Localtis - 11/05/2016

Observation des quartiers prioritaires : 2015, année zéro pointé

Politique de la Ville

Publié le mercredi 4 mai 2016

 

Tout se passe comme si la nouvelle géographie prioritaire, en redessinant les quartiers de la politique de la ville, avait balayé au passage plus de 10 ans d’observation. Le rapport 2015 de l’Observatoire national de la politique de la ville, remis le 3 mai à Hélène Geoffroy, ne rend pas compte des processus de ghettoïsation à l’oeuvre dans les quartiers prioritaires. Il se contente d’une série de statistiques, sans mise en perspective dans le temps et s’appuyant souvent sur le périmètre des vieilles ZUS. La photographie est, sans surprise, bien sombre : on y voit plus de pauvres, plus de chômeurs, plus d’emplois précaires, plus de familles monoparentales... Ces données sont complétées par une étude de l’Insee rendue publique le même jour avec des déclinaisons régionales.

La lecture du rapport 2015 de l’Observatoire national de la politique de la ville laisse sur sa faim. Si l’objet était de montrer combien les 1.500 quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) - qui rappelons-le ont été dessinés en 2015 sur la seule base de la concentration de la pauvreté de ses habitants - concentrent tous les indicateurs de la précarité, les statistiques présentées le 3 mai par le président de l’observatoire Jean Daubigny, à Hélène Geoffroy, ont bien rempli leur rôle. Si bien rempli d’ailleurs que la secrétaire d’Etat à la politique de la ville a aisément pu défendre "la nécessité d’une intervention exceptionnelle dans ces 1.500 poches de pauvreté".
Si on attend en revanche d’un observatoire qu’il trace et analyse les indicateurs dans le temps, afin de voir les évolutions d’un quartier et l’impact des politiques publiques, on est forcément déçu. Jean Daubigny a promis que ce serait pour l’année prochaine. Présentement, il fallait sortir un rapport annuel (la loi l’y oblige) alors que l’observatoire s’est seulement installé le 19 janvier dernier, succédant à l’Observatoire national des ZUS créé par la loi du 1er août 2003 et qui opérait depuis plus de 10 ans (voir notre article ci-contre datant de 2005). Le temps de mettre en route le nouvel appareil statistique et on parlera enfin de QPV (et non plus de ZUS), on travaillera sur des chiffres récents, on fera des analyses pointues... Et on comparera tout cela avec les chiffres publiés dans le rapport 2015 !
"On est en quelque sorte au temps "T zéro" de la nouvelle géographie prioritaire", a expliqué Hélène Geoffroy. Ce premier rapport de l’ONPV débuterait ainsi "un nouveau cycle d’observation".

Des données fiables pour poser le débat

La secrétaire d’Etat a salué ses "données fiables" qui s’opposent aux "fantasmes, projections et peurs" qu’inspirent les quartiers. Des données qui permettent de sortir du "domaine du ressenti" pour permettre de parvenir à "un débat plus posé et plus mesuré".
L’ONPV rappelle d’abord que 5,3 millions de personnes vivent dans les 1.436 QPV de France dont 4,8 millions dans les 1.296 QPV de métropole et 505.000 dans les 140 QPV ultra-marins.
Il pointe notamment le fait qu’au moins deux collégiens sur trois résidant en QPV fréquentent un établissement scolaire à faible mixité sociale, très souvent classé en réseau d’éducation prioritaire (REP).
Il note qu’en 2014, le taux de chômage des habitants des QPV s’est élevé à 26,7% contre à peine 10% dans le reste des agglomérations. Et que les titulaires d’un diplôme de niveau Bac +5, voire plus, occupent fréquemment un emploi peu qualifié, d’employé ou d’ouvrier (environ 20%), "un fait rarement constaté dans les autres territoires (5%)", insiste-t-il.
Par ailleurs, près d’une femme sur trois de 30 à 49 ans et vivant en QPV est inactive : ni en emploi, ni au chômage. "C’est deux fois plus que dans les autres territoires", souligne l’ONPV.
Les jeunes de moins de 30 ans sont moins diplômés que dans les autres territoires : 61% ont un niveau d’étude inférieur au baccalauréat (contre 37,7%). Seulement la moitié d’entre eux est en activité.
Les vols violents sans arme sont 50% plus nombreux dans les communes avec ZSP (zones de sécurité prioritaires) que dans les autres communes avec quartier prioritaire (voir notre article de ce jour "Quartiers prioritaires : l’effet ZSP n’est pas au rendez-vous" ci-contre).

Des marges de progrès pour la mixité sociale

Sur les 4,8 millions de personnes qui vivent dans les 1.296 QPV de métropole, 58% sont concentrés dans trois régions : Ile-de-France, Hauts-de-France, Paca. Les caractéristiques régionales sont précisées dans une étude de l’Insee présentée le même jour, et intitulée "Les habitant des quartiers de la politique de la ville".
Signe que la mixité sociale a des progrès à faire : 13% des habitants des unités urbaines concernées par au moins 1 QPV vivent dans ces quartiers ; mais 34% des populations pauvres de ces unités urbaines vivent dans les quartiers. Autre indicateur de la "ghettoïsation" : le taux de pauvreté est de 42% dans les QPV contre 16% dans les unités urbaines où ils sont situés (territoires statistiques que l’Insee appelle "unités urbaines englobantes").
L’Insee montre que les inégalités sont moins marquées en Ile-de-France : il y a moins de pauvres dans les QPV franciliens que dans les QPV de province, alors qu’il y a tout autant de pauvres autour. Le taux de pauvreté est en effet de 37% dans les QPV franciliens (c’est-à-dire 5 points de moins que dans la moyenne des QPV), alors qu’il y a 16% de pauvres dans les unités urbaines englobantes (le même taux qu’en province). La Corse fait encore mieux (37%, 19% soit 3 points de plus que la moyenne) : il y a moins de pauvres dans les QPV corses que la moyenne, et il y a plus de pauvres autour.
Le Nord-Pas-de-Calais-Picardie apparaît aussi moins inégalitaire, car dans cette grande région "Hauts-de-France", il y a plus de pauvres partout : plus de pauvres dans les QPV (45%, 3 points de plus que la moyenne) et plus de pauvres dans les unités urbaines englobantes (21%, 5 points de plus que la moyenne).
Là où le taux de pauvreté en QPV est le plus fort, c’est en région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées : il est à 48%, soit 6 points de plus que la moyenne. Si les pauvres sont aussi bien présents aux alentours, ils le sont toutefois dans de moindre proportion (18% dans les unités urbaines englobantes, soit seulement 2 points de plus que la moyenne).

Niveau de vie et précarité de l’emploi

Les habitants des QPV vivent avec un revenu médian de 12.871 euros par an en moyenne. Mais là encore, il y a de fortes disparités territoriales : 13.663 euros pour l’Ile-de-France, 13.439 euros pour la Corse, 13.017 euros pour Auvergne-Rhône-Alpes, et tout en bas 12.119 euros pour le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, 12.408 euros pour le Centre-Val-de-Loire, tandis que les "Hauts-de-France" avec 12.440 euros sont tout proches des 12.491 euros d’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, la grande région "Grand Est".
25% des ménages de QPV perçoivent des allocations chômage, contre 17% dans les unités urbaines englobantes. Mais ils sont 29% dans les QPV du Centre-Val-de-Loire (contre 17% dans leurs unités urbaines englobantes), 15% dans ceux de Corse (13%) et 24% dans ceux d’Ile-de-France (16%).
21% des habitants des QPV qui travaillent ont un emploi précaire (CDD, intérim, stages…) alors que ce n’est le cas que de 14% de ceux de leurs unités urbaines englobantes. Le taux monte à 27% pour les habitants des QPV de Bourgogne-Franche-Comté, et à 26% pour ceux de Centre-Val-de-Loire, Normandie, Pays de la Loire et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Il baisse en revanche à 17% pour l’Ile-de-France et à 16% pour la Corse.
58% des femmes des QPV sont sans emploi, contre 41% dans les unités urbaines englobantes. Le taux est de 49% en Ile-de-France et de 57% en Corse. Mis à part ces deux régions, toutes affichent des taux supérieurs à la moyenne. Les taux montent en effet à 64% dans les "Hauts-de-France", à 63% en Bourgogne-Franche-Comté, en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ou encore en Paca.

Familles monoparentales et niveau de diplôme

18% des ménages habitant dans les QPV sont des familles monoparentales, contre 11% dans les unités urbaines englobantes. C’est le cas de 21% des ménages des QPV de Normandie, 19% de ceux des Hauts-de-France, des Pays de la Loire, de Bretagne, d’Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et de Corse. Le taux baisse à 16% en Auvergne-Rhône-Alpes et à 17% en Ile-de-France, Bourgogne-Franche-Comté et Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.
75% des plus de 15 ans vivant en QPV ont un diplôme inférieur au bac ou n’ont pas de diplôme, contre 55% dans les unités urbaines englobantes. Le taux monte à 82% dans les QPV de Normandie et baisse à 69% dans ceux d’Ile-de-France.
22% des élèves de QPV sont en retard scolaire à l’entrée en 6e, contre 12% dans les unités urbaines englobantes. A noter que la Normandie fait ici figure de meilleure élève avec un taux de 20% ex-aequo avec l’Ile-de-France. Les mauvais points vont cette fois-ci aux QPV de Corse (26%) suivis de ceux de Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées (25%).
L’Ile-de-France, la région qui s’en sort le mieux dans la plupart des indicateurs, est aussi celle qui compte le plus d’étrangers dans ses QPV : ils représentent 25% des habitants, contre 19% en moyenne dans les QPV (10% dans ceux de Nord-Pas-de-Calais-Picardie, 11% dans ceux de Normandie, 12% dans ceux de Bretagne, 13% dans ceux de Corse)
 

Valérie Liquet

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