La Provence.com - 4/02/2017

Marseille : 30 000 demandeurs de logements


Fondation Abbé-Pierre, ATD Quart-Monde, Fondation de France, Droit au logement, les organismes s’occupant du mal-logement et/ou de l’exclusion ont bien du mal à positiver. Cette semaine, la Fondation Abbé-Pierre a édité son 22e rapport annuel sur l’état du mal-logement, et ce qui s’y dessine est le portrait d’une France "fracturée". Quatre millions de personnes sont sans abri, mal logées ou sans logement personnel et plus de 12 millions sont touchées à des degrés divers : effort financier excessif, précarité énergétique, risque d’expulsion locative, copropriétés en difficulté, surpeuplement... et la tendance est à l’aggravation : le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012 et, chez ceux qui payent encore un loyer, il y en a 44 % de plus qu’il y a dix ans qui doivent se priver de chauffage pour réduire leurs frais...

Enfin, et toujours selon le rapport de la Fondation AbbéPierre, le nombre d’expulsions locatives avec le concours de la force publique a atteint son record en 2015, avec 14 363 expulsions, un chiffre en hausse de 33 % par rapport à 2006.

Qu’en est-il dans notre région ? 

Pour Fathi Bouaroua, directeur régional de la Fondation Abbé-Pierre, "le drame, ce sont les expulsions domiciliaires. Les gens ne sont pas de mauvaise foi, beaucoup ne sont tout simplement pas en capacité de payer leur loyer (...) Quand un couple avec un enfant gagne 2 500 par mois, à 16 le m2 à Aix-en-Provence ou 13 à Marseille, il n’arrive pas à se loger correctement. 800 000 personnes sont touchées par la pauvreté en région Paca, et plus de 350 000 sont mal logées, dans des logements insalubres ou indignes. Alors qu’il y a autant de logements vacants. Qu’est-ce qu’on a fait pour que l’offre ne corresponde pas à la demande ?"

Il y a bien la loi SRU, édictée en 2000 et amendée en 2013 (loi Duflot) qui fait obligation aux communes comprises dans une agglomération de plus de 50 000 habitants de disposer d’au moins 25 % de logements sociaux. Mais, explique Fathi Bouaroua, "le problème de la loi SRU, c’est que les maires ne font pas toujours le job, ils sont prêts à payer les taxes ou à laisser la main au préfet... Or, pour rattraper son retard, notre région (Paca dans son ensemble, Ndlr) devrait produire 16 000 logements sociaux par an. Or, des efforts sont faits, mais on en est à 10 000."

 

Paca a du retard à rattraper

Avec un "delta" négatif de 6 000 logements, Paca a donc un retard à rattraper (lire ci-dessous) en termes de logements "accessibles". Il y a quelques jours, Fathi Bouaroua était à Paris avec les autres représentants de la Fondation, pour dire le point de vue de l’Abbé à tous les candidats à la présidentielle ("sauf le Front national, car nous estimons qu’il est trop loin de nos valeurs", commente Fathi Bouaroua). "Ils sont tous venus, M. Hamon, M. Macron, sauf M. Fillon qui avait envoyé un représentant. Nous leur avons expliqué que nous militons pour que la loi SRU soit renforcée."
Ont-ils entendu ? C’est une autre histoire.


 "Le point noir à Marseille, c’est l’habitat insalubre"


Fathi Bouaroua a la colère froide mais il ne mâche pas ses mots. "Le point noir à Marseille, c’est l’habitat insalubre et l’habitat indigne", lance-t-il. Pour le directeur régional de la Fondation Abbé-Pierre, ce sont 40 000 logements "insalubres ou indignes qui peuvent porter atteinte à la santé des personnes : risques d’effondrement, saturnisme, moisissures, cela concerne une centaine de milliers d’habitants".

Géographiquement, le centre, le nord et même l’est de la ville sont concernés. "Beaucoup de grandes copropriétés sont dégradées. Cela concerne peu les HLM, hormis Air-Bel, qui est construite sur un marécage. En revanche, le logement HLM pose davantage le problème de la concentration et des difficultés sociales que cela peut entraîner." Cela ne va pas mieux dans le centre-ville et dans les noyaux villageois anciens. "Il faut savoir que la ville a un parc immobilier qui est pour moitié antérieur à 1948, un parc qui ne s’est pas renouvelé, dans un contexte qui plus est d’appauvrissement de la population." Et tous les mal-logés ne sont pas des locataires : "Un propriétaire sur cinq qui occupe son logement vit sous le seuil de pauvreté." À ce sombre tableau, il faut encore ajouter les "30 000 demandeurs de logements à Marseille. Et autant de logements libres. Ce qui est une double perte puisque ce sont aussi autant de taxes d’habitation qui ne sont pas perçues". L’action politique peut-elle résoudre ce problème ? "Depuis quelques années, le plan d’éradication de l’habitat indigne qui est mené par la Ville de Marseille a une certaine efficacité. Mais il n’a touché que 500 immeubles..."

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