La Provence.com - 11/09/2015

"L’État va être plus regardant"

 

Nouveau préfet à l’Égalité des chances, Yves Rousset, 60 ans, évoque les dossiers qui l’attendent à Marseille

Yves Rousset, nommé préfet délégué pour l’Égalité des chances lors du conseil des ministres du 17 juin dernier, a pris, il y a quinze jours, ses fonctions à Marseille. Il occupe le poste précédemment dévolu à Marie Lajus, nommée, pour sa part, préfète de l’Ariège. Il hérite de son bureau, de l’immense - et un brin surprenante, en ces lieux - toile signée du jeune graphiste qui monte, Joan Ceccaldi (Marseille Oaï of Life). Sur celle-ci, Marseille figure telle une forêt d’immeubles et de grues suspendus au-dessus de la mer. Une allégorie des chantiers qui attendent le nouvel occupant des lieux.

"Un peu atypique, pour un préfet", Yves Rousset, 60 ans, a quitté une première fois l’école à 17 ans ("J’ai fait un peu tous les métiers, démoli des maisons, mannequin, surveillant d’externat"), avant d’entrer à l’Ena, la quarantaine venue, puis d’intégrer le corps préfectoral. Il y a sillonné la France, jusqu’ à Argenteuil, dont il était, depuis 2013, le sous-préfet de l’arrondissement. C’est là qu’un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait lancé le très controversé : "On va vous débarrasser de la racaille..."

Marqué par son passage à la Protection judiciaire de la jeunesse, au ministère de la Justice, Yves Rousset retrouve aujourd’hui à Marseille un poste cohérent avec sa fibre "sociale", son goût du "terrain". Alors que le nouveau préfet de région, Stéphane Bouillon, prendra ses fonctions le 3 août, il nous a accordé son premier entretien.

De quel dossier vous êtes vous emparé en priorité ?
Yves Rousset : "J’ai fait, l’autre jour, le tour des quartiers avec Marseille rénovation urbaine (en charge des dossiers Anru, NDLR). J’ai été frappé par l’état de dégradation du bâti, notamment au Parc Kalliste. Je ne m’attendais pas à ça : à Argenteuil, si l’Anru 1 n’a pas tout résolu, on voit les changements apportés par l’agence, les espaces ouverts, les immeubles rénovés... Ici, le taux d’engagement des crédits était très faible : nous sommes parvenus à le faire remonter à 50 % et à la mi-juillet, à 70 %. Nous avons établi la liste des opérations qui doivent avancer absolument. Nous referons le point cet automne. Nous espérons atteindre 96 % de taux d’engagement."

À cause de ces retards dans le montage des dossiers Anru, Marseille allait perdre des dizaines de millions d’euros !
Yves Rousset : "Il a fallu déclencher le plan Orsec car des procédures n’ont pas été respectées. Au final, nous perdrons de 4 à 6 millions d’€, sur une enveloppe de 336 millions d’€. Il va falloir continuer ces points d’étape avec tous les acteurs, pour vérifier que les travaux ont avancé. On doit aller plus vite, que les gens puissent voir les changements apportés par l’Anru. Pour cela, oui, l’État va être plus regardant sur ce qui se passe à Marseille."

Vous parliez d’une liste de quartiers prioritaires. Pour y faire quoi ?
Yves Rousset : "Il faut que nous ayons, dans ces quartiers que nous listons, une action concertée de tous les services de l’État, la police, l’Éducation nationale, la Direccte. Je vais réunir les bailleurs, ainsi, pour retravailler avec eux sur les actions d’insertion qu’ils doivent mener. Nous allons aussi aider les écoles de ces quartiers : même si c’est une prérogative de la Ville, nous y consacrerons un fonds d’amorçage. J’ai vu dans quel état de dégradation est l’école du Parc Kalliste... Nous voulons avoir un effet d’entraînement sur les collectivités."

Qu’en est-il de la politique de la ville, dont une nouvelle géographie a été récemment dessinée ?
Yves Rousset : "Je vais écrire aux associations locales qui perçoivent ces crédits publics et leur demander de s’auto-évaluer. Ce que je ne voudrais pas, c’est que des fonds qui sont censés aller aux publics définis par la politique de la ville soient utilisés à autre chose. Les opérateurs recevant de l’argent public doivent rendre des comptes. Or, jusqu’ici, le contrôle était formel, on ne vérifiait pas vraiment la pertinence des actions financées... Cela va changer."

Aurez-vous des initiatives concernant la prise en charge des Roms à Marseille ? Ou verrons-nous encore ces expulsions qui ne mènent, à chaque fois, qu’à d’autres occupations, à la déscolarisation des enfants, etc. ?
Yves Rousset : "Ce dossier est forcément compliqué. Les familles occupent des terrains qui ne leur appartiennent pas, d’où elles peuvent donc être expulsées. On est dans un état de droit. Je peux être un facilitateur d’initiatives, mais en la matière, on ne peut rien faire sans les élus..."

Que va-t-il se passer à l’unité d’hébergement d’urgence de la Madrague-Ville ?
Yves Rousset : "Nous allons vers la création, sur ce site, de petites unités physiquement séparées les unes des autres. Chacune aura un accueil spécialisé, selon le public reçu."

 

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