Marsactu.fr - 1er/11/2014

Arlette Fructus dénonce la logique "arithmétique" de la politique de la ville


D’ici l’année prochaine, la politique à destination des quartiers les plus en difficulté va muer. L’adjointe au maire de Marseille Arlette Fructus (UDI) négocie actuellement avec l’État les territoires qui seront soutenus. Pour l’instant, la population concernée est réduite de moitié, dénonce celle qui a aussi en charge les chantiers de rénovation urbaine. Entretien.

Esther Griffe

Lundi 10 octobre, au conseil municipal de Marseille. La maire des 11e et 12e arrondissements de Marseille, Valérie Boyer (UMP), se lance dans un long exposé sur la réforme en cours de la politique de la ville. Sauf que depuis avril, la députée n’est plus adjointe en charge de cette question. Arlette Fructus, l’élue UDI qui a récupéré ce porte-feuille trépigne, elle qui "avait prévu d’intervenir sur le sujet", précise-t-elle plus tard.

Car depuis cet été, c’est elle qui négocie rue par rue les contours de la nouvelle géographie prioritaire ; c’est-à-dire les quartiers qui seront soutenus par l’État. C’est là que se déploiera la politique de la ville, qui intervient dans les multiples champs de l’insertion, l’éducation, la culture, la santé, en lien le plus souvent avec le secteur associatif. Dotée de 60 millions d’euros entre 2008 et 2013, celle-ci fera l’objet d’un nouveau contrat avec l’État.

Adjointe au logement lors de la précédente mandature, notamment en charge de l’éradication de l’habitat indigne, Arlette Fructus a vu ses missions considérablement élargies pour les six ans à venir. Avec la politique de la ville, elle supervise aussi les opérations de rénovation urbaine. Le poste l’amène à présider les deux groupements d’intérêt public (GIP) qui constituent le bras armé de la municipalité et l’État dans ces domaines. Alors que l’État n’a encore rendu aucun arbitrage, Arlette Fructus nous détaille sa feuille de route.

Marsactu : L’État a proposé en juin une nouvelle carte de la politique de la ville qui restreint son périmètre d’intervention. Depuis, des discussions sont en cours pour l’amender. Où en est-on ?

Arlette Fructus : Nous attendons le retour définitif de l’État. On devait l’avoir fin septembre, puis au mois d’octobre, qui sera bientôt passé... À la base, nous devions passer de 412 000 habitants concernés à 209 000. Sur les 33 quartiers, nous avons déjà obtenu 27 extensions. L’État avait laissé une marge de manoeuvre à 10% de la population impactée sur l’ensemble de l’intercommunalité. Après ces arbitrages, on est à 8,5%. Sur la carte publiée par le GIP politique de la ville, nous avions mis en vert [les territoires sortants du dispositif] qu’on pensait pouvoir arracher. Mais au vu des retours, j’ai des préoccupations pour les Lierres [11e arrondissement, ndlr]. Ce qui me guide aussi, ce sont les grands projets de rénovation urbaine. Alors que sur La Soude/Bengale [9e arrondissement, ndlr] on a un programme en cours, ce n’est pas le moment de nous lâcher.

Cette géographie prioritaire est assez sclérosante pour la ville. Avec le "carroyage", on est presque dans le domaine de l’arithmétique : il faut à l’intérieur d’un carré de 200 mètres sur 200 mètres, au minimum 1000 habitants dont le revenu médian n’excède pas 11 250 euros. Le contexte environnemental, de l’habitat, du chômage, du décrochage scolaire, ces critères là on n’en tient pas compte ! Heureusement que Raphaël Le Méhauté, l’ancien préfet délégué à l’égalité des chances, est au CGET [commissariat général à l’égalité des territoires, au coeur des négociations pour l’État, ndlr]. Il connaît Marseille et voit de quoi on parle quand on évoque tel ou tel quartier. Mais quand il y a trop d’écart avec le critère de revenu tel qu’il est posé, ça coince. Aux Lierres, la médiane est à 13 000 euros.

Selon le gouvernement, la réforme vise à remédier à "l’enchevêtrement" des zonages et surtout à concentrer les moyens...

La philosophie initiale de la politique de la ville, c’est de traiter les centres urbains. Or, dans les nouveaux entrants, on voit beaucoup de zones rurales. C’est le cas dans le département de Châteaurenard et Orgon. Mais les problématiques ne sont pas les mêmes ! Pourquoi ne pas tout simplement dire "on va faire des économies" et "on en fait bénéficier d’autres territoires" ? Ce serait plus honnête intellectuellement. Ensuite, en admettant qu’on a la même enveloppe - ce sur quoi je n’ai aucune assurance - et qu’on les concentre, comment j’explique aux 195 000 Marseillais qui n’auront plus rien ? Ils auront les politiques de droit commun, voilà ce qu’on me dit. Mais quand on sait comment il est difficile de les mobiliser…

Une fois la carte arrêtée, vous allez signer un "contrat de ville". À part le nom, quelle différence avec l’actuel "contrat urbain de cohésion sociale" (CUCS) ?

La différence avec le CUCS, c’est l’intégration du développement économique, le renforcement du rapprochement entre l’urbain et le social. J’y souscris totalement. Il y a aussi l’accent mis sur des thématiques comme la lutte contre les inégalités, l’égalité hommes/femmes, l’environnement. Je suis assez d’accord aussi. Il est aussi unique à l’échelle intercommunale, il faut qu’on bâtisse ce nouveau contrat de ville avec Septèmes et Marignane. La deadline c’est juin 2015. J’ai proposé que les deux GIP - Marseille rénovation urbaine et le GIP politique de la ville - soient l’outil pour l’élaborer. Nous avons aussi fait appel à un assistant à maîtrise d’ouvrage pour faire une large part à des ateliers thématiques et participatifs qui démarreront d’ici la fin de l’année et se poursuivront début 2015.

Ces contrats de ville prévoient justement une nouveauté dans le domaine de la concertation : des "conseils citoyens", où une partie des représentants des habitants seront tirés au sort.

Là aussi on attend un décret, car on ne sait pas précisément comment ils seront composés. L’État ne nous dit pas non plus si nous devons en faire un pour chaque territoire, ce qui serait compliqué. L’État ne nous dit rien ! Tout ce que l’on peut faire pour l’instant, c’est commencer de notre côté à mener des ateliers participatifs.

Au quotidien qu’est-ce que tout ça va changer dans le travail des GIP politique de la ville et Marseille rénovation urbaine ?

J’essaie déjà de réorganiser les équipes en fonction des territoires qui se profilent. J’imagine trois pôles (Sud/Vallée de l’Huveaune, 13/14 et 15/16). J’essaie de les faire travailler en parallèle, que nous menions ensemble une politique de projets. La rénovation urbaine ne se limite pas strico sensu aux sites de départ, l’idée est de créer des connexions avec les territoires alentours. Il faut agrandir le champ au-delà de l’intervention lourde, comme la démolition et la reconstruction, qui doivent être accompagnées. Au Plan d’Aou, nous venons d’inaugurer un programme de trente logements et six villas qui ont été commercialisés en deux mois. Ça n’était pas imaginable il y a cinq ans ! C’est parce que nous avons fait une crèche, un centre social, un équipement sportif, il y a aussi la Gare franche, il va y avoir une médiathèque qui va faire venir du monde. Tout ça n’est possible que si l’on a des équipes derrière, sur le terrain, qui identifient les projets, les endroits où ça coince. Je ne peux pas me résoudre à leur disparition programmée fin 2015. L’enjeu pour moi est que MPM et la métropole reconnaissent leur utilité. Bâtir le contrat de ville est l’occasion de la montrer une nouvelle fois. Actuellement, les services de la communauté urbaine, qui dispose de la compétence politique de la Ville, sont peu fournis. Nous avons ces personnels, ce savoir-faire. Si les GIP étaient transférés au niveau intercommunal, ce serait une manière de dire que la Ville contribue.

Dans cette optique de rapprocher l’urbain du social, les 200 chantiers qui seront financés par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) feront partie intégrante des contrats de ville. La sélection va se faire dans les mois à venir, qu’allez-vous défendre ?

Je me bats bien sûr pour Air Bel et La Castellane, mais la liste que je soumettrai ne se limitera pas à ces quartiers. Il y aura Frais Vallon, La Cabucelle et Saint-Mauront ou la prolongation de chantiers de la première génération, comme Kallisté ou Malpassé. D’autres quartiers pourront aussi relever d’un "intérêt régional", dans le cadre du contrat de plan État-région, je pense à La Maurelette ou aux Aygalades.

Par Julien Vinzent, le 31 octobre 2014

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