Marsactu.fr - 2/07/2012

Quelle nouvelle vie pour l’îlot Bata ?

Un collectif d’architectes et d’urbanistes s’est lancé dans un ambitieux projet de réhabilitation, bien loin de la brasserie voulue par la mairie de Marseille
Par Jean-Marie Leforestier, le 26 juin 2012

Soleam, première


La réalisation la plus avancée de l’organisme mis en place par la mairie pour rénover le grand centre-ville et suppléer Marseille aménagement connaîtra bientôt le sort qui lui est réservé. L’îlot des Feuillants aka l’îlot Bata (du nom de l’enseigne qu’il a longtemps abrité), est aujourd’hui laissé à l’abandon même si quelques familles vivent encore dans les grands appartements qui le composent. L’appel d’offres n’a pas dû être trop compliqué à formuler : une seule exigence pour le bâtiment qui trône au milieu de la Canebière irriguant Noailles au sud. La Soleam veut une brasserie au rez-de-chaussée. Le reste ? No comment, faites ce que vous voulez.

La pratique n’est pas isolée. La caserne d’Aurelle et un terrain boulevard Louvain ont eux aussi fait l’objet récemment d’appels d’offres minimalistes. Mais la perspective de voir Maître Kanter s’installer sur l’artère emblématique de Marseille peut susciter des doutes quant à l’objectif de dynamisation « diurne et nocturne » poursuivi. La hantise du politique sur la Canebière, c’est le snack. Maître Kanter, c’est la gamme au-dessus mais bon, ça paraît léger. C’est en tout cas le constat qu’ont dressé plusieurs associatifs regroupés au sein d’un collectif baptisé Atelier feuillants. Mais, au lieu de dénoncer l’existant, ils ont poussé plus loin la démarche en proposant leur contre-projet.

Maîtrise d’usage

Difficile de résumer le projet mais ses instigateurs ont ciselé une formule : faire de cet îlot « le laboratoire de la ville en mouvement », comprenez créer un Arsenal à la sauce marseillaise, grand espace de concertation publique où les projets structurant la ville pourraient être consultés et discutés. L’équipe, composée notamment d’urbanistes et d’architectes engagés dans la vie de la cité, reprend à son compte un constat déjà posé par ailleurs, notamment sur notre site, d’une concertation balbutiante et quasi inaccessible, tant celle-ci se niche bien souvent dans les bureaux les plus improbables des administrations concernées.

Résultat concret

Sur les plans, le rez-de-chaussée s’ouvre entièrement sur la rue et une grande colonne intérieure permet aux badauds de grimper jusqu’au toit pour dominer Marseille du regard. « Pour que ça fonctionne, en plus de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’oeuvre, il faut créer une maîtrise d’usage, explique Jean Canton, président de Centre-ville pour tous, ancien directeur de l’urbanisme à la ville qui s’investit dans cette démarche. Il faut recueilllir l’avis des habitants, des usagers, les associer au projet : ils ont les clefs, ils connaissent les lieux, ils doivent être partie intégrante du projet ».

Un voeu qu’eux-mêmes ont pourtant eu un peu de mal à exaucer. « Le projet, explique David, un jeune militant de CVPT, est né d’un atelier de réflexion de l’association. On voulait au départ imaginer la concertation idéale. Un petit groupe s’est formé, s’est réuni et quand est sorti l’appel d’offres, nous nous sommes lancés ». Du coup, la phase de consultation des habitants aura paradoxalement lieu à partir de la rentrée prochaine, mais, assurent les militants, rien n’est figé quant à l’utilisation des 4000 mètres carrés sur six niveaux que proposent les Feuillants. L’atelier a tout de même produit ces dessins qu’ils nous permettent de présenter ici avec en petit et en bas, leur commentaire sur chaque planche : un double-clic pour lire le diaporama en grand écran ne serait pas superflu.

Déjà, le projet a évolué. La Fondation Abbé-Pierre s’est associée plus avant quand la question d’y créer des logements a été mise sur la table. De l’habitat social ou relais pour accueillir les familles contraintes de déménager le temps d’une réhabilitation par exemple.

Mais il serait injuste de réduire ce projet à des compartiments. Son coeur réel, c’est la réflexion symbolisée par ce centre de recherches et de documentation qu’ils verraient bien installer. Réflexion sur le monde qui entoure et qu’on regarde sans le penser, ou qu’on aménage avec des objectifs de rendement à court terme. Le remue-méninges et l’enthousiasme de ces plus ou moins jeunes porteurs de projet force l’admiration. Bientôt, ils paraîtront peut-être aussi fous que ce fada qui, il y a soixante ans, avait construit sa cité au bord du boulevard Michelet.

Des urbanistes sérieux

Ils n’en ont pourtant pas moins les pieds sur terre. Les plus expérimentés, dont Canton, connaissent extrêmement bien les rouages des institutions et savent que seul un mouvement d’adhésion plus large que leur petit groupe de passionnés pourra faire pencher la balance en leur faveur. Des acteurs influents du monde culturel, entre autres, se seraient montrés très intéressés. Ils ont aussi contacté des élus, dont les membres de la commission d’appel d’offres, pour les sensibiliser à leur cause.

Si l’écoute a pu être parfois attentive, c’est encore aujourd’hui la frilosité qui domine. Claude Valette, l’adjoint à l’urbanisme dit n’avoir « pas une bonne connaissance du dossier. Ce que je sais, c’est qu’il a été monté par des urbanistes sérieux et je le regarderai de ce fait avec attention ». Le maire de secteur, Patrick Mennucci, a quant à lui reçu les porteurs du projet. Mais lundi, en plein débat houleux sur l’hôtel des Catalans, il lançait l’idée de « construire un hôtel » sur l’îlot Bata en plein milieu de la séance.

Interrogé sur ce sujet à la sortie, tout en partageant une partie de leurs préoccupations, l’élu socialiste, malgré la première bataille en prévision de 2014 qu’il venait de subir, estimait que « seul un changement de municipalité pourrait faire aboutir un tel projet ». Mennucci, toujours au taquet. Face à ces regards bienveillants mais sans plus, la route du collectif s’inscrit en pente raide. Première étape : faire en sorte que l’appel d’offres ne soit pas pourvu et convaincre une collectivité (MPM ?) ou des investisseurs privés pour faire vivre le projet. Canton estime qu’il faudrait quelques agents pour l’animer et 10 à 15 millions d’euros pour le porter. L’utopie aussi a un prix.

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