La Marseillaise - 23/10/2015

#Marseille : rue de la République, une réhabilitation ratée, des commerçants touchés


  • Écrit par Philippe Amsellem
  • jeudi 22 octobre 2015 10:30

Les groupes fonciers détenant la majorité du patrimoine de la rue de la République à Marseille imposent des loyers prohibitifs aux enseignes. La requalification du site était pourtant une promesse municipale.

« Beaucoup de commerçants installés sur la rue de la République souffrent », explique Alexandre Seddik, président de l’association la République des commerçants, qui présentait hier « un plan-guide valorisant les offres commerciales et culturelles du quartier ».

 

Coincés « entre deux aspirateurs à consommateurs »

Si la Ville se félicite de la requalification de la rue de la République, elle n’a publié aucun rapport d’évaluation précis des effets de cette dernière sur la qualité de vie ou au niveau économique rappelle l’association Un centre-ville pour tous, qui, elle, a pris la peine d’en faire un, onze ans après le lancement de l’opération de réhabilitation, et de le diffuser (cf la Marseillaise du lundi 19 octobre). Après 6 mois de collecte de données, les conclusions concernant les commerces sont tout aussi cinglantes que celles sur les logements. « La rue de la République est une faillite commerciale et sociale » constate l’association avec « deux tiers des rez-de-chaussée de la rue vides ou non réhabilités ». Coincés entre les Terrasses du Port, le Centre Bourse et les Docks, les commerces de la rue sont essentiellement des franchises « sans lien social fort avec les habitants » (lire également ci-dessus). « Les investisseurs et la Municipalité qui délivre les permis de construire semblent avoir oublié l’élément économique de base qu’une population stagnante, comme celle de Marseille depuis 2007, au pouvoir d’achat stagnant, consommera d’autant moins par mètre carré et par magasin que le nombre de commerces croîtra » note un Centre-ville pour tous dans son document, reprenant celle de l’Agam (Agence d’urbanisme marseillaise). Et de rappeler que les commerces ont aussi souffert de « la lenteur des chantiers du tramway, du parking et du bassin de rétention de Sadi Carnot ». Outre le gâchis financier que représente cette réhabilitation ratée, les habitants estiment qu’ils se retrouvent dans une rue « morte » où acheter son pain en boulangerie ou son steak chez le boucher relève de la gageure.

M.R.

L’occasion de faire le point sur la situation de l’artère, rue Impériale au XIXe siècle et qualifiée de « maudite » dans un passé récent. Les difficultés des commerçants s’expliquent aisément. Depuis 2004, Atemi et ANF, gargantuesques foncières d’investissements, possèdent à elles seules la quasi-totalité du patrimoine de la rue de la République. Encore faut-il préciser que Fréo Group, basé au Luxembourg, a racheté le mois dernier la moitié du parc immobilier de la rue de la République à Atemi, sans compter le retrait progressif d’ANF qui devrait s’annoncer bientôt. Pas le moyen le plus sûr d’opérer la requalification de l’artère hausmanienne qui a, malgré tout, vu au fil des ans l’élargissement des trottoirs ou encore le passage du tramway.

« Il faut négocier avec eux »

Derrière ce projet, un prétexte pour la Ville afin de procéder à la gentrification du quartier et d’exclure ainsi les pauvres du centre-ville. « Sombre bilan pour la municipalité qui avait tout misé sur la capacité de la finance privée à rénover la rue », résume un rapport de 2015 de l’association Un centre-ville pour tous (lire ci-dessous). En effet, l’immense majorité des commerçants du coin est ulcérée. « Les loyers que nous payons sont progressifs alors que notre chiffre d’affaires baisse. Si cela continue, dans 6 mois je mets la clé sous la porte », explique un restaurateur voisin. Devantures factices et fermetures de rideaux se succèdent dans l’artère fantoche. Le président de la Soleam, Gérard Chenoz (LR), et la maire de secteur Lisette Narducci l’affirment : « il faut négocier avec eux ». Mais comment les élus locaux peuvent-ils peser sur des promoteurs aux motivations purement spéculatives ? « Nous devons les ramener à des exigences raisonnables sur les loyers. Un quartier inhabité, des commerces qui ferment, c’est la mort du quartier », tonne Lisette Narducci qui appelle à une rencontre entre bailleurs et élus. « Si les politiques ne nous aident pas à mettre la pression sur ANF et Atemi, nous sommes cuits », raconte, amer, un boutiquier du coin. Des propos qui détonent quand l’adjointe au commerce Solange Biaggi (LR) remercie les mêmes ogres de l’immobilier « par rapport aux investissements auxquels ils ont déjà consentis ».

Philippe Amsellem

Dernière modification le jeudi, 22 octobre 2015 11:10

 http://www.lamarseillaise.fr/marsei...

Lettre d'information

Vous pouvez vous abonner gratuitement ici à la liste de diffusion de Centre Ville Pour Tous.


Association "Centre ville pour tous"
Cité des Associations
BP n° 241
93, la Canebière
13001 Marseille

Contact

Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0