La Vie - 8/10/2009

« La télé ne supporte pas le silence »

 
RENCONTRE. Par le documentaire, le réalisateur s’interroge sur notre façon de relier les êtres entre eux et d’être au monde. Il sort la République, un film sur Marseille.
Depuis plus de deux décennies, Denis Gheerbrant se rend avec sa caméra dans des lieux où l’humanité est fragilisée. Où les êtres s’interrogent sur leur place dans la société. Il a filmé la rue de Lappe à Paris avant sa transformation en repaire de bobos, mais aussi des enfants malades du cancer. Ou le Rwanda face au travail de réconciliation. Son dernier projet s’intitule Marseille. Sept films sur sept lieux de la ville. Et autant d’histoires marquées par un même désir de vivre ensemble. La Répu­blique (sortie en salle le 7 octobre) s’intéresse aux habitants d’une artère de la cité phocéenne en butte à une vaste opération immobilière, avec ce que cela suppose de relogements, d’expulsions et d’injustice. Une conception presque psychanalytique et humaniste du documentaire, comme un lien entre les êtres.
Quel est le sens de votre travail ?

Le documentaire est un genre qui peut se révéler rasoir ! À quoi bon enregistrer avec une caméra quelque chose qui s’est déjà joué ? Ce que je filme, c’est ce qui est en train d’apparaître, la conscience que quelqu’un a de ce qu’il dit au moment même où il le dit. C’est une pensée qui se construit devant nous. On accompagne la personne dans sa découverte d’elle-même. Dans la République, quand une mère de famille fait le récit de l’intrusion des faux policiers dans son appartement, elle revit devant nous un événement que ses enfants ont subi, mais non elle. Il y a quelque chose de l’ordre de la catharsis dans cette scène. Une délivrance se lit sur son visage. Je l’ai entendue une fois interviewée à radio. Elle disait son histoire. Devant la caméra, elle revit ce traumatisme avec ce que cela signifie de mise en scène.
Quelle est votre place dans ce travail ? Vous tutoyez les interviewés, vous apparaissez comme un ami...

Nous ne sommes pas amis, mais nous faisons amicalement un travail ensemble. Ma place est assez simple, c’est : « Je te filme et je t’écoute, et je filme et j’écoute un autre. » Cela crée des liens entre des personnes qui sont dans le même regard et la même écoute. Ainsi naît un groupe informel, celui des acteurs du film. Dans La vie est immense et pleine de dangers (tourné dans un service de cancérologie pour enfants) survient une joute verbale entre Cédric, le héros, et l’un des adolescents. Tous deux discutent pour savoir qui a la maladie la plus grave. Jamais je n’ai entendu les enfants parler ainsi hors caméra. Mais c’est le filmage qui a provoqué cette situation absolument pas naturelle. Du tournage surgit une vision d’eux-mêmes, une prise de conscience d’une certaine inscription dans le monde.
Lors de la sortie d’Entre les murs, Laurent Cantet expliquait qu’il jugeait la fiction plus percutante que le documentaire pour rendre compte du réel...

Son film m’a heurté. Peut-être renvoie-t-il de ces jeunes une image plutôt sympathique. Mais ce que le film me dit, c’est : « Ils ne sont pas nous. » Mon travail consiste au contraire à dire : « Ils sont nous. » J’ai tourné Grand comme le monde sur des collégiens de cinquième en banlieue parisienne. Le film se construit autour de deux personnages. Un gamin qui va se détruire sous nos yeux. Et l’autre qui va se construire par assimilation au projet scolaire. Tous deux nous apprennent des choses. C’est mon travail de cinéaste de les amener à formuler une pensée dont ils ne se sentaient pas forcément capables. Le documentaire ne sert pas à filmer le monde. Mais à le travailler. Filmer, c’est façonner les fictions qui sont à l’œuvre en chacun de nous.
Comment procédez-vous ?

Ma démarche est assez élémentaire : seul avec ma caméra, je viens décliner la question qui était celle de Jean Rouch et d’Edgar Morin dans Chronique d’un été. Question d’une simplicité biblique : « Tu es un homme, je suis un homme, comment fais-tu, toi, avec ton métier d’homme ? » Rouch et Morin emploient des mots très simples : « Comment vous débrouillez-vous avec la vie ? » À partir de là, tout ne va pas se dire. On n’est pas dans la confidence, pas dans le narcissisme. Mais dans ce qui relie. L’enjeu est autrement plus grave. Comment exister parmi les hommes ? Comment trouver ma place dans le monde des hommes ?
Est-il facile aujourd’hui de produire un documentaire comme la République ?

La télévision ne veut pas de mon travail. Un responsable de France Télévisions l’a jugé « trop contemplatif ». Alors que cette même entité m’avait soutenu pour un précédent film récompensé par un prix du public. Preuve que mon cinéma n’est pas élitiste. Mais il ne respecte pas le formatage du petit écran, qui veut qu’on donne au spectateur les images et leur mode d’emploi. Le spectateur doit être passif et cette passivité est politique. La télévision ne supporte pas le silence. Or le silence est primordial. C’est en lui que se constituent la parole et les êtres.
 
par Frédéric Théobald
 

Critique du film documentaire La république Marseille.
Jadis florissante, à l’ère où le port de la Joliette impulsait son rythme à la cité phocéenne, l’avenue de la République a périclité pour devenir un désert social dans les années 1990. Il a fallu le coup de boutoir d’une opération immobilière pour réveiller les solidarités endormies. C’est ce combat que filme Denis Gheerbrant, cette petite république des hommes qui prend corps devant sa caméra. Vincent, Jules, madame Ben Mohamed... deviennent de vrais personnages de cinéma, porteurs d’histoires personnelles comme autant de fictions. Un documentaire qui se déploie comme un geste à la fois politique et fraternel.
 
 
 
 
 

 
 

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