La Provence.com - 13/06/2011

Marseille : après l’incendie meurtrier, des clients de l’hôtel racontent


Logés dans le même établissement rue du Gymnase (1er arrondissement ), ils sont sous le choc.


C’est au troisième étage que l’incendie qui a coûté la vie à un homme d’une trentaine d’années s’est déclaré samedi soir. Depuis, l’hôtel meublé est fermé.


Traits tirés et visage creusé, Nordine n’a pas réussi à trouver le sommeil de la nuit. Depuis ce matin, au lendemain du drame, il traîne son frêle gabarit et sa petite mine sur le trottoir faisant face à "l’hôtel du Gymnase" (1er).


Un établissement bas de gamme dont l’incendie a coûté la vie à un individu d’une trentaine d’années, samedi soir, peu après 21h. "C’est quand même un homme qui est mort, et en tombant dans le feu en plus. C’est horrible. J’arrête pas de repenser à cette image", se désole Nordine, qui logeait dans le même hôtel meublé. Et de raconter le déroulement des événements : "Quand le feu s’est déclaré au troisième étage, on a rappliqué avec un autre voisin et on a vidé un extincteur entier pour l’éteindre. Mais au contraire, les flammes ont redoublé d’intensité. On n’a même pas vu le corps tellement y’avait de la fumée".


La cinquantaine usée, ce travailleur à temps partiel dans une boîte d’entretien connaissait la victime : "Un garçon poli et gentil, mais très discret. Il restait des journées entières enfermé dans sa chambre. Je crois qu’il avait des gros problèmes de santé et qu’il prenait beaucoup de cachets. Il semblait dépressif". Avant de lâcher, après un temps d’arrêt, que la manière "dont l’incendie s’est déroulé dans la chambre, fermée de l’intérieur, laisse à penser à un acte volontaire ou a un accident bête".


L’enquête de police privilégierait également cette piste. Mais en attendant ses conclusions, les autres clients de ce meublé, à la façade disgracieuse, mais au loyer modéré, 400euros par mois, se retrouvent dans le pétrin. "Les pompiers ont défoncé toutes les portes des troisième et quatrième étages. Et depuis la propriétaire a fermé les lieux. On ne sait pas quand ça va rouvrir", enrage Manu, un quadragénaire aux yeux exorbités qui a "absolument besoin de récupérer ses papiers" en vue de sa prochaine hospitalisation, en fin de semaine. "Beaucoup ont été évacués au foyer de la Madrague Ville. Heureusement, moi, j’ai la chance d’avoir des amis dans le quartier qui m’ont hébergé", reprend Nordine. Lui assure que cet établissement, qui a reçu un avis favorable d’exploitation par la commission de sécurité de la mairie, n’est pas aux mains de marchands de sommeil sans scrupule. Comme tant d’autres dans le secteur.


"La dame qui tient l’hôtel, dit-il, elle a toujours été très serviable avec nous et avec le type qui est mort hier. Elle lui faisait parfois à manger. Elle lavait ses affaires... Cet hôtel ne fait pas dans le luxe. Mais les chambres sont propres. Et ils acceptent des gens comme nous. Vous voulez que j’aille où avec un salaire de 600 euros par mois et aucune garantie ?". Et de murmurer, dans un sourire défait, "moi, j’ai envie de ne rien demander à personne. Tant que j’ai une chambre, j’ai ma fierté".


Laurent D’ANCONA


Publié le lundi 13 juin 2011 à 10H09

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