Le Monde - 27/12/2007

Propriété : le temps des héritiers

Chronique

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LE MONDE | 26.12.07 | 14h58


’enquête annuelle du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) révèle l’explosion des inégalités dans l’accès à la propriété depuis maintenant un quart de siècle. Réalisée auprès de 2 000 foyers, elle montre qu’en 1980, 45 % des familles à revenu moyen ou modeste étaient propriétaires de leur logement. Cette proportion est tombée en 2007 à 33 % pour les familles modestes et est restée stable à 46 % pour celles à revenu moyen. A l’opposé, la propriété gagne du terrain parmi les hauts revenus, qui sont désormais 70 % à posséder leur logement, contre 51 % en 1980.

L’écart a commencé à se creuser à partir des années 1990 en dépit des aides publiques, sous forme notamment de prêts bonifiés. La hausse des prix des logements, de 140 % entre 1997 et 2007, est évidemment la principale explication au creusement des inégalités, rendant mécaniquement bien plus difficile l’accession sociale à la propriété.

Une étude de l’institut CSA réalisée par l’économiste Michel Mouillart montre que les accédants investissent aujourd’hui 5,1 années de leurs revenus dans l’achat de leur résidence principale, contre 3,7 années en 2001, et qu’ils consacrent 30,5 % de leur budget à rembourser leur crédit, un taux d’effort jusque-là inédit. Les aides publiques sont-elles efficaces ? Ne contribuent-elles pas involontairement à la hausse des prix ?

Une autre étude, menée par l’Agence nationale pour l’information sur le logement (ANIL) auprès des bénéficiaires de prêts à taux zéro et publiée au début du mois, apporte un début de réponse. En 2006, sur près de 700 000 achats, 230 000 accédants à la propriété ont bénéficié d’un prêt à taux zéro (PTZ), soit une proportion importante. Le PTZ constitue un apport substantiel (en moyenne 5,6 % du prix du bien) pour les revenus les plus modestes (moins de 23 700 euros par an). Dans les zones rurales étudiées, à Vitré et dans la Mayenne, il aide les accédants modestes : des familles qui achètent surtout des maisons à prix modique (90 m2 à 112 000 euros), avec un faible apport personnel (de 0,7 à 0,4 année de revenus).

En région parisienne, les bénéficiaires ont des ressources du même ordre, barème oblige. Mais, majoritairement, il s’agit de personnes seules et de couples sans enfants, au niveau de vie élevé et disposant d’un confortable apport personnel, hérité de leur famille, d’en moyenne deux années de revenus, pour acheter de petits logements chers (33 m2 pour 166 000 euros). L’ANIL, qui a intitulé son étude "Logement, le temps des héritiers", constate que l’argent public va de plus en plus souvent à ceux qui bénéficient déjà d’un fort soutien familial. Est-ce sa vocation ?


Isabelle Rey-Lefebvre
Article paru dans l’édition du 27.12.07

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