L’Exmr - 20/09/2015

Logements indignes à Marseille : la Ville au pied du mur

 

 

La fondation Abbé-Pierre dénonce l’inertie du service municipal d’hygiène.

Au boulevard Féraud (3e), jour après jour, 4 enfants âgés de 3 mois à 5 ans s’empoisonnent. Et aujourd’hui, il y a urgence : deux d’entre eux, des jumeaux de 2 ans et demi, présentent un taux de plomb dans le sang bien supérieur aux normes. Ils sont atteints de saturnisme, cette intoxication au plomb qui provoque des effets graves et irréversibles sur l’organisme, dont le retard mental.

Au boulevard Féraud, jour après jour, il y a un père qui se démène pour sortir ses enfants de cet appartement insalubre. "Cela fait 3 ans que je dépose des demandes de relogement à la Ville, sans résultat", explique Yussuf. La découverte, il y a quelques mois, de la plombémie qui affecte ses jumeaux (désormais suivis à l’hôpital Nord) n’y change rien. Une plainte a bien été adressée au service municipal de la santé publique, seul habilité à réaliser les enquêtes de salubrité. Mais dans sa réponse, la Ville botte en touche : les inspecteurs ne se déplaceront pas car le logement est en "suroccupation". Il est donc aimablement conseillé à cette famille, qui se noie déjà dans la paperasse, de constituer un dossier Dalo (Droit opposable au logement).

Comme ces locataires de Saint-Mauront, de nombreux mal logés se heurtent depuis quelques mois à l’inertie municipale. "La fondation Abbé-Pierre est régulièrement informée de refus de déplacements chez des ménages qui sollicitent la visite d’un inspecteur de salubritépour constater la dégradation de leur logement, au motif qu’ils habitent le parc social, que leur logement est inadapté à leur composition familiale ou encore qu’il n’y a plus d’argent pour couvrir leur secteur d’habitation", témoigne Fathi Bouaroua.

Une obligation légale

 Une situation que le directeur régional de la fondation juge "inacceptable", sachant qu’il en va "de la santé et de la sécurité de ces locataires". Et que les services municipaux, seuls, ont compétence pour établir un rapport d’enquête, première étape obligatoire pour obtenir un relogement et/ou obliger le propriétaire à faire des travaux.

"La Ville touche de l’argent de l’État pour accomplir cette mission", insiste Fathi Bouaroua, qui a adressé un courrier à Jean-Claude Gaudin pour rappeler le maire à ses obligations. La fondation menace de faire intervenir le Préfet, voire les tribunaux pour faire constater cette carence. Car à Marseille, ce sont "plusieurs dizaines de milliers de logements" qui posent problème. La municipalité, qui en est consciente, a mis en place depuis 2008 une " politique d’éradication de l’habitat indigne" en liaison avec le Parquet de Marseille. Objectif affiché : reloger les locataires et forcer les propriétaires sans scrupules à réhabiliter les logements indécents. Quitte à les envoyer en prison.

Mais au 8, de la rue Mouton (15e ), un marchand de sommeil peut dormir tranquille. Aïcha Bensaid et sa fille de 18 ans qui louent un T1 en ruines et sans fenêtre viennent de recevoir la réponse des services municipaux : l’inspecteur ne se déplacera pas pour visiter leur logement.

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