La Provence.com - 24/03/2012

Marseille : le deuxième appel de l’abbé Pierre

58 ans après la mobilisation de 1954, la Fondation Abbé-Pierre entre en campagne contre le mal-logement. À Marseille, les loyers ont augmenté de 45 % en 10 ans, alors que les revenus des habitants n’ont progressé que de 10 %.

Un SDF dormait sur un banc, à l’entrée du parc Chanot où était présenté hier le 17e rapport de la Fondation Abbé-Pierre sur le mal logement... Le symbole est poignant. Mais trompeur. Car aujourd’hui en France, les sans abris, les pauvres, les marginaux ne représentent qu’une partie infime du problème. "En 2012, 3,6 millions de personnes sont non logées ou très mal logées. Si l’on ajoute tous ceux qui se trouvent en situation de fragilité de logement, ce sont 10 millions de personnes qui sont touchées. Parmi eux, 600 000 enfants sont concernés", a résumé Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre, dans une salle archi-comble, où se sont pressés tous les acteurs du logement.

Institutionnels, élus, associations : à mesure que le mal s’enracine, les intervenants et les dispositifs se multiplient. "Il faudrait remettre tout ça à plat , pourquoi pas organiser un Grenelle du logement ?", soupire à la tribune Arlette Fructus, adjointe municipale à Marseille, l’une des villes les plus touchées par un phénomène dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est à la racine du problème : notre parc de logements, insuffisant, ne correspond plus aux besoins de la population.

En septembre 2011, un sondage Ifop révélait que 3 Français sur 4 estiment qu’il est désormais difficile de se loger. Les dégâts sociaux sont patents : "Quand on doit mobiliser 40 ou 50 % de ses ressources pour se loger, d’autres besoins essentiels comme l’alimentation, le chauffage, la santé, la réussite scolaire des enfants, ne peuvent être satisfaits", souligne la Fondation Abbé-Pierre. C’est pourquoi, mieux qu’un Grenelle aux résultats incertains, l’association lance une "mobilisation générale pour le logement".

56 ans après l’appel de l’abbé Pierre, sa fondation se saisit à nouveau du problème, "crucial pour la société française, et pourtant peu abordé lors de la campagne présidentielle". Le mois dernier, un "contrat social pour une nouvelle politique", qui liste des actions concrètes a été proposé aux candidats. Hollande, Bayrou, Joly, Mélenchon, Poutou et Cheminade l’ont signé. La Fondation attend un rendez-vous avec Sarkozy.

Les propositions de la Fondaton Abbé-Pierre

Voici les principales mesures prônées par la Fondation, dont la pétition a déjà recueilli 150 000 signatures.

Produire plus et mieux. Au rythme de 500 000 logements par an sur 5 ans, dont 150 000 logements sociaux. Les aides publiques, financières ou fiscales doivent être accompagnées de contreparties sociales (fixation d’un plafond de loyer par exemple).

Mettre à contribution des propriétaires privés. L’idée est de conventionner 100 000 logements locatifs par an, en accordant des aides proportionnées au montant du loyer.

Remettre sur le marché les logements vacants. On en compte 84 279 en Paca, soit 6,6 % du parc. La taxe sur la vacance doit également être généralisée.

Encadrer les loyers. C’est l’une des mesures phare du contrat. "Il ne s’agit pas de fixer un montant au niveau national, mais d’encadrer les loyers en fonction de la réalité micro-locale."

Prévenir les expulsions locatives. Leur nombre a explosé (540 interventions effectives en 2011 en Paca). La Fondation recommande de maintenir les locataires défaillants dans le logement le temps de trouver une solution. Le propriétaire serait alors indemnisé par la collectivité.

Instaurer un "bouclier énergétique". Afin de garantir l’accès à l’énergie des plus modestes, les tarifs sociaux doivent être renforcés, avec la mise en place d’une consommation minimale à un tarif très bas.

Créer une taxe de cohésion urbaine. Autre mesure phare destinée à corriger les inégalités au sein d’une même commune. Les logements qui se vendent plus cher que la moyenne seraient soumis à une "contribution de solidarité urbaine".

Renforcer la loi SRU, en obligeant les communes à construire 25 % (et non plus 20 %) de logements sociaux.

Plus d’infos sur www.fondation-abbe-pierre.fr

Sophie MANELLI

Publié le samedi 24 mars 2012

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