La Provence.com - 17/04/2012

Marseille zappe les "30% Sarkozy"

Pour ne pas faire flamber le foncier, le PLU refusera la mesure du Président
La mesure aurait permis d’augmenter d’un tiers la hauteur des immeubles, sans créer d’équipements. Au vallon de l’Oriol, certains avaient des envies de vues sur mer.

Ce devait être l’arme fatale de Nicolas Sarkozy contre la crise du logement. Fin janvier, alors qu’il faisait encore mine de ne pas être candidat, le chef de l’État dégainait une proposition magique lors d’une intervention en direct sur huit chaînes de télévision : "Nous avons décidé pour les trois ans qui viennent que tout terrain, toute maison, tout immeuble verra ses possibilités de construction augmenter de 30 %".

Dans la foulée, le secrétaire d’État au Logement Benoist Apparu (UMP) affichait son enthousiasme : "C’est la mesure la plus puissante sans que cela coûte un euro supplémentaire".

Loin de convaincre les professionnels de l’immobilier, très décriée par l’opposition à l’image du sénateur PS Thierry Repentin qui y voyait "un dispositif improvisé, redondant, inefficace et porteur d’insécurité juridique", cette mesure a été adoptée en urgence par les députés dès le 20 mars. Elle s’appliquera au plus tard le 20 décembre prochain, à moins que les élus d’une mairie ou d’une structure intercommunale ne se prononcent contre à l’occasion d’un vote.

"On ferait monter le prix du foncier"

La bataille législative passée, le débat de la présidentielle s’en est allé vers d’autres sujets. Laissant toutefois derrière lui une question de taille : Marseille appliquera-t-elle les "30 % Sarkozy" en matière de droit à construire ? La logique politique le voudrait, la cité phocéenne étant la principale ville dirigée par la droite. Sauf que les travaux de préparation du Plan local d’urbanisme, dont les principaux axes viennent d’être présentés à la population, montrent le contraire.

Ce que confirme Claude Vallette, l’adjoint UMP en charge de l’Urbanisme à la mairie et responsable du dossier PLU à la communauté urbaine : "Le PLU de Marseille n’intégrera pas cette mesure. À l’échelle de la ville, c’est inapplicable de manière uniforme : sinon, on ferait monter le prix du foncier et on n’aboutirait à rien". Histoire de ne pas trop se désolidariser du candidat-président qui doit rencontrer ce mardi à Paris les professionnels du bâtiment dans le cadre de la campagne, l’élu marseillais assure qu’il s’agit d’"une bonne mesure" mais en pointe vite les limites : "Si elle peut être utile dans des zones très limitées, ça coincerait en revanche à bien des endroits. Par exemple, dans le 7e arrondissement, il est impossible de la mettre en oeuvre dans toute la zone qui est en balcon sur la mer".

Même son de cloche de la part des services de la communauté urbaine MPM, où l’on rappelle que l’objectif du PLU est d’atteindre un équilibre entre "développement de la construction" et "protection de l’environnement et de quartiers spécifiques" : "Vouloir rajouter partout 30 % de constructibilité comme le prévoit la nouvelle loi semble difficilement admissible, cela perturberait l’adéquation recherchée et nourrirait des dérapages".

L’opposition des maires de secteur

La donne peut-elle changer d’ici le mois de juin, date à laquelle l’architecture du PLU doit être votée en conseil municipal et en conseil communautaire, avant d’être soumise à enquête publique ? On peut en douter au vu des oppositions formulées par des élus de droite comme de gauche lors des récentes réunions de concertation. "Je suis formellement contre, a ainsi lancé Robert Assante, le maire divers droite des 11e et 12e arrondissements. En tant que maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin a la capacité de savoir ce qu’il faut faire sur le terrain sans que Paris lui impose une telle règle".

"Plus 30 % d’un trait de plume sans prévoir la voirie ni les équipements indispensables en cas d’augmentation de la population, c’est irresponsable, critique Samia Ghali, la maire PS des 15e et 16e arrondissements. En plus, on est en train d’enlever des barres d’immeuble, ce n’est pas pour en reconstruire !"

À ces critiques sur le fond s’ajoute le particularisme de la situation politique marseillaise. Outre la complexité des relations entre la Ville et MPM (voir ci-dessus), Jean-Claude Gaudin ne dispose que d’une majorité étroite au conseil municipal. Autant dire que les "30 % Sarkozy" semblaient condamnés d’avance à Marseille.

Fred GUILLEDOUX

Publié le mardi 17 avril 2012 à 15H59

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