La Provence.com - 5/11/2015

LE CAS INQUIÉTANT DES GRANDES COPROPRIÉTÉS Du Parc Corot aux Rosiers, des "bidonvilles verticaux"




Elles s’appellent Les Rosiers, le Parc Bellevue, Parc Corot, Bel Horizon, Plombières, Le Mail, Maison Blanche. Des noms pimpants qui ne disent rien de la misère qu’ils recouvrent.

Bâties entre 1950 et 1975, ces grandes copropriétés marseillaises criblées de dettes (énergie, fournisseurs) et considérablement dégradées sont des rafiots à la dérive. Pour leurs habitants, le risque y est quotidien : installations électriques de fortune, façades et corniches en état avancé de décomposition, infiltrations et moisissures, ascenseurs à l’arrêt, volets prêts à décamper au premier coup de mistral. Dans ces bidonvilles verticaux, on ne sait jamais si l’on pourra remonter les courses, donner un bain à ses enfants, ni comment s’enfuir, en cas de feu. Des dizaines de milliers de Marseillais s’y usent la santé et s’y ruinent : cela peut sembler paradoxal, mais ces taudis se louent, souvent, très cher. 950€ de loyer pour un T5 totalement insalubre au Parc Corot, par exemple. Les propriétaires, souvent des marchands de sommeil (des "investisseurs", se défendent parfois ces propriétaires de plusieurs dizaines de lots dans le même bâtiment...), sont payés directement, et sans contrôle, par la Caisse d’allocations familiales. Pourquoi rester dans ces tours infernales ? Parce qu’ici, on ne vous demandera ni caution ni garantie pour y poser vos cartons. Ainsi ronronne, plus lucratif que jamais, le marché de la misère.

Pointées dans le rapport Nicol, les copropriétés de plus de cent lots avaient été recensées par l’Agam et classées en quatre familles : 21 figurent dans celle de "l’extrême fragilité" et doivent donc constituer une urgence d’intervention, 18 autres sont considérées comme en "situation intermédiaire", 6 dans une troisième catégorie pour laquelle les enquêteurs admettent manquer de "renseignements statistiques suffisants". De leur côté, la Ville et l’État avaient identifié dix copropriétés en "très graves difficultés urbaines, financières, techniques et sociales". Dans celles-ci, les impayés de charges par les propriétaires -bailleurs, dans plus de 90 % des cas - atteignent parfois "400 à 600 % du budget" de la copropriété ! Un abysse. Au bâtiment G du Mail (14e), ainsi, la dette avait atteint 500 000 €. Impossible de suivre pour les petits propriétaires occupants, travailleurs pauvres à qui le syndic réclame, d’un coup... plus de 15 000 € d’appel de fonds ! Plus que ce qu’une famille y gagne en une année...

Ces "bombes à retardement", la Ville, l’État en connaissent les rouages depuis longtemps. Des plans de sauvegarde partiels, et tous insatisfaisants, ont d’ailleurs été engagés aux Rosiers, au Parc Bellevue. Ce qu’atteste le rapport : "Les actions s’avèrent sous calibrées et malheureusement infructueuses", les "résultats décevants malgré les efforts engagés". En cause ? Une mauvaise articulation des acteurs engagés sur ces dossiers, des diagnostics parcellaires ou datés, une "discontinuité" de l’accompagnement, le manque de relogements possibles. Les experts du rapport Nicol sont lapidaires.

Le rapport propose de "mobiliser une opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national" (Orcord) pour "favoriser un portage de masse", qui pourrait être conduit par l’Établissement public foncier Paca. Mais pour certains sites, comme Maison Blanche, au Canet (14e), seule la pure et simple démolition est désormais évoquée. Un terrible constat d’échec.

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