La Provence - 18/02/2010

Marseille : plongée dans l’enfer des taudis

 
Un miracle. Le 12 février, un incendie frappait l’hôtel Le Lunik, rue Mazagran (1er), près de la Canebière, faisant "seulement" une blessée grave. Alors que l’enquête s’oriente vers une défaillance électrique, un arrêté de fermeture a été pris par la municipalité. Reste que la ville compterait encore plus d’une centaine d’hôtels meublés, et près de 800 logements insalubres, notamment à Noailles et Belsunce, qui ne tiennent aucun compte des normes d’hygiène et de sécurité.Voire, menacent de s’effondrer.
 
Un plan d’action déclenché en 2008 par Arlette Fructus, adjointe au maire déléguée au logement, promet que " 500 habitants indignes avaient été diagnostiqués sur l’ensemble de la ville et qu’un maximum sera traité dans les 5 ans...". "Nous avons avancé, je suis dessus tous les jours... ", confirme l’élue. Des taudis aux mains de marchands de sommeil, parfaitement connus, mais rarement condamnés, qui exploitent sans vergogne la misère humaine. Ou de propriétaires simplement indélicats. Nous en avons visité quelques-uns. Glaçant...
 
"Peur de se doucher"
 
Les quatre enfants d’Antarechignent à prendre leur douche. La plus petite, handicapée, a même parlé de sa "peur" à l’assistante sociale de son école. C’est que l’action est compliquée. Il faut se tenir à une extrémité de la cabine, sur la pointe des pieds. Sinon, on risque de récolter des grappes de ciment. Là-haut, au plafond, un trou béant lâche aussi des cailloux et fait dégouliner l’eau usée du voisin. Tout autour, dans cette salle de bains d’un immeuble de la rue du Bon-Pasteur, d’inquiétantes fissures et des marques de pourriture.
 
"Le propriétaire fait toujours la même réponse. Oui, on va faire les travaux. Et il ne fait rien",marmonne la mère d’origine ivoirienne, 45 ans, employée sur un marché. Un marchand de sommeil, qui, en revanche, se montre d’une ponctualité sans faille pour "encaisser les 406€ de loyer". Anta et son mari, retraité de 75 ans, on en a "marre". Marre des volets qui ne ferment pas, d’une maison sans aération. Marre de l’humidité et des champignons. L’une des gamines est asthmatique. Marre, tout simplement, d’habiter dans un "dépotoir". Pourquoi rester ? "Sans caution ni garantie, personne ne nous prendra".
 
"Du pain et des rats"
 
Un jour, Ali a craqué. Son bailleur refusant de réhabiliter, comme promis, l’appartement en ruine de 40 m² qu’il occupe depuis six mois à Belsunce, cet homme de 35 ans, père de trois enfants, a décidé de faire les travaux lui-même. À ses frais. "J’en pouvais plus de vivre dans la merde", dit-il. "Les fils sortent de partout, il y a des trous dans le mur... On mange avec les cafards et les rats. J’ai acheté un chat, mais ça ne suffit pas. On ne peut même pas laisser un bout de pain sur la table". Le propriétaire, lui, est satisfait.
 
"Il refuse depayer, mais m’apporte de la marchandise pour que je refasse son appartement. On dirait que c’est le mien...". Ce n’est pourtant pas linterdite cas. En invalidité, Ali loue son espace 500€ par mois. Ses trois enfants se trouvent dans une pièce minuscule, et deux sommeillent dans le même lit, étroit. "On fait que se disputer quand l’un veut dormir et l’autre pas", raconte Isham,11 ans. Qui ne rêve déjà plus beaucoup : "Je voudrais juste une maison comme les autres".
 
"Un balcon interdit"
 
En se rendant au 3e étage du même immeuble, une vision alarmante : les fondations se lézardent. Dans le quartier, deux bâtiments se sont déjà affaissés. D’autres, ont été frappés d’arrêtés de péril, et évacués. Dalila, la cinquantaine, ouvre sa porte. Mine défaite, elle raconte que son bailleur lui a proposé un pacte : "Si je lui donnais 2 000€, il m’aurait trouvé autre chose..Mais où voulez-vous que je les trouve ? On vit à six et je ne travaille pas !".
 
C’est Ali, gosse espiègle de 10 ans, qui assure la visite. Ici, un haut de porte fracassé. Là, une hotte qui dégage de vilaines bestioles. Sur le balcon, une rambarde qui bouge méchamment. "Je ne laisse plus sortir mes gamins dehors", s’affole Dalila, j’ai peur qu’un jour l’un d’eux passe à travers".
 
"Il faudrait un mort..."
 
L’homme de 36 ans, chauffeur-livreur, refuse de poser. "C’est trop la honte. Même mes amis d’enfance et copains de travail ne savent pas où j’habite". La semaine dernière, il a décidé d’envoyer sa femme et ses deux jumeaux à Paris, dans sa belle-famille. Loin de ce logement de Belsunce attaqué "par le plomb". "Tout le monde est malade", dit-il. Et de nous diriger, dans le couloir, vers les WC collectifs de l’habitation.
 
Dans un état d’insalubrité à peine croyable. "Le pire, c’est que j’ai donné 500€ au black pour cet appart. Mais tout est pourri, le sol est craquelé, une partie du toit s’est effondrée la semaine dernière dans le hall, la cage d’escalier est noire de crasse". Et d’enchaîner : "Il faudrait un mort pour que les gens réagissent". Avant de se reprendre : "Mon seul espoir, c’est Marseille 2013. Ils ne pourront pas montrer une telle misère...".
 
Lire dans La Provence d’aujourd’hui (édition Marseille), l’intégralité du dossier. 
Laurent D’ANCONA
 

Focus :
  • "Il y a les méchants et les gentils"
  • Proposition de loi à l’Assemblée
  • "La passivité des locataires arrange tous le monde" : interview de Nouredine Abouakil, association "un centre ville pour tous"
  • "Nous avons privilégié une approche incitative" : 3 question à Arlette Fructus, adjointe au maire
 
Lire l’ensemble des articles de la Provence du 18 février 2010 [pdf]
 
 

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