La Provence - 27/07/2010

Marseille : "On ne peut pas faire l’impasse sur la rénovation du Vieux-Port"

27 juillet 2010

Des 29 architectes présents au départ, ils ne sont plus que quatre à avoir été retenus : Corinne Vezzoni, Norman Foster, Jean-Michel Wilmotte et Bernard Reichen. Ce lundi, ils ont déposé leur dossier concernant la rénovation du Vieux-Port. La Communauté urbaine devrait trancher le 1er octobre pour un début des travaux en 2012. Entre enthousiasme et crainte, ce projet suscite de nombreux commentaires de la part des internautes de LaProvence.com et autant de questions. Nous en avons soumis une sélection à Monique Cordier, présidente des CIQ.

- Faut-il craindre la rénovation du Vieux-Port ?
Monique Cordier :
Qu’on veuille rénover le centre-ville, lui redonner le lustre qu’il a perdu, j’y suis favorable mais attention à ne pas faire n’importe quoi ! On ne doit pas perdre l’identité marseillaise, notre culture. Mais oui, on a besoin de rénover et de reconstruire ce Vieux-Port. Dans ce projet, il y a énormément de sous-projets qui sont tendancieux comme le problème de la piétonnisation et de la circulation. C’est là qu’il sera important de choisir les bonnes solutions alternatives.

- Beaucoup redoutent que ce projet ne se fasse qu’à l’attention exclusive des touristes, au détriment des Marseillais...
M.C. :
On est très attaché à ce que le Marseillais ne soit pas exclu de ce projet. On a besoin d’un centre-ville dont on soit fier, d’un endroit où l’on va avec plaisir en famille, pour y manger une glace, faire du shopping... dans un cadre apaisé. Et pour cela, la voiture ne doit pas être le centre d’occupation de l’espace public. Nous ne voulons pas que ce ne soit fait que pour les touristes, ce lieu doit servir avant tout aux Marseillais. Mais obligatoirement, s’il est réussi, ce sera un atout pour le tourisme et donc un bienfait pour l’économie locale.

- L’éventuelle disparition des barrières qui séparent les passants des bateaux est-elle une attente des touristes ou des Marseillais ? 
M.C. :
L’accès à la mer c’est quelque chose que demandent tous les Marseillais, on a tout de même l’une des plus belles rades du monde ! Alors non, ce ne sont pas les touristes qui demandent l’enlèvement des barrières mais les Marseillais dans leur ensemble. Tout le monde demande que les barrières disparaissent où qu’elles soient, autour du Vieux-Port comme ailleurs. Toutefois, il ne faut pas oublier les plaisanciers qui sont, et je les comprends, attachés à ces barrières : ils en ont marre de retrouver leurs bateaux pillés. Il faut trouver un moyen de sécurisation. C’est là que nos architectes doivent avoir de l’idée, trouver comment sécuriser les pontons en laissant le libre accès de la mer. Ensuite, il faudra s’assurer que le retrait des barrières ne soit pas à l’unique bénéfice des terrasses qui empêcheront elles aussi l’accès à la mer. Il faut un juste milieu.

- Comment aboutir à ce "juste milieu" ?
M.C. :
Le plus important, c’est que ce projet soit accepté par tous. Une fois le choix de l’architecte fait, il faudra avoir une vraie concertation. Il est nécessaire que les mondes économique et culturels mais aussi que la confédération des CIQ soient écoutés à parts égales. Ce projet, qui j’espère sera un grand projet, est trop ambitieux pour finir en simple bricolage.

- Il y a déjà eu de nombreux autres projets menés sur la Canebière afin de redorer au centre-ville son lustre d’antan...
M.C. :
Je comprends les Marseillais qui disent qu’on gaspille de l’argent public, c’est logique dans un sens. Il est nécessaire de rénover mais il faut ensuite entretenir et savoir faire respecter ces espaces publics. Je pense que la rénovation du Vieux-Port est un projet sur lequel nous ne pouvions pas faire l’impasse. On a eu pendant plusieurs années un centre-ville qui s’est paupérisé et on a besoin d’un projet d’envergure pour lui rendre son attractivité. Si l’on ne parvient pas à redonner une âme au centre-ville , c’est tout Marseille qui sera léthargique. On pourra toujours créer des centres de vie comme La Valentine et Grand littoral, on aura tout de même besoin d’un centre-ville vivant, c’est un vrai moteur.

- Est-il raisonnable de se lancer dans de nouveaux travaux aussi importants alors que d’autres comme la L2 sont encore inachevés ?
M.C. :
La L2 c’est un projet d’Etat, et l’Etat faudra m’expliquer ce qu’il a avec Marseille ! C’est vraiment quelque chose qu’il faudra m’expliquer, il me faudrait un dictionnaire pour comprendre pourquoi ce projet tarde tant. On a eu des ministères de droite comme de gauche et ce projet est toujours en attente. Il manque à chaque fois trois sous pour faire le dernier euro. C’est une grande énigme pour moi... D’autant plus que, si un jour on arrive à la finir, le projet sera à mon avis obsolète car on arrive à un régime où on ne veut pas donner autant de place à la voiture.

- Justement, qu’est-ce que vont faire les riverains de leurs voitures après la semi-piétonnisation du Vieux-Port ?
M.C. :
Autant que je sache, la circulation ne sera pas totalement interdite. Mais vivre en centre-ville, c’est bénéficier des commodités des transports en commun, on a les moyens de se passer de la voiture. Et si l’on veut utiliser la voiture, il sera important de pouvoir compter sur une place de parking ou un garage. Mais il faudra l’utiliser avec parcimonie, c’est un tout autre mode de vie : où l’on n’utilise pas la voiture pour accompagner ses enfants à l’école, pour acheter une baguette de pain... Choisir de vivre au centre-ville, c’est choisir de viver sans voiture.

Propos recueillis par Jérémy PRIN-DERRE

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