La Marseillaise - 22/03/2011

Logement : soit c’est petit, soit c’est pourri


Dernière folie contemporaine : prétendre à un T3 avec 1600 euros par mois. 


Des loyers inaccessibles pour les défavorisés, les petits salaires, les couples séparés, les jeunes adultes, les étudiants… Dans cette France que Sarkozy veut de propriétaire, les locataires sont à la peine.


« Ce n’est pas Zola, j’ai un toit, je mange… » A 37 ans, Nina est un joli profil des fameuses classes moyennes. Fonctionnaire territoriale catégorie C, un enfant de 9 ans et une séparation. Un T3 est déniché il y a un an et demi sur la Plaine, quartier au centre de Marseille. Côté finances, les 47m demandent quand même 638 euros de loyer mensuel, « dont 15 de charge, ce qui veut dire sans l’eau » précise la jeune femme. Dès lors, il faut rajouter 200 euros d’eau par an, 1000 d’électricité, 600 d’impôts locaux, 200 de taxes d’ordures ménagères et 200 d’assurance. Au final, la « douloureuse » s’élève à 2200 euros par an. Soit 820 euros par mois pour se loger. « En face, j’ai 1200 de salaire, 400 de pension alimentaire et pas d’allocation ». Côté confort, le T3 a vite montré ses limites : « c’était de la rénovation poudre aux yeux. En hiver, l’isolation est tellement pourrie que je suis parfois à 15 degrés. D’où les 1000 euros d’électricité, sans compter les bouteilles de pétrole pour le chauffage d’appoint. Sous la couette ca va, mais quand il faut se lever c’est dur. Et je ne parle même pas d’aller aux toilettes : c’est le Groenland ! Plus sérieusement, entendre son gamin se plaindre du froid, cela met vraiment les boules ». Aussi Nina a-t-elle décidé de déménager. Là, son rire explose : « pour le même prix, c’est en gros les mêmes cochonneries quand ce n’est pas pire ! Alors je me suis dit qu’il ne me restait plus qu’à baisser mes prétentions et envisager le clic-clac dans le salon. Car seule avec un enfant et sans voiture, il faut que je sois dans un quartier bien desservi ». Mais « la réalité, c’est que je ne trouve pas ».


« Nos permanences sont pleines de personnes confrontées à des impayés de loyer, de difficultés à payer le gaz, l’eau, l’électricité… » constate Patrick Autière, délégué départemental de la CLCV, installé en Arles. Cette association de défense des consommateurs a demandé, au niveau national, un gel des loyers pour l’année à venir, « et sans rattrapage ensuite » précise Patrick Autière. Et de rappeler que même le secteur public est confronté à la question du logement trop cher : « l’an dernier, notre enquête a montré que les recommandations ministérielles sur l’augmentation n’ont pas été respectées. Et ce secteur social est celui où nous pouvons, en participant au conseil d’administration, le plus intervenir. C’est dire de notre impuissance sur le secteur privé ». Et de conclure qu’au-delà du gel des loyers, « il faut redéfinir l’intégralité de la politique du logement ». En matière de location, Marseille a longtemps figuré en queue de peloton : un parc privé décati affichant des loyers peu élevés. Mais en 15 ans, la situation a beaucoup changé.
Fin décennie 90, la promotion privée a connu une embellie et les prix ont commencé à grimper. Devant cette flambée, les professionnels n’avaient de cesse d’expliquer que les problèmes venaient du manque d’offre : il fallait construire, du privé comme du public, et ce n’est qu’à cette condition qu’une offre supérieure à la demande viendrait réguler le marché. Or, depuis 2005, cette logique est à l’œuvre. Si le nombre de logements privés se multiplient dans tous les arrondissements de Marseille, la construction sociale aussi : 8226 logements sociaux financés en PACA en 2009. Soit le double de 2005 ou quatre fois plus qu’en 1999. Mieux, ces logements sociaux sont, dans 65% des logements sociaux ou très sociaux. Certes, tout ceci est remis en cause par le désengagement de l’Etat, mais au regard de cette décennie de construction qui aurait du permettre à la fameuse main invisible de réguler le marché, les faits sont là.


Le réseau CLAMEUR (Connaître les Loyers et Analyser les Marchés sur les Espaces Urbains et Ruraux - outil réunissant les différentes références locatives de nombreux professionnels dans toute la France) vient de publier son état du marché en 2011. Marseille ? + 2,9 % en un an et un prix au mètre carré qui atteint les 12,2 euros. Certes, ce prix moyen ne dit rien des écarts selon la taille de l’appartement et sa localisation, qui peuvent aller de 1 à 15. Mais toutes ces précisions théoriques n’enlèvent rien au fait que désormais Marseille est dans le peloton de tête des villes les plus chères de France… Or, les revenus n’ont pas suivi. Ni avant, ni depuis la crise.


Ces données du réseau CLAMEUR indisposent Jean-Luc Lieutaud, président de l’Observatoire de l’Immobilier en Provence (OIP) qui va prochainement sortir ses propres chiffres sur la région. « Il y a un décalage entre les statistiques et la réalité de terrain » assure celui qui est aussi à la tête de la CNAB Provence et Corse, confédération nationale des administrateurs de biens. « Ces augmentations relèvent de la loi Scellier qui représente 65% des nouveaux logements et provoquent une location à des prix élevés. Sur le terrain, notre profession est à la peine. Soit, les locations prennent du temps, soit elles doivent se faire avec des loyers revus à la baisse ». Mais de convenir cependant que « les revenus des ménages pèsent de plus en plus ». Même en reconnaissance l’incidence de la crise, ce professionnel tempête à l’idée d’un gel ou d’un plafonnement des loyers : « les pouvoirs publics veulent une fois de plus faire peser leur incapacité et leur faillite sur le secteur privé. Ils n’ont jamais été foutus de construire le parc social et le logement étudiant qui permettrait de réguler le marché. Ils ne pensent qu’à faire la promotion d’une France de propriétaire, culpabilisant les locataires et aujourd’hui, ils parlent de bloquer les loyers ! Rien de tel pour décourager des propriétaires et des investisseurs ».


Reportage Angélique Schaller



15-03-2011
Dernière mise à jour : ( 15-03-2011 )

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