La Marseillaise - 28/09/2012

Prison ferme requise contre le gérant de meublés insalubres

L’immeuble ruiné est loué à une SCI d’une agence immobilière marseillaise pour 800 euros par mois. Le gérant traduit hier en tirait 3.600 euros de revenus mensuel. 

Misère à tous les étages de l’Hôtel de Hollande, un meublé au 56 de la rue Sylvabelle, toujours ouvert alors que sous le coup d’un arrêté de péril.

Il baisse les yeux tant la charge est implacable. « Dix-huit logements sur quatre étages, une douche collective, des toilettes sur le palier, pas d’eau chaude. C’est dégueu, lamentable ! Quand on fait couler le robinet, c’est de la rouille. Ce sont des conditions d’habitat totalement indignes ! Comme le toxicomane vis-à-vis de son dealer, ces pauvres gens sont prisonniers du marchand de sommeil qui profite d’eux. Il fait de l’argent sur cette misère, il n’y a aucun doute ! », peste le procureur Damien Martinelli, rouge de colère en pointant l’hôtelier de la rue Sylvabelle qu’il a fait traduire en comparution immédiate.

Bruno Guidi, 46 ans, l’exploitant, s’est vu requérir deux ans de prison dont un an ferme pour soumission de personnes vulnérables à des conditions d’habitat indignes et travail dissimulé. Financièrement, c’est aussi la ruine qu’il encourt : une confiscation en valeur de 100.000 euros, une amende de 20.000 euros et l’interdiction d’exercer dans le secteur hôtelier.

L’Hôtel de Hollande au n°56 est tombé sous le coup du nouveau dispositif mis en place par les autorités pour traquer les marchands de sommeil qui s’obstinent à louer des taudis en dépit d’un arrêté de péril frappant l’immeuble. 38 dossiers en 2008, 63 en 2011, une soixantaine actuellement. Sa façade est fissurée. Le toit s’est affaissé. Volets et cheminée menacent de s’effondrer. « Cela ressemble à tout sauf à un hôtel. Je suis sûr que votre maison n’est pas comme ça », commente le président Mohamed Mahouachi. « C’est l’appellation... », réplique le gérant honteux. Une femme enceinte de sept mois vivait dans une chambrette de 12m2 avec son gamin pour 280 euros par mois, déprime comprise. 350 euros pour le 16m2 d’à coté où vit toujours une vieille dame de 75 ans, désocialisée et sans famille, tremblante et sénile. « Elle ne se coupe même plus les ongles. Ses vêtements sont trop grands », décrit un médecin passé la voir. « Elle perd pied depuis quelques mois. Les associations ne veulent pas venir et quand j’appelle les pompiers, elle ne veut pas partir », s’excuse le prévenu. Sur l’autre palier, des Roumains arrivés depuis peu font la manche pour payer leur loyer. « On a peur de rien. On profite de l’argent de gens qui mendient mais aussi de la CAF qui contribue à l’enrichir. Cette loi du marché n’est pas acceptable. Faire de l’argent en abusant de la misère ! », claque le procureur outré par la déclaration du gérant en garde-à-vue : « Je savais que c’était des pauvres gens mais pas que je commettais une infraction. C’est la loi du marché. Si la chambre est louée au prix fort tant mieux. »

« Je devais être sous le coup de l’émotion. Je baissais plutôt d’une dizaine d’euros. J’ai fait plusieurs erreurs qui se paient et que j’essaie de rattraper », se repend le taulier qui confesse jusqu’à 3.600 euros de bénéfice mensuel, essentiellement en liquide. « Les chèques, j’ai eu des soucis avec... »
Pour éviter l’incarcération, il a versé 6.000 euros de caution, partiellement satisfait à l’obligation de reloger les occupants. Il dit avoir donné 4 mois de loyer à la vieille dame qu’il ne sait où mettre, avoir donné 2.000 euros à la dame enceinte qu’il a relogée dans un autre hôtel sur le boulevard d‘Athènes avec sa maman. « J’ai laissé aller. Depuis des années, je suis en procès avec le propriétaire des murs », insiste-t-il avec son avocate Me Erwim Senocak.
Délibéré le 4 octobre.

David COQUILLE

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