La Marseillaise.fr - 24/12/2015

L’inclusion sociale en danger à #Marseille


Écrit par Nathalie Fredon

mercredi 23 décembre 2015 12:15

À l’accueil de jour Marceau, les locaux sont devenus inadaptés pour l’accueil de 5 000 sans domicile fixe par an à Marseille. Pas de financements pérennes et depuis avril 2015 une menace d’expulsion.

L’accueil de jour Marceau situé dans le 2e arrondissement de Marseille est une structure majeure d’accueil, d’orientation, d’insertion sociale des sans domicile fixe de la ville. En 25 ans, l’ADJ Marceau est passé d’une file active de 900 à 4 827 personnes (chiffes 2014). Il se trouve « depuis le 1er avril 2015, occupant sans droit ni titre de ce local et menacé d’expulsion par le propriétaire qui vend, et a intenté une action en justice », explique Paule Soghomonian, directrice. Beaucoup d’usagers sont solidaires de l’ADJ en cette journée d’alerte lancée par l’association.

Un ancien travailleur, « preuve vivante que la roue tourne » qui dort dans sa voiture, prend la parole. « Ici on est rattaché à la civilisation car dehors on est un peu comme des animaux. » Il interpelle au micro le propriétaire des lieux : « Retrouvez un minimum d’humanité et une solution pour offrir un lieu décent pour ces gens. » Hamza, venu d’Algérie est arrivé sans rien. Il a été accompagné dans ses démarches administratives et même « la sécurité dans tous les sens du terme car quand on arrive on n’a rien et on sait rien ». Pour lui, « ils sont comme dans anges » dans sa vie. Anthony, 27 ans, s’est retrouvé à la rue en 2012. « J’ai été suivi un an. Maintenant je travaille et vis en foyer. Sans eux je n’aurais jamais pu m’en sortir. Ils m’ont apporté la stabilité. En fait, ils sont toujours à fond pour nous. »

Un lieu trop exigu

Pour la première fois de son existence l’association fermera ses portes les 23 et 24 décembre, puis rouvrira le jour de Noël à l’accueil de jour Marceau, et le 28 décembre pour le site de Consolat. Cela face à une situation de quasi immobilisme des pouvoirs publics qui met en péril la mission et fragilise celle des 45 salariés.

En cause et depuis quatre ans, des locaux devenus exigus pour les 250 personnes reçues par jour, 7J/7. 154m² pour l’accueil, les douches, cabinets de toilettes, buanderie, bureaux pour les entretiens. 1 775 douches en moyenne par mois, 1 095 personnes accompagnées, 6 654 entretiens individuels en 2014, 1 300 domiciliations, 16 493 plis triés et distribués. Parmi les missions, l’accès à l’hygiène et aux soins, la rupture de l’isolement, la signature de contrats d’engagement réciproque, l’aide à trouver un logement etc.

Et toujours pas de comité de pilotage satisfaisant où siègent notamment l’État via la cohésion sociale et le Département, principaux financeurs. En mai 2014 lors du dernier en date, « le préfet Cadot avait souhaité qu’on achète de nouveaux locaux, sauf que nous avons 170 000 euros de budget pérenne et aucun fonds propres », détaille Paule Soghomonian. Soit 10% des 1,8 million de budget total alloué, ce qui revient pour les 90% restants à demander chaque année le renouvellement, qui sera obtenu ou pas... « C’est le fond du problème, souligne Jean-Marc Flambeau, président du conseil d’administration. Une association comme la nôtre n’a aucune propriété en propre, pas de réserve particulière, doit avoir la caution de nos financeurs pour investir dans des locaux. »

Obtenir une visibilité financière

Il préférerait que « l’État se rende compte enfin que la lutte contre la précarité s’inscrit dans la durée et non dans l’urgence. Or actuellement le financement de toutes les structures, accueil de jour, haltes de jour, en France pour accueillir les personnes en grande précarité n’ont qu’un financement annuel. Ce problème avait été intégré en particulier par le président de la République qui avait souligné il y a deux ans à un congrès de la fédération nationale des organismes privés sanitaires et sociaux à Lille qu’il fallait trouver des solutions car beaucoup d’associations étaient dans la précarité. C’est ce que nous demandons, une visibilité financière à 15 ans. »

L’association avait demandé l’agrément CHRS - Centre d’hébergement et de réinsertion sociale- ce qui a été attribué à l’accueil Consolat lui assurant une certaine pérennité. « Nous avions reçu une réponse favorable de l’État mais faute de financements, cela n’a pas pu se mettre en place et maintenant la demande et la réponse favorable sont caduques », déplore la directrice. Gilles Aspinas, chef du service, donne un ordre d’idée pour cerner le problème : « On reçoit 200 à 250 personnes par jour et on a 40 chaises... Les personnes qui viennent ici sont fatiguées, dans la rue c’est difficile de dormir, et dans les accueils de nuit ils sont nombreux. Je parle là de dignité, c’est fondamental pour nous. » L’ADJ Marceau tisseur de lien social, mais « cela prend du temps », dit-il. « Et il faut que les équipes le prennent. On a besoin d’un minimum de moyens pour cela, sans quoi il est très difficile de pouvoir les inscrire dans un parcours de réinsertion sociale. » Un comité de pilotage se tient aujourd’hui dont l’association attend beaucoup. N’écartant pas une nouvelle action si dans quelques semaines ou mois, le ciel n’était pas dégagé.

Nathalie Fredon

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