La Marseillaise - 15/11/2012

En 2013, les expulsions locatives vont exploser

Sans logement, en caravanes ou jusque dans des caves ou des greniers sommairement aménagés... ils sont 3,6 millions en France à subir une crise dans laquelle la fatalité n’a pas sa place.

3,6 millions de mal logés en France. Et l’Insee a eu beau recompter, l’institut arrive au même chiffre que la Fondation Abbé-Pierre. De même qu’on a beau tourner et retourner les pistes envisageables, « sans production de logements accessibles aux ressources des ménages, pas de solution qui tienne », estime Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation. Mais la production de logements sociaux se heurte encore « à un prix du foncier trop élevé », souligne également Bernard Oliver, le président de l’Association régionale HLM Paca Corse, lors d’une table ronde intitulée « le logement, sujet central de la crise ».

« 2,7 millions de personnes vivent dans des condition d’habitat très difficile, 72 000 sont en occupation très précaire, 1,250 million de ménages sont en impayés de loyer et on craint une explosion des expulsions en 2013. C’est sans compter les 3,4 millions de ménages en situation de précarité énergétique... » liste Patrick Doutreligne dans un constat dramatique. Si selon le rapport de la Fondation Abbé Pierre le nombre de mal logés a progressivement baissé dans les années 90, il n’a plus cessé d’augmenter après 2000 avec des pics après 2006 et on atteint aujourd’hui un seuil très critique avec des populations particulièrement touchées : « les femmes seules avec enfants, les personnes âgées qui ne touchent qu’un minimum vieillesse de 700 euros et les jeunes ». Un dernier point très préoccupant puisque « une société qui ne prépare pas son avenir est une société qui va mal ».

Barrage à tous les étages

Ce constat pessimiste est partagé par Maurice Capel : « Nous recevons tous les jours des demandeurs de logement, explique le vice-président de l’agglomération d’Aubagne et de l’Etoile, Ils sont plus de 72 000 à espérer obtenir un dans le parc social l’échelle du département. Quant aux jeunes, on leur demande de telles garanties qu’elles forment une barrière au parcours résidentiel ». Si désormais, l’accession au logement ne relève même plus du « parcours du combattant mais du luxe », note Serge Incerti-Formentini, c’est que « de plus en plus de personnes ont du mal à se maintenir dans leur logement, avec des saisies, des coupures d’eau et d’électricité de plus en plus fréquentes ». Et le président de la Confédération nationale du Logement (CNL) d’accuser : « 10 années de désengagement politique de l’Etat, les désastres de la loi Boutin en baissant les plafonds de 10%, l’abandon de la réhabilitation ou ses répercussions sur les loyers ».

Pour autant pas de fatalité à cette crise aggravée du logement. Mais une condition sine qua non : « de la production », plaide le délégué régional de la Fondation Abbé-Pierre, « sans quoi, on pourra encadrer les prix des loyers, ou prendre n’importe quelle autre mesure. Elles resteront sans effets notoires ». Une question de choix de société où « il faudrait arrêter de considérer l’usager comme un client » estime Serge Incerti-Formentini « on tatillonne trop, on perd du temps et il y a urgence ».
Or, les bailleurs sociaux sont confrontés à une pénurie de foncier et à des prix qui font grimper le coût de construction. « Avant les collectivités participaient, aujourd’hui les bailleurs ont besoin de fonds propres. Nous empruntons, donc nous devons rembourser », plaide Bernard Oliver. Et pour remplir la tirelire, « il n’y a pas de cagnotte cachée, se défend Bernard Oliver, l’argent on le met dans les opérations ». De l’argent venu « de ventes de logements », désormais perdus pour le parc social, « qui nous a permis de tenir l’équilibre ». Et les bailleurs de demander aux politiques, de « fabriquer du foncier ». Comme à Saint-Roch ou Aubagne où les communes ont travaillé à la mise en place de terrains qui ne soient pas banlieues mais de nouveaux quartiers de la ville avec des équipements collectifs et accès routiers adaptés.

Mais selon le président de l’Association régionale HLM, « on est aujourd’hui incapable de dire quel sont précisément les besoins en France car on ne dispose pas de statistiques. On travaille sur des schémas ».
Si la région Paca, au-delà de ses strictes prérogatives, apporte une aide en subventions aux bailleurs, Colette Charriau conseillère délégué au logement reconnaît « on tâtonne, sur l’aspect législatif notamment, mais il y a des avancées. Une loi doit sortir en 2013 pour la production ». Mais les territoires souffrent également d’une grande disparité des besoins et « il nous faut encore trouver des échelles de régulation », estime la conseillère. D’autant que des outils existent : « Scot, PLH, PLU », liste Colette Charriau. Et s’il est « clair qu’il y a un problème de foncier, il faut planifier. Mais préalablement élaborer des stratégies ». A commencer, propose la conseillère régionale, « par des contrats à passer avec des territoires. Ce que l’on propose, avec la communauté d’agglomération, la communauté urbaine ou la métropole pour trouver un équilibre en logements ».

Compte-rendu : Myriam Guillaume
 10-11-2012
Dernière mise à jour : ( 14-11-2012 )

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