La Provence.com - 13/06/2015

Pas encore nés, les conseils citoyens font déjà parler

 

Des acteurs associatifs rejettent une démocratie participative "confisquée"

 

Le bélier de la démocratie participative n’a pas encore enfoncé la forteresse phocéenne. Au départ, pourtant, en faisant adopter au parlement le principe de la "co-construction" dans sa loi pour la cohésion sociale, adoptée en février 2014, l’ancien ministre de la Ville, François Lamy (PS), pensait bien avoir imposé une plus grande prise en compte de la parole des habitants.

L’idée, en termes moins technocratiques ? Mettre en place des conseils citoyens dans chaque quartier prioritaire, c’est-à-dire en grande difficulté sociale. Des collectifs de 32 membres respectant la parité et incluant un quota obligatoire de jeunes habitants de moins de 30 ans. Dans ces collèges, à la fois des citoyens lambda et des leaders associatifs. Comment ces conseillers seront-ils sélectionnés ? Un mode original et par essence anti-clientéliste : le tirage au sort (après un appel à candidature pour les associations). Leur rôle, enfin ? Peser sur les décisions, parfois lourdes de conséquences, prises dans le cadre de la politique de la ville.

Bref, une réelle avancée démocratique, largement saluée, à l’époque, par les acteurs de terrains... Problème : c’est d’une partie de ceux-là qu’est venue la fronde. En effet, si la loi Lamy a défini un cadre d’application, assez large, la proposition marseillaise formulée par l’élue à la ville, Arlette Fructus (UDI), se heurte à une forte résistance. Premier acte, ce mercredi, dans un local du quartier des Flammants (14e). Fatima Mostefaoui, responsable de l’influente coordination, "Pas sans nous", ne mâche pas ses mots : "Une nouvelle fois, les choses se font sans nous. Pire : contre nous ! Dans nos quartiers, on met de l’argent, mais on ne nous écoute pas." Et d’asséner : "La charte d’application qui nous a été soumise, sans concertation, ne respecte pas l’esprit de la loi."

Les points d’achoppement ? "La présence dans le groupe de pilotage de CIQ connus pour leur proximité avec la Ville. Ce qui traduit une volonté de verrouiller le dispositif." Et d’enchaîner : "Par ailleurs, la loi prévoit la création d’un conseil par quartier prioritaire. Nous devrions donc en avoir 33 à Marseille ! Mais il n’en est prévu que 10 ! Ce qui revient à les vider de tout intérêt en les éloignant du terrain." Enfin, la militante regrette le choix d’un tirage au sort basé sur les listes électorales. "Ce qui va mettre de côté un nombre significatif d’habitants non-inscrits d’autres nationalités." À ses côtés, Pierre Lézeau, porte-parole du conseil citoyen de Saint-Barthélémy (14e), prône "de ne pas signer ce texte. Il est illégal et sera attaqué devant la justice".

Ambiance... Acte deux, hier matin, dans une salle de l’hôtel de ville. Dans les rôles de démineurs, Arlette Fructus et Marie Lajus, préfète à l’égalité des chances. "Si nous avons opté pour 10 conseils citoyens, c’est pour respecter l’équilibre démographique, se justifie Arlette Fructus. On ne pouvait pas avoir des conseils pour 1 000 habitants et d’autres pour 90 000 !" La présence des CIQ ? "Ils portent toute l’année la parole des habitants, il est normal de les associer au groupe de suivi. Qui n’est pas une instance suprême." Et de prendre de la hauteur : "Tous les maires de secteur ont validé le projet... Certes, ce qu’on propose n’est pas parfait. J’en suis consciente. Mais il faut voir le verre à moitié plein ! Notre seule volonté, c’est que ça marche ! Il sera temps de réajuster plus tard, si besoin". Une volonté appuyée par Marie Lajus, qui reconnaît, certes, que le dispositif "laisse beaucoup de place aux interprétations de chaque ville". Mais appelle à un travail concerté : "On va avoir des gros enjeux dans les mois qui viennent en terme de rénovation urbaine. Je pense qu’il vaut vraiment mieux être dedans que dehors".

En tout cas, la réflexion peut continuer : la date limite de candidature initialement fixée à ce vendredi a été repoussée au 22 juin. Officiellement, "pour laisser le temps aux acteurs associatifs d’être réactifs". D’autres évoquent un nombre de candidatures déposées, à ce jour, "absolument ridicule...".

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