Localtis Info - 16/06/2011

"Il faut un deuxième plan de rénovation urbaine, vite"

Habitat


"J’appelle solennellement le président de la République et le gouvernement à lancer sans délai un nouveau programme national de rénovation urbaine. Notre pays a besoin que démarre au plus vite ce PNRU II." En clôture de l’édition 2011 des Journées d’échanges des acteurs de la rénovation urbaine (Jeru), le député-maire de Dreux, Gérard Hamel, a choisi d’insister sur l’urgence des arbitrages. Soutenu par l’aréopage des élus de droite et de gauche engagés sur les politiques de la ville et de l’habitat, le président de l’Anru a appelé à "maintenir le cap sans trahir l’ambition fondatrice" de 2003.
Gérard Hamel est d’abord revenu sur le bilan de ces huit ans de rénovation urbaine. Il a souligné le chemin parcouru : la rénovation urbaine est "devenue la politique prioritaire dans toutes les villes concernées", les habitants disent leur "satisfaction d’habiter des quartiers plus beaux, où l’on vit mieux, où l’insécurité baisse", et près de 100 conventions arrivent aujourd’hui à leur terme. Mais ces réussites incontestables sont encore fragiles. "Dans certains quartiers où pourtant le travail sur le bâti a été fait, l’insécurité repart à la hausse." Le président de l’Anru et l’ensemble des intervenants de ces Jeru ont donc appelé à "renforcer la coopération entre Anru et Acsé", à avoir une "ambition, une volonté politique sur l’accompagnement social", à "progresser sur le volet humain", le "soft"... Autant de sujets résumés par Jean-Louis Borloo en une formule : il faut "soutenir les mamans qui ont de grands ados".
Accord sur les perspectives


Sur le contenu du PNRU II, quatre points font visiblement consensus : premièrement, la nécessité d’intervenir sur les villes "où l’on n’a fait que la moitié du job". C’est-à-dire dans les quartiers qui jouxtent des quartiers Anru première génération et dans lesquels une intervention massive sur le bâti est indispensable. Pour le maire de Sarcelles, François Pupponi, il est juste impossible d’expliquer aux habitants de l’autre côté de la rue que la rénovation urbaine n’est pas pour eux.
Deuxième point d’accord, l’urgence d’une intervention sur l’habitat privé. Le terme de "copropriétés dégradées" était de tous les discours ces deux derniers jours. "On n’est pas au bon rythme, on n’a pas les bons moyens" a insisté Jean-Louis Borloo. Il faut s’attaquer à ces "80 ou 100 verrues" et proposer "tout de suite un véritable programme" a complété Dominique Braye, président de l’Agence nationale pour l’habitat (Anah), qui vient d’être chargé d’une mission sur le sujet. Pour agir efficacement, il faudra une révision de la Constitution et un travail approfondi avec le Conseil d’Etat sur le droit de propriété. Consensus également sur la question des bidonvilles d’outre-mer. Saluant l’adoption à l’unanimité de la proposition de loi de Serge Letchimy (voir notre article ci-contre du 14 juin), Gérard Hamel veut adapter les mécanismes de la rénovation urbaine aux situations particulières que connaissent la Guadeloupe et de Martinique. Quatrième point d’accord : il faut davantage coordonner les interventions de l’Etat dans ces quartiers, accentuer les politiques de droit commun et renforcer le volet social.
Parlons périmètre, argent et intercommunalité


Il reste cependant de nombreux points en suspens. Premièrement, la question du périmètre de ce PNRU II, et plus largement de la future politique de la ville. Pour Thierry Repentin, il n’est pas souhaitable de rester sur la géographie actuelle (560 quartiers), il faudra recentrer les moyens sur environ 280 sites. Ceci notamment parce que "l’Anru n’a pas servi à rien, qu’il y a quand même des succès". Cette liste reste à établir en partenariat avec les associations d’élus. Selon le président de l’Union sociale pour l’habitat, il faut ensuite s’attaquer à la situation de "50 sites hors de la loi républicaine, dans lesquels ce ne sont plus les pouvoirs publics qui gèrent le quartier". Ces sites, situés principalement en Ile de France, on ne "peut pas les traiter de la même manière que les autres, car le problème ce n’est plus un quartier mais la ville entière" a complété Jean-Louis Borloo. Il faut là des "moyens exorbitants du droit commun".



Ces questions de périmètre ont des conséquences directes sur le financement du futur programme. "Le PNRU II est finançable", a martelé Gérard Hamel...qui suit actuellement "avec intérêt sérénité et confiance" les négociations entre l’Etat et Action logement, histoire de boucler d’abord le financement du PNRU I. Certes, c’est possible, a ajouté Thierry Repentin, mais "il n’est pas envisageable de financer le PNRU II sur le modèle du PNRU I, on ne pourra pas faire sans un retour budgétaire de l’Etat". Pour Dominique Braye, il faut développer "l’accession à la propriété dans les quartiers concernés", car il s’agit là d’une "énorme opportunité", et ne pas oublier le développement économique "afin de ramener une mixité de fonction". Ces propos soulèvent les questions du volume et de la nature des incitations fiscales qui pourront être proposées aux entreprises et aux promoteurs. Et qui devront aller au delà de la motion que Fabienne Keller a fait adopter à main levée à une salle conquise sur la prolongation des zones franches urbaines.



Enfin, dernier point à trancher. Il faudra bien un jour couper la tête au serpent de mer de l’intercommunalité sur ces sujets. Pour le député-maire de Nancy André Rossinot, "la commune toute seule, c’est dépassé". Thierry Repentin, prudent, veut "un couple beaucoup plus fusionnel entre commune et intercommunalité". Encore plus prudent, Gérard Hamel a rappelé la proposition phare de son rapport de l’automne dernier : un contrat unique qui englobe rénovation urbaine et politique de la ville, sans se risquer à préciser quel élu aura l’honneur de signer.



Conclusion du père de la rénovation urbaine, Jean-Louis Borloo : "Je vous en supplie, améliorons tout cela, mais défendons le programme. Si nous mêmes on met trop en avant les erreurs et les échecs, tous ceux qui pensent déjà que c’est de l’argent foutu par les fenêtres en concluront que mieux vaut arrêter là." Le mot de la fin pour une septuagénaire d’un quartier dont la rénovation est terminée : "Moi grâce à l’Anru, je n’ai plus d’escaliers à monter, j’ai un ascenseur. Et ça, ça me change la vie."


Hélène Lemesle
Publié le jeudi 16 juin 2011

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