La Provence.com - 24/04/2011

Habitat Marseille Provence : les loyers décollent, les façades s’effondrent


 Les "parachutes dorés" ne sont plus réservés aux seuls dirigeants du Cac 40. À Marseille, cette pratique concerne aussi Habitat Marseille Provence (HMP), l’un des plus gros bailleurs HLM du département (15 344 logements), dont la directrice s’est vu octroyer une indemnité de licenciement de... 218 349 € en 2008.


Un joli cadeau de départ dont il sera question, vendredi prochain, lors du conseil d’administration extraordinaire qui se tiendra à l’office public. À l’ordre du jour, le rapport accablant que la mission interministérielle d’inspection du logement social (Miilos) vient de rendre sur la gestion de cet office public rattaché à la Ville. Parmi les questions qui fâchent, cette indemnité jugée "indue" par la Miilos fait désordre au moment où l’office augmente ses loyers et se débat dans les difficultés financières.


Car enfin pourquoi Nicole l’Hernault, alors âgée de 63 ans, donc touchée par la limite d’âge, a-t-elle reçu cette somme correspondant à 18 mois de son salaire mensuel (9 500€) ? Dans un courrier adressé à la Miilos, Bernard Oliver, alors président de HMP, se justifie. Il évoque un "conflit entre Nicole l’Hernault et les services de la Ville" dont l’ancienne directrice refusait la tutelle. Or, "les élections municipales de mars 2008 approchaient ; par ma conduite, j’ai recherché le consensus pour ne pas mettre l’équipe municipale dont je faisais partie en difficulté". Aussi, poursuit Bernard Oliver, "il a été décidé en accord avec la Ville que ce licenciement s’effectuerait dans la plus grande confidentialité afin d’éviter qu’il puisse y avoir une récupération politique et une médiatisation du conflit générant une situation de crise nuisible à l’organisme".


Pour le conseiller municipal PS, Jean-Paul Bramanti, les choses sont claires : "C’est le prix du silence", estime l’élu, qui a levé le lièvre lors du dernier conseil municipal. Administrateur de HMP au moment des faits, il confirme qu’"à aucun moment, cette indemnisation n’a été portée à la connaissance du conseil d’administration". Ancienne énarque, décrite comme "compétente et honnête" par ses collaborateurs, Nicole l’Hernault, restée une dizaine d’années à la tête de HMP, n’aurait pas tenu compte des injonctions de la Ville. Dans un courrier à la Miilos, l’intéressée évoque des "désaccords majeurs sur les opérations ANRU". Mais le conflit avec la municipalité porterait également sur l’attribution de logements. "Nicole l’Hernault ne marchait pas dans la combine", résume un connaisseur du dossier. Depuis, c’est Jean-Luc Ivaldi, ancien directeur de cabinet de Renaud Muselier qui, en novembre 2008, a repris le poste.


Mais revenons à notre parachute. Dans les conclusions de son rapport, la Miilos réclame à HMP de "procéder au recouvrement" de l’indemnité indûment versée. Lors du dernier conseil municipal, le nouveau président de HMP, l’adjoint municipal UMP Patrick Padovani, a assuré que la municipalité s’y employait. Mais cette démarche est-elle juridiquement fondée ?"Nous sommes en train de regarder si une procédure en justice a des chances d’aboutir", explique Patrick Padovani. À défaut de quoi, l’élu se refuse "à investir une nouvelle fois des deniers publics à fonds perdus".


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Une gestion clouée au pilori


Sorte de "cour des comptes" du logement social, la mission interministérielle d’inspection (Miilos) réalise, sur proposition des préfets, des contrôles fouillés au sein des organismes. C’est ainsi, lors d’une inspection réalisée à HMP entre septembre 2009 et avril 2010, que la mission a mis au jour de graves dysfonctionnements. "Outils informatiques inadaptés", "carences dans le pilotage des projets", "suivi déficient des investissements", "irrégularités en matière de commandes publiques", pratiques douteuses dans l’attribution des logements, absentéisme... C’est un florilège de reproches que dresse la Miilos ! Certains points suscitent de véritables inquiétudes, comme le "retard d’entretien important" d’une partie des logements, "susceptible dans certains cas de ne pas garantir la sécurité des locataires", note le rapport. De nombreux quartiers sont concernés : Frais-Vallon, "exposé au risque de décrochements du béton des façades", Les Cèdres, Saint-Barthélémy, "où les besoins techniques (menuiseries, façades, coursives) sont criants", le Petit Séminaire, dont 50% des logements ont été murés puis remis en service, "ce qui oblige à des investissements importants".


Autre point soulevé par le rapport : les hausses annuelles des loyers, "toutes supérieures depuis 2005 - à l’exception de 2008- aux recommandations ministérielles de modération". Idem pour le niveau des charges, "supérieur aux médianes de l’ensemble des offices". Quant au taux de vacance (logements vides), il atteint jusqu’à 29,4% pour les garages. En face, la demande explose : 15433 demandes de logement enregistrées en 2008 (+40,6% en 2 ans) pour 804 attributions prononcées.
Sophie MANELLI


Publié le dimanche 24 avril 2011 à 17H31



 

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