La Marseillaise - 19/09/2012

800 euros pour un taudis

Le trois pièces loué 800€ n’a qu’une fenêtre vers l’extérieur. 

Au n°7 de la rue Versailles, Zahra Issa vit au rez-de-chaussée avec ses cinq enfants dont un bébé d’un mois. Si la flaque d’eau sale a disparu, les rats visitent son logis chaque nuit.

Au n°7 de la rue de Versailles, la porte d’entrée ferait presque illusion. Celle-ci s’efface bien vite une fois le pas franchi. Le sol en béton nu est parsemé de crottes de rats. Au fond une autre porte métallique ouvre sur une cour parsemée de déchets. Il y a quelques jours à peine, une flaque nauséabonde occupait tout l’espace. Les égouts y débordent régulièrement. Une entreprise d’assainissement est venue le matin même purger les égouts de l’immeuble voisin. Zahra Issa vit dans cette cour avec ses cinq enfants dont un nourrisson d’un mois qui ne quitte pas ses bras. « Je suis sûre que les égouts vont encore déborder. Ca arrive tout le temps et je suis obligée de mettre des cartons dans la cour pour que les enfants puissent aller à l’école ».

A l’intérieur, la situation n’est guère meilleure. La famille occupe trois pièces minuscules mais vit dans deux. La troisième a été transformée en cuisine. Dans celle-ci, une fenêtre donne sur un puits de lumière. « Là aussi, les égouts débordent régulièrement et les eaux pleines d’excréments atteignent presque la fenêtre ». Au sol, la maman montre du doigt les gros trous par où passent les rats. « On met du ciment mais ils reviennent toujours. La nuit, on les entend manger les fils. Mes enfants ont peur ». Pour ce taudis -parce qu’il n’y a pas d’autres mots- Zahra Issa paie 800 euros à un certain Christophe. « Il est venu ce matin même, faire réparer la porte ». Manque de chance, quelques heures plus tard la clef ne tourne pas dans la serrure.

Pendant deux mois, Zahra a cessé de payer son loyer pour protester contre l’insalubrité dans laquelle elle vit. Alors le propriétaire, Christophe Giroud, a fait mettre un coup de peinture. Mais, déjà, l’humidité réapparaît par taches. Au téléphone, ce dernier ne se démonte pas. « Je suis propriétaire de la moitié des appartements depuis trois ans. Avant ces appartements étaient à l’abandon. Je redresse la situation petit à petit. J’y était ce matin même [hier, ndlr]. Le service d’hygiène est passé et m’a donné une liste de travaux à effectuer ainsi que du poison pour les rats. Je ne suis pas l’ennemi de madame Issa. S’il faut, on mettra du verre pilé pour chasser les rats ».

La location fait bien l’objet d’un bail avec caution et frais d’agence. Au 148 rue Félix Pyat, la responsable d’agence dit ne pas intervenir. « Je connais la situation mais le propriétaire gère tout seul : les loyers comme les travaux ». Pour le taudis où vit Zahra Issa depuis deux ans, il perçoit 500 euros de la Caf et vient chercher le reste en personne. Face aux critiques, il ne se démonte pas : « si vous avez un appartement à proposer à madame Issa, faites-le. Moi je n’ai que ça ». Sa locataire renouvelle régulièrement sa demande de logement social depuis deux ans. Sans réponse à ce jour.

Benoît Gilles

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