La Provence.com - 28/05/2016

Marseille : les loyers explosent, les commerçants pris à la gorge

 
 

Devant des loyers démultipliés, les commerçants lancent un appel aux bailleurs

 

Depuis la crise, et à la suite d’une décennie de travaux (rue de la République, Vieux-Port, rue de Rome, Canebière...) les commerces du centre-ville ont du mal à rebondir. Les clients ont fui au profit de zones commerciales neuves et tout aussi bien achalandées. Comme si cela ne suffisait pas, les commerçants du centre sont confrontés à une explosion des loyers comme ils ne l’avaient jamais encore vécue. "Je suis rue de la République depuis 20 ans. De 150 le mètre carré, mon bail est passé, en l’espace de 10 ans, à 400 et ce n’est pas le plus cher", assure Patrick Bouhnik, gérant de la bijouterie Grégoire. Même s’il admet que les prix méritaient une revalorisation, elle aurait dû être limitée. "On a les deux genoux à terre. Nos priorités en fin de mois c’est l’Etat et le bailleur."

Chaque mois, 20 commerçants seraient au tribunal pour leurs baux 

Les loyers fixés lors du renouvellement des baux, apparaissent désormais disproportionnés par rapport "aux facteurs locaux de commercialité actuels (logements neufs, rénovation, tramway...)." La réalité économique de cette partie de la ville n’est pas prise en compte. Alors, comme lui, les commerçants qui n’arrivent pas à s’entendre avec leur bailleur, souvent représentés par des sociétés immobilières, sont obligés d’aller en justice. Me Isabelle Thibaud explique ce hiatus entre la réalité économique et le prix voulu par le bailleur. "Cela concerne surtout les baux arrivés à leur terme entre 2010 et 2013. Ils ont le droit de le faire. Les bailleurs cherchent le déplafonnement, en démontrant que la valeur locative a évolué."

Hier, à la Cité des Métiers, les fédérations de commerçants du centre sont venues témoigner de leurs difficultés et demander le retour à la raison des bailleurs. Présidente de la Fédération Marseille 4/5, Audrey Lucchinacci, a assisté à des séances du tribunal de commerce : "Chaque mois, 20 commerçants sont en liquidation ou redressement en raison de leurs baux commerciaux."

Pour Alain Gargani, président de la CGPME13, quand on est propriétaire d’un fonds et qu’on a un locataire, il faut le garder. Or avec des loyers qui passent de 1 à 5 lors du renouvellement du bail, certains s’en vont et les locaux restent vacants." 20 à 30 % rien que dans la rue de la République, la plus atteinte.

"Les locaux vacants ralentissent la croissance d’une ville"

Alexandre Sedick, président de l’Association République des Commerçants, estime que "les clients ne viennent plus absorbés par d’autres surfaces. On peut le résoudre par une meilleure identification des commerces de nos rues et la venue de locomotives", à l’exemple de King Jouet à l’automne.

"La rue de Rome a été mise à mal par trois ans de travaux, des enseignes ont tiré le rideau, peinent à rouvrir dans les rues adjacentes également, renchérit Nicole Richard Verspieren. Pour cette commerçante, les fonds ont perdu de la valeur et les bailleurs se remboursent sur les loyers." "Les locaux vacants ralentissent la croissance d’une ville", prévient Marie-Pierre Cartier, présidente de l’association Commerces Positifs. Se présentant en médiatrice, Solange Biaggi, adjointe chargée du commerce, a rappelé que le maire avait demandé au Premier ministre de créer une zone franche au centre. Elle a aussi évoqué l’exonération de la taxe foncière pendant 5 ans dont devraient bénéficier les petits commerces ; "les impôts nous la refusent" a rétorqué Mme Richard Verspieren. "On a de bonnes chances d’aboutir", l’a rassurée l’élue.

"Aujourd’hui, il faut trouver une solution pour concilier leur survie et la protection des bailleurs", a insisté Alain Gargani. "Depuis un an, sur la République, on discute et on ajuste les loyers par rapport au chiffre d’affaires", affirme un représentant d’ANF. Pour les fédérations de commerçants, "un simple retour à un juste prix du mètre carré serait profitable à tous et éviterait notamment de se retrouver avec des parties de rues dites fantômes qui n’incitent pas les chalands à revenir."

 

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