La Marseillaise - 21/04/2011

HMP : le rapport qui accuse


 
Un rapport des ministères du logement et de l’économie juge sévèrement le logeur social de la Ville. Au cœur du scandale, les 218 349 euros d’indemnités touchés par l’ancienne directrice.


C’est un peu comme si la Ville se faisait taper sur les doigts… Entre un marteau et une enclume. Dans le rôle du forgeron, la Mission interministérielle d’inspection du logement social (Miilos) dont les inspecteurs sont venus ausculter Habitat Marseille Provence (HMP) de septembre 2009 à avril 2010.
Dans la présentation générale de l’organisme, le rédacteur a mis un pluriel à « points forts » même si sa liste n’en compte qu’un : « La vocation sociale avérée » d’HMP. Un minimum pour le logeur social de la Ville. A l’inverse, la liste des points faibles ressemble au front d’un ado boutonneux. Petit passage en revue de ces points noirs.


218 349 euros d’indemnités
En février 2008, l’UMP Bernard Oliver, alors président de l’office public, décide de licencier Nicole L’Hernault, directrice générale depuis dix ans. Il assortit cette sanction d’une confortable indemnité de licenciement de 218 349 euros. Or, pour les inspecteurs de la Miilos, cette indemnité a « un caractère indu » et relève d’une grave irrégularité.
En effet, le conseil d’administration d’HMP a dû se prononcer non pas sur un licenciement mais sur « une cessation de fonction » qui peut recouvrir la démission, le licenciement et l’atteinte de limite d’âge. Or, Nicole L’Hernault a 64 ans à l’époque des faits et donc atteint la limite d’âge. Lors du conseil municipal du 4 avril dernier, l’actuel président d’HMP, Patrick Padovani, a eu bien du mal à justifier les manquements de son prédécesseur.



Dans un courrier adressé à la Miilos, Bernard Oliver justifie sa décision de licenciement par un « conflit entre Nicole L’Hernault et les services de la Ville dont elle refusait la tutelle ». Pire, il explique que les élections municipales de mars 2008 approchant « il a été décidé en accord avec la Ville que ce licenciement s’effectuerait dans la plus grande confidentialité afin d’éviter qu’il puisse y avoir une récupération politique et une médiatisation du conflit ». Bel exemple de transparence qui confine au prix du silence.
En séance du conseil municipal, Patrick Padovani a convenu que le nouveau directeur, Jean-Luc Ivaldi, allait procéder au recouvrement de l’indemnité. Pas trop tôt…


Marchés entre amis
On retrouve la même désinvolture dans la gestion des prestations externes que ce soit les avocats, les comptables ou les agents de recouvrement.
Ainsi, depuis mai 2006, les prestations d’assistance et de conseil pour la gestion et le recouvrement des loyers relatifs aux baux commerciaux « ont été confiées pour un montant de 271 277 euros hors taxes à la société IAG sans mesures de publicité ni mise en concurrence ». La commission considère cet autre fait comme « une grave irrégularité » et ce même si l’office a régularisé la situation depuis décembre 2010.


Loyers, chers, fort chers
Le ministère a beau conseiller la modération dans l’augmentation annuelle des loyers des HLM, HMP augmente les siens deux fois plus que le pourcentage conseillé par la puissance publique.
Pire, l’office loue parfois des appartements à des loyers supérieurs à ce que les conventions prévoient. Les inspecteurs tancent : « L’office devra réduire les taux de loyers et (…) rembourser les trop-perçus mis en évidence. »
Même constat concernant le niveau des charges, bien supérieur à la moyenne des offices du secteur et « sujet d’insatisfaction des locataires » ou la vente de son patrimoine à ses propres locataires à des prix bien supérieurs à ceux fixés par les Domaines.


Piètre gestion du patrimoine
Malgré la mise en place d’un Plan stratégique du patrimoine (PSP) 2004-2014, HMP a bien du mal à établir une stratégie concernant son important patrimoine (15 344 logements) notamment pour faire face aux chantiers financés par l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru). La Miilos juge les orientations prévues dans ce PSP « incomplètes », sans « cohérence d’ensemble » et sans « étude financière prévisionnelle ».
Résultat : les « opérations relevant des projets Anru connaissent toutes un retard important », la mise en place de chauffages conformes « n’a connu aucune avancée concrète depuis 2004 », ce qui ne permet pas à HMP « de garantir la sécurité des locataires » de 1 950 logements.


Tour B sans sécurité
La question de la sécurité n’est pas un souci permanent du bailleur de la Ville. Ainsi la tour B des Cyprès, près de l’hôpital Lavéran, a reçu un avis défavorable de la commission de sécurité en 2008 malgré son statut sensible d’Immeuble de grande hauteur (IGH).
Une paille quand on peut lire dans le même rapport que le logeur a muré 50% des logements du Petit Seminaire avant de décider de les réhabiliter à grands frais, que la cité Hérodote et celle de Saint-Barthélémy n’ont connu « aucune intervention dans un passé récent », ou encore que le béton des façades des immeubles de Frais Vallon se décroche…
N’en jetez plus, la coupe est pleine !


BENOIT GILLES


21-04-2011
Dernière mise à jour : ( 21-04-2011 )

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