Marsactu.fr - 17/06/2013

La rue de la République se cherche toujours un avenir

La rue de la République vit d’éternels travaux. Dix ans après le début de sa réhabilitation, échafaudages et ouvriers sont toujours présents pour la rénover. Sur le papier, le projet semblait voué à un véritable succès. Pourtant les retards des travaux et la modification du projet initial laissent entendre que rien ne s’est pas passé comme prévu.

Façades embellies, mobilier urbain neuf et trottoirs élargis dans la foulée de l’arrivée du tramway, précédant celle de grandes enseignes commerciales... À en croire les communiqués d’Euroméditerranée, la rue de la République, vitrine "de la plus grande opération de réhabilitation urbaine de France" a retrouvé son cachet haussmanien. Sur l’ensemble des documents de communication, la rénovation est évoqué sur le mode "accompli". Une façon de dire qui ne se conjugue pas vraiment avec le réel. Pour le passant curieux, la réhabilitation semble s’être arrêtée aux alentours de la place Sadi-Carnot où un pique-nique de communication a lieu le 22 juin prochain. Au-delà, les pancartes cache-misères siglées ANF-Eurazéo et Atemi alternent avec les échafaudages.

Les anciens commerces de proximité ont pourtant fait place nette depuis bien longtemps. Pour les façades, le constat est similaire : autour du Vieux Port, les immeubles ont retrouvé leur charme d’antan mais, à l’approche de la Joliette, les pierres sont toujours aussi noires et désormais cachées par d’immenses échafaudages. Le double visage de la rue continue de faire planer le doute : la rénovation va-t-elle finir un jour par accoucher d’une rue vivante ?
Prête pour 2014 ?

Depuis 2010, la rue de la République est à la relance. Avant cette date et après de longues années de léthargie, le vaisseau amiral d’Euromed avait vacillé dans la houle provoqué par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers dont Atemi était une filiale européenne. A l’époque, l’établissement public et la Ville craignaient que les créanciers de la banque viennent se payer sur la bête. En 2010 donc, une convention signée entre Atemi et Euroméditerranée relançait la rénovation de leur patrimoine. En 2011 ensuite, les deux investisseurs, ANF et Atemi, se mettaient d’accord pour travailler de concert. Malgré ces engagements, difficile de voir le bout du chantier.

Le président du directoire d’ANF, Bruno Keller, le reconnaît, "il est difficile de donner une date définitive". Pourtant, dans la convention signée par Atemi, Euroméditerranée annonçait 2014 comme date d’achèvement de la réhabilitation de son patrimoine. "Ils avancent à leur rythme, confie-t-on du côté d’Euromed. En tout cas, plus vite que les deux dernières années..." Une vitesse qui ne les rapproche pas vraiment du bout du tunnel prévu.

L’espoir d’un coup de fouet repose aujourd’hui sur l’ouverture des commerces. Après avoir installé un McDonald’s et quelques petits commerces aux abords de la place de la Joliette, les investisseurs attendent avec impatience l’arrivée de la future vitrine du deuxième tronçon. "Le Monoprix devrait arriver à la fin de l’année, ce qui donnera une nouvelle dynamique", confie Bruno Keller. Au-delà du commerce de proximité, la rue de la République mise sur sa fonction de liaison entre le centre-ville et la Joliette. L’ouverture des Terrasses du port et la relance des Docks pourraient permettre celle de l’offre commerciale de la rue. Du côté des logements, en revanche, le flou persiste.

Appartements à vendre

Sur son site, l’association un centre ville pour tous rapporte, après un entretien avec Euroméditerranée, qu’Atemi était tenté de vendre à la découpe c’est-à-dire appartement par appartement, une partie de son patrimoine dans la rue de l’Evêché et dans un îlot de la rue de la République. Aujourd’hui, son alter ego ANF pourrait suivre : "Nous continuons d’investir à Marseille. Nous avons déjà investi à hauteur de 400 millions d’euros, il est normal que l’on fasse tourner notre patrimoine. Sur la place Général de Gaulle nous avons commencé à céder des appartements. Pour la rue de la République nous souhaitons conserver l’intégralité du premier tronçon ainsi que les rez-de-chaussée. Par contre, nous pensons vendre certains appartements, même si pour le moment nous ne savons pas quel type d’offres nous allons proposer".

Pour Eurazéo, la vente à la découpe ne serait donc plus une option inenvisageable, bien que la Ville ait longtemps eu un oeil soupçonneux sur cette pratique qui ne lui garantirait plus un nombre restreint d’interlocuteurs. Car, même s’ils ne se sont pas toujours illustrés par leur volontarisme, la rue a toujours été détenue par de grands investisseurs à la gestion "à la papa". Désormais, s’ils sont plus actifs qu’au XXe siècle, les propriétaires de la République ne s’illustrent pas par une transparence sans faille.

Par exemple, combien d’appartements reste-t-il à placer sur le marché ? Si ANF n’hésite pas à faire part du nombre de logements rénovés, celui des appartements occupés reste quant à lui bien mystérieux. La vacance étant parfois volontaire : "Nous voulons coordonner l’avancée des travaux avec l’autre investisseur. Si on ne frappe pas un grand coup, ça ne marche pas. On ne veut pas proposer à la location des appartements si le reste de la rue est encore en travaux", précise ANF-Eurazéo. Malgré les nombreuses sollicitations, la société Atemi reste, quant à elle, muette sur ses projets et sur l’avancée de ses travaux. Si, le nombre exact d’appartements vides reste méconnu, une rumeur persistante en annoncerait plus de 300. Un chiffre qui, sur l’ensemble du patrimoine (5 200 logements), ne serait pas réellement significatif si les besoins en ville ne se faisaient pas cruellement sentir.
Changement de programme

Ce manque de transparence a toujours été au coeur des reproches des anciens locataires d’Atemi : "Nous n’avons jamais su ce qu’il était prévu de faire. On le découvrait au fur et à mesure en recevant des lettres de non-renouvellement de bail. Ni Euroméditerranée, ni nos propriétaires successifs ne nous ont jamais informé", déplore Monique Roussel une habitante du quartier. Ces échanges musclés entre les riverains et la société d’investissement n’ont cessé d’entretenir l’idée que les investisseurs voulaient changer la couleurs sociale du quartier. Très populaire, cette rue aurait pu devenir la terre d’accueil de la bourgeoisie arrivant fraîchement dans la ville. Mais, il semblerait qu’à ce prix, ce soit toujours le sud de la ville ou la périphérie qui attire le plus les nouveaux arrivants. Des difficultés qui rappellent celles de la création de la rue : "Bâtie selon un style haussmannien pour y attirer la bourgeoisie marseillaise, elle ne répondra jamais aux attentes de ses promoteurs et concepteurs", résumait Euroméditerranée.

Cependant, la rue a réussi à attirer de nouveaux groupes d’habitants. Du côté d’ANF, les T4 côtoient les logements étudiants. Selon un compte-rendu d’Un centre ville pour tous, Atemi aurait lui aussi cédé une partie de ses appartements pour construire des logements de ce type. Par ailleurs, l’association estime le nombre de logements sociaux à 400 appartements. Un nombre qui laisse entendre que la convention signée par la société - où elle s’engage à céder 1/3 des appartements à des bailleurs sociaux - a bien été respectée voire dépassée. Les logements au loyer libre ne trouveraient-ils pas preneur ou les investisseurs auraient-ils revu leurs exigences à la baisse ? En continuant de proposer des îlots aux bailleurs sociaux, les investisseurs semblent s’éloigner encore un peu plus de leur doux rêve initial.

Dans tous les cas, l’arrivée des étudiants est une formule qui fait un carton plein et qui ne manque pas de réjouir l’investisseur : "C’est innovant comme concept. Nous avons opté pour proposer une offre variée, avec des appartements haussmaniens mais aussi des appartements qui ont été transformés. Notre but étant de répondre au mieux à la demande". Innovante comme demande ? La société d’investissement semble la première surprise de la réussite de cette offre. De toute évidence, ce n’est pas ce qui était conclu dans le projet liminaire.

Pour l’association Un centre ville pour tous, on ne peut compter à ce jour qu’un seul succès décisif. "Le bilan positif indéniable, est sur le plan financier. Il est sûr et certain que les investisseurs ont gagné beaucoup d’argent entre toutes les reventes du patrimoine immobilier. Par contre, aucun bilan n’a été rendu public. Dans le premier tronçon, entre le Vieux Port et la place Sadi Carnot, le rendu extérieur est beau, mais malheureusement on ne sait pas ce qu’il y a derrière", explique David Escobar, urbaniste et membre de l’association. Le grand problème des riverains, c’est justement ce manque de transparence continuel depuis maintenant dix ans.

Par Chloé Vincent et Sirine Azouaoui (avec B.G.), le 17 juin 2013

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