Le Monde.fr - 6/11/2015

En France, le nombre de ménages sans aucun revenu augmente


LE MONDE |

05.11.2015 à 06h54

• Mis à jour le

05.11.2015 à 10h39

| Par

535 euros par mois. C’est le montant du niveau de vie médian des quelque 600 000 personnes reçues dans les permanences du Secours catholique en 2014. L’association caritative publie, jeudi 5 novembre, son rapport annuel, qui montre une accentuation inquiétante de la très grande pauvreté en France. On savait qu’avec la crise la pauvreté en général gagnait du terrain. L’étude montre que le très grand dénuement augmente aussi : en 2014, 3,5 % des personnes aidées sont ainsi touchées, contre 2,5 % en 2000.

Lire aussi : La progression de l’extrême pauvreté en France en trois chiffres

Pour dresser ce constat bien sombre, l’étude s’est appuyée sur le profil des populations qui frappent aux portes des permanences de l’association. Quand elles viennent pour obtenir un petit-déjeuner, une douche ou un abri pour la nuit, les bénévoles de l’association constituent une fiche, de manière anonyme, recueillant des informations sur les situations des ménages. L’étude porte sur 92 483 d’entre elles. Une mine de données qui révèle depuis quinze ans une photographie de l’extrême pauvreté dans l’Hexagone.

Les trois-quarts des ménages rencontrés font partie des 4 % les plus pauvres de la population française. Vivant avec moins de 535 euros, ils ont un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté le plus bas, fixé par l’Insee à 40 % du niveau de vie médian des Français, soit 667 euros par mois. En 2014, 2,1 millions de personnes sont concernées. Le Secours catholique estime en rencontrer la moitié dans ses différentes actions.

Diminution de la taille des ménages

Parmi ces plus démunis, les bénévoles ont noté une forte hausse du nombre des ménages sans aucun revenu : ils sont passés de 14,8 % des personnes rencontrées en 2010 à 18,1 % en 2014. Il s’agit de personnes sans droits sociaux, dans l’attente d’un dossier administratif bloqué ou encore de familles ne connaissant pas leurs droits ou renonçant à y recourir. L’absence de ressources touche principalement les hommes seuls. Mais une moitié des mères isolées n’ont pour seul revenu que les aides sociales.

Dans cette catégorie des plus pauvres d’entre les pauvres, la part des étrangers a explosé, passant de 20 % en 2000 à 33,6 % en 2014. Plus de la moitié de ces migrants sont sans statut (soit en attente de statut, soit sans-papiers) et, depuis trois ans, du fait de l’allongement des délais de traitement des dossiers, leur situation s’est « très nettement dégradée », souligne le rapport.

« Avec un revenu médian de 340 euros, ce sont les personnes qui ont le plus décroché et qui éprouvent les plus grandes difficultés à survivre », remarque Bernard Thibaud, secrétaire général de l’association.

Le profil sociologique du public accueilli se modifie peu. L’étude constate que le vieillissement se poursuit, avec un âge moyen des ménages qui passe de 41,7 ans à 43 ans entre 2010 et 2014. Mais si les adultes entre 25 et 39 ans sont toujours les plus nombreux à franchir les portes des permanences du Secours catholique, les 50-60 ans sont en nette progression, tout comme la part des ménages sans enfant et celle des mères seules. Cette diminution de la taille des ménages explique une augmentation paradoxale du niveau de vie médian notée par les auteurs du rapport : ce dernier croît de 35 euros en quatre ans.

Augmentation des « habitats précaires »

Au-delà de la pauvreté monétaire, les personnes démunies sont aussi très majoritairement mal logées. Les formes d’« habitats précaires », comme les nomme pudiquement le rapport, connaissent une hausse inquiétante dans cette population : en 2014, 3,6 % de ces personnes en grande précarité, contre 2,9 % en 2010, ont déclaré vivre dans les abris de fortune, les squats et dans la rue, n’ayant pas les ressources suffisantes pour accéder à autre chose. L’association situe à 500 euros le seuil d’accès à un logement stable : au-dessous, « l’instabilité est prégnante », soulignent les auteurs. Logiquement, les étrangers sont particulièrement touchés.

Dans de tels budgets – si tant est qu’on puisse employer ce terme pour des sommes si dérisoires –, les arbitrages sont draconiens. La part logement étant incompressible, les choix d’économies se portent en majorité sur l’alimentation, l’habillement, la vie sociale, la santé et l’hygiène, véritables marqueurs sociaux de la pauvreté. Les postes – le loyer et la facture d’énergie – sur lesquels pèsent le plus les impayés sont les autres signes des arbitrages contraints faits par ces ménages.

La situation ainsi dessinée par le Secours catholique a des répercussions concrètes sur les dispositifs d’hébergement d’urgence. Mercredi 4 novembre, le Collectif des associations unies, qui regroupe 34 associations nationales, a écrit au premier ministre pour l’alerter sur « l’extrême saturation » des centres d’hébergement.

 

Lettre d'information

Vous pouvez vous abonner gratuitement ici à la liste de diffusion de Centre Ville Pour Tous.


Association "Centre ville pour tous"
Cité des Associations
BP n° 241
93, la Canebière
13001 Marseille

Contact

Mise à jour : lundi 10 juillet 2017 | Mentions légales | Suivre la vie du site RSS 2.0