la Marseillaise.fr - 10/05/2016

Marseille : des tables bien pleines à la Plaine


Écrit par Catherine Walgenwitz

dimanche 8 mai 2016 16:37


Pour pallier le manque de démocratie locale, les habitants et habitués de la Plaine prennent possession de leur espace public, place Jean Jaurès. Le projet de transformation porté par la Ville et la Soleam se heurte toujours à une opposition construite et motivée.

 

Sur la place, des tables et des bancs en bois, une estrade, de celle que l’on trouve dans les Nuits debout, une sono pour les discours et des gamins qui jouent. Autour de la table, les habitués du quartier, de nouvelles têtes et quelques journalistes.

« La table est Plaine », nom qu’ils ont donné à un collectif informel a tenu vendredi sa première conférence de presse, square Yves-Montand. Le lieu s’est au fil du temps transformé avec l’installation symbolique de bancs et de tables. Une façon pour les « occupants » d’exprimer leur opposition au projet de réaménagement du quartier. L’idée de la municipalité et de la Soleam, société publique financée par la Ville et la métropole, est d’aménager l’espace afin d’éviter les conflits d’usages. Jeux pour enfants, marché, l’espace ainsi découpé est destiné a « empêché tout usage déviant ».

Depuis l’arrivée des beaux jours sur les tables, on partage un repas. L’après-midi des étudiants potassent leurs cours. Des cages de foot sont installées pour les gamins du quartier. Le 30 avril, une soirée festive rassemble un millier de personnes.

Et maintenant ? C’est à cette question que sont désormais confrontés ces « occupants », réunis pour envisager la suite. Car de la suite dans les idées, les gens en ont. Hier, à travers de nombreux témoignages, ils ont repris le fil de leur histoire. Lu une lettre ouverte, où ils expriment leurs aspirations à penser cet espace de vie. « Nous voulons notre table pleine, peu chère et qu’elle continue de déborder. »

Une imagination débordante

On a évoqué ce calcul politique imposant un chantier qui durera près de 3 ans et donnera lieu à un « désert, comme la rue de la République, le Vieux-Port ou la rue de Rome ». Il a beaucoup été question de concertation. Sur les 10 000 habitants que compte le quartier, seules 400 personnes ont fait le déplacement. Dans les contributions revient l’attachement au quartier. Marta, consultante en urbanisme, a étudié le cahier des charges. L’aménageur, la Soleam, n’a donné aucune explication. On parle de rénovation mais on veut d’abord identifier les usages. Maîtriser et identifier les pratiques.

Un projet sans ses habitants et qui avait fait l’objet d’une violence inouïe, lorsque le 18 mars, services de l’ordre et municipaux avaient dévissé tables et bancs. La volonté de la municipalité : supprimer le vide des espaces sans vocation, propice à des usages non désirables. « Je vous demande de partir », lance Benjamin sur le ton de la plaisanterie. Personne n’écoute la consigne.

Un pied de nez aux donneurs d’ordres.

Catherine Walgenwitz

 

Publié dans Société

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