.

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